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Allemagne - Un salaire minimum derrière les barreaux ?

Pays : Allemagne

Tags : Salaire minimum, prison

Mis en place depuis le 1er janvier 2015 en Allemagne, le salaire minimum fait quelques envieux. Quasiment oubliés par les médias du pays, les prisonniers tenus de travailler pendant leur détention réclament la même rémunération.

Tour d'horizon : le salaire des détenus en Europe

• En France, les détenus ne sont pas considérés comme des salariés comme les autres. Ils sont rémunérés 45 % du Smic pour les activités de production extérieures à la prison, et entre 20 et 33 % pour le « service général » (entretien des locaux, etc.) au sein de l’établissement.
• En Angleterre, l'ordonnance de 1999 sur les prisons oblige tout détenu qui a été condamné à accomplir un « travail utile », rémunéré 6,5 euros par semaine.
• Au Danemark, la loi sur l'exécution des peines précise que les détenus ont l'obligation d'avoir une « occupation » pour laquelle ils sont payés 0,97 euros de l'heure, une rémunération qu’ils perçoivent en fin de semaine. Celle-ci peut être complétée par des primes de stabilité ou de compétence.
• Aux Pays-Bas, d'après la loi pénitentiaire, les détenus qui sont condamnés ont l'obligation de réaliser le travail qui leur est confié par le directeur de leur établissement, soit à l'intérieur de celui-ci, soit à l'extérieur, pour un salaire horaire fixé à 64 centimes d'euros.

Les prisonniers allemands se sentent lésés. Tout comme les étudiants, les apprentis et les chômeurs de longue durée, les détenus ne sont pas concernés par l'entrée en vigueur, le 1er janvier 2015, d'un salaire minimum équivalent à 8,50 euros bruts de l'heure. En prison, la rémunération d'une journée entière de labeur varie de 7 à 16 euros bruts, selon le quotidien bavarois Süddeutsche Zeitung. Une somme jugée « dérisoire » par les prisonniers, en comparaison de la rémunération minimum instaurée par la nouvelle loi. Dans la grande majorité des Länder (treize Länder sur seize), les condamnés ont l'obligation d'avoir une activité durant leur détention.

 

COLLECTIF DE PRISONNIERS

En mai 2014, une poignée de détenus berlinois de la prison de Tegel se sont regroupés dans un syndicat, le GGBO, abréviation de Gefangenen-Gewerkschaft/Bundesweite Organisation (« Syndicat de détenus/Organisation fédérale »). Sans existence légale, cette initiative regroupe plus de 400 membres, dispersés dans une trentaine d’établissements pénitenciers à travers l’Allemagne.
 

Leur principale revendication est de « combattre l’esclavage » au sein du milieu carcéral, pour reprendre l’expression d’André Schmitz, coordinateur du mouvement dans l’ouest du pays. Incarcéré pour possession de stupéfiants, il demande le droit au salaire minimum pour les détenus, ainsi que le droit à une assurance vieillesse. En Allemagne, seules les personnes qui travaillent de manière « volontaire » peuvent prétendre à celle-ci.

 

 

DOUBLE PEINE

À leur sortie de prison, les détenus qui ont purgé une longue peine se sentent pour la plupart doublement condamnées. Comme l’explique Bernd Maelicke, chercheur en droit pénal à l’université de Lunebourg : « Les condamnés à de longues peines (quinze années) qui travaillent ne cotisent pas pour leur retraite. Cela les condamne à la pauvreté dans leurs vieux jours. »

D’après le journal Die Welt, l’administration pénitentiaire allemande ne prend pas au sérieux les revendications du GGBO. Beate Peters, directrice du centre de détention Willich 1, estime que cette association n’a pas lieu d’être, puisque les « tâches basiques » que les détenus effectuent sous surveillance ne font pas d’eux des travailleurs à part entière.

 

Céline Peschard

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016