|

Antonio Manfredi : feu les tableaux

Pays : Italie

Tags : Antonio Manfredi, Musée de Casoria

Cette semaine, portrait d'Antonio Manfredi. Cet artiste engagé, directeur du Musée d'art moderne de Casoria près de Naples, a défrayé la chronique en brûlant tableaux et autres œuvres d'art. Un geste fort pour protester contre les coupes budgétaires de l'État italien dans le secteur de la culture.

Invalid Scald ID.

Invalid Scald ID.

Chaque semaine sur le web, VOX POP vous propose d’explorer en profondeur les sujets d’enquête et les portraits de l’émission. Nos journalistes partagent ici les documents sur lesquels ils se sont appuyés pour dresser le portrait de la semaine, ainsi que des articles pour aller plus loin.

 

C'est un geste qui a fait couler beaucoup d'encre. Un geste « terrible mais nécessaire », selon Antonio Manfredi. En mars 2012, cet artiste italien, directeur du CAM, le musée d'art contemporain de Casoria près de Naples, lançait un cri d'alarme. Pour protester contre les coupes budgétaires du gouvernement italien dans le secteur de la culture, il a décidé de mettre le feu à des œuvres du musée. Avec l'accord des artistes concernés, Antonio Manfredi a ainsi commencé à brûler chaque semaine trois œuvres d'art. Il a été bientôt rejoint dans cette initiative, baptisée CAM Art War, par près de 150 artistes du monde entier. « Les mille œuvres que nous exposons sont de toute façon promises à la destruction en raison de l'indifférence du gouvernement », déclarait-il alors.

 

La culture touchée au cœur par l'austérité

En Italie, le secteur de la culture est en effet l'un des plus touchés par les plans d'austérité à répétition. Fondé en 2005 par Antonio Manfredi, avec le soutien de la mairie de Casoria, le CAM a vécu pratiquement sans subventions publiques. « Au bout de six mois, l’administration communale a été dissoute pour infiltration mafieuse » a raconté Manfredi. Le musée de 4 000 m² a survécu avant tout grâce au bénévolat de jeunes de la ville et à ses propres réseaux dans la culture. Et aujourd'hui, après l'initiative CAM Art War ? « Je n'ai toujours pas de subsides, explique Antonio Manfredi dans une interview donnée le 5 avril à Le Vif/L'Express. Cela dit, les gens ont compris que le musée était important. Des écoles ont commencé à le fréquenter, et nous avons des visiteurs venus de toute l’Italie et d’Europe. Ainsi, d'autres continueront-ils la révolution et peut-être les choses changeront-elles.»
Avant ce cri d'alarme, Antonio Manfredi avait déjà fait parler de lui, un peu plus tôt. Il avait demandé par écrit l'asile à Angela Merkel, affirmant que l'Allemagne était l'un des seuls pays à ne pas avoir taillé dans le budget de la culture. Une lettre restée sans réponse. En revanche, le squat emblématique de Berlin, le Tacheles, lui avait offert « l'asile artistique » en mai 2011. Ironie du sort, un an plus tard le squat berlinois avait dû fermer ses portes après un long bras de fer avec un investisseur qui voulait transformer le bâtiment en complexe immobilier.

 

Manuel Vicuña

 

Dimanche 27 avril

20:15

Vox Pop

La fuite de cerveaux

 

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016