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Angela Merkel : la dernière dirigeante de gauche en Europe ?

Pays : Allemagne

Tags : Angela Merkel

Une femme dans la politique, en plus de l’ancienne Allemagne de l’Est – Angela Merkel a été longtemps sous-estimée.

Qui est cette femme qui mène la danse en Europe ? Frédéric Lemaître, ancien correspondant du Monde en Allemagne s’entretient avec Arte Info et explique pourquoi la gauche française est secrètement jalouse de la chancelière allemande de centre droit.

L’année prochaine, Angela Merkel sera candidate pour son quatrième mandat de chancelière allemande. Quelle est l’image au-delà des frontières de cette femme si puissante dont ne personne n'a jamais cru qu'elle irait au-delà de son premier mandat ?
 

ARTE Info :  Frédéric Lemaître, que pense-t-on en France d’Angela Merkel ? 

Frédéric Lemaître :  Pendant la crise de l’Euro, Angela Merkel a été très critiquée en France, surtout par la gauche mais aussi par l’extrême-droite, et ce alors que les sondages faisaient apparaître que la chancelière était relativement populaire en France. Il y avait donc un décalage entre ce qui ressortait de l'expression politique et l’opinion publique.

 

ARTE Info : Cette image a-t-elle évolué dans le temps ? 

Frédéric Lemaître : Oui, Merkel fut rigoureuse pendant la crise de l’Euro, et on l’a vue basculer en Merkel, la « mère des réfugiés » à partir de 2015 - un positionnement tout à fait différent, que même la gauche française n’a pas osé adopter. Je pense que la gauche française est secrètement jalouse de Merkel d’avoir fait ce qu’elle-même n’a pas osé faire. Et puis, son image est aussi associée à la bonne santé de l’économie allemande. On peut peut-être lui reprocher de ne pas avoir fait grand-chose sur le point économique parce qu’elle a surtout profité des réformes faites par son prédécesseur. Mais le chômage a nettement diminué en Allemagne ce qui montre que sa politique n’a pas contribué à augmenter le chômage. Et je pense que les Français sont assez épatés par ça. 

 

ARTE Info : Avez-vous l’impression qu’elle était une chancelière qui n’avait pas l’Europe en tête mais plutôt l’Allemagne ?

Frédéric Lemaître : On a vu avec le débat sur les réfugiés qu’elle a consacré une grande partie de son temps à des affaires européennes. Elle a mené sa politique européenne mais d’un point de vue  allemand et voire protestant qui prône que celui a fait des dettes doit être sanctionné et doit les rembourser. Je pense qu’Angela Merkel, comme beaucoup d’Allemands, est convaincue que si tous les pays européens faisaient toutes les réformes que l’Allemagne a faites au début des années 2000, ces pays s’en sortiraient et n’auraient pas besoin de rester en arrière.

 

ARTE Info : A votre avis, quelle est la plus grande différence entre la perception du rôle d’un président de la République en France et du Chancelier en Allemagne?

Frédéric Lemaître : Je pense ce qui étonne surtout les Français, c’est le consensus qui règne au sein des grands partis en Allemagne, par exemple dans la grande coalition. La démocratie à l'allemande favorise le consensus alors que la démocratie à la française attise les tensions, crispe les deux positions entre les deux partis. La cohabitation en France, par exemple, a été créée pour ne pas être utilisée et a été utilisé alors que personne ne croyait vraiment que ça allait fonctionner. C’est plutôt un équilibre malsain au sein de l'exécutif. Le chef d’État et le Premier ministre, chef du  gouvernement, cohabitent parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement.
 

ARTE Info : Le président de la République a plus de pouvoir que la chancelière en Allemagne. Que pensez-vous d’un président de la République en Allemagne ? 

Frédéric Lemaître : Le président français est une autorité, il est le chef de l’État. La chancelière allemande est élue parmi les membres du Bundestag et elle ne dispose pas du tout des mêmes marges de manœuvre que le président de la République. D’ailleurs, les Allemands ne souhaitent pas avoir une chancelière qui serait aussi puissante qu'un président de la République française. Elle doit fabriquer continuellement un consensus au sein de la coalition et expliquer sa politique devant le Bundestag ce qui n’est pas le cas pour le  président de la République. C’est particulièrement net dans le domaine de la politique étrangère où le président de la République a envoyé les soldats français à l’étranger en 24 heures sans avoir l’aval du parlement.

 

ARTE Info : Et qu’est-ce qui fait d'Angela Merkel une femme particulière à vos yeux ? 

Frédéric Lemaître : Angela Merkel s’est montrée comme une femme très persistante et étonnante à la fois. Je pourrais même vous dire qu'Angela  Merkel est la dernière dirigeante de gauche en Europe alors que son parti CDU est la principale force du centre droit en Allemagne. Entre la réforme du service militaire pendant son premier mandat, l’abandon du nucléaire après Fukushima, la création du salaire minimum, l’accueil des réfugiés, Angela Merkel a fait une politique que ne renierait pas une chancelière si elle était de gauche. Et cela stabilise toute la politique allemande.

Dernière màj le 7 décembre 2017