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Allemagne : pour ou contre la vidéosurveillance ?

Pays : Allemagne

Tags : vidéosurveillance, Débat, attentat de Berlin

Neuf jours après l’attentat de Berlin, l’enquête se poursuit en Allemagne. Les forces de polices berlinoises ont confirmé l’arrestation d’un possible contact d’Anis Amri. La pression pesant sur leurs épaules est forte en cette fin d’année. Le 21 décembre, le gouvernement a présenté un plan visant à renforcer la vidéosurveillance dans les lieux publics. Depuis, le débat sur la sécurité agite la classe politique allemande.

D’où vient le débat ?

Images des attentats :

L’Allemagne plus prudente que la France ?

Un jour après l'attentat du marché de Noël, les forces de police berlinoises ont demandé via les réseaux sociaux à toutes les personnes possédant photos ou vidéos de l’attaque de les transmettre à l’Office fédéral de police criminelle (BKA). La raison de cette mise à contribution ? Aucune caméra de vidéosurveillance n'a enregistré ce qu'il s’est passé aux alentours de la Breitscheidplatz le 19 décembre. La place touristique de la capitale allemande n’en possède pas. La vidéosurveillance est un sujet sensible en Allemagne. Les dénonciations pendant la Seconde guerre mondiale et le travail d’écoute de la Stasi ont influencé la législation allemande, qui place le respect des libertés individuelles au sommet de sa hiérarchie. Mais en 2016, l’Allemagne a vu les actes terroristes se multiplier sur son territoire et depuis l'attaque au camion-bélier qui a coûté la vie à douze personnes à Berlin, le débat sur la sécurité est relancé.
 

Que dit la loi ?

La Constitution allemande encadre sévèrement le respect de la vie privée. Jusqu’à présent, les caméras de surveillance ne sont en principe autorisées que dans les lieux privés, comme les banques, les supermarchés ou les gares, ainsi que dans certains lieux publics dans lesquels a été constaté un “taux de délinquance élevé”. Au début des années 2000, la ville de Mannheim dans le Bade-Wurtemberg justifiait ainsi l’implantation de huit caméras expérimentales dans une rue piétonne du centre-ville par “un taux élevé de prostitution et un lieu d’échange reconnu pour le trafic de drogues”. Ce sont les Länder qui définissent les conditions de la surveillance. Alors que certains gouvernements régionaux comme la Bavière ou la Hesse se disent favorables au principe, d’autres comme à Berlin se montrent plus réticents.

Quels changements après les attentats ?

A Berlin, la coalition entre socialistes, Verts et extrême gauche, qui a remporté les élections régionales en septembre, a refusé d’augmenter le nombre de caméras dans la capitale. Deux jours après l’attentat du marché de Noël, le gouvernement a pourtant présenté un plan visant à étendre la vidéosurveillance dans les lieux publics, autoriser les policiers à porter des mini caméras ou encore permettre une reconnaissance automatique des plaques d’immatriculation. Le projet était déjà dans les cartons depuis les multiples attaques perpétrées en Bavière cet été. Il est particulièrement soutenu par le parti conservateur bavarois (CSU). L’allié d’Angela Merkel va encore plus loin en énonçant un catalogue de mesures intitulé "plus de sécurité au service de notre liberté". L'objectif : durcir la sécurité publique en élargissant notamment le champ des données stockées.

Quels sont les arguments ?

Pour

Les défenseurs de la vidéosurveillance fustigent les manquements de l’Etat et jouent la carte de la prévention : “On demande aux citoyens leurs enregistrements, mais la ville refuse de faire elle-même de la surveillancea déclaré Rainer Wendt, représentant du syndicat de police DPolG. Stephan Mayer, député de la CSU ajoute : “augmenter le nombre de caméras de surveillance permettrait de dissuader les auteurs et d’obtenir plus rapidement des données pour l’enquête”.

 

Contre

Les opposants, eux, rappellent que la vidéosurveillance n’intervient qu’a posteriori. Elle facilite l’enquête mais ne dissuade pas les criminels de passer à l’acte. C’est ce que soutient l’eurodéputé Vert Jean-Philippe Albrecht sur Twitter. “L’Allemagne manque de personnel pour analyser les images collectées par les caméras”, déplore Benjamin Jendro, porte-parole du Gdp, un syndicat de police.

D’autres vont plus loin et estiment que les vidéos servent de publicité aux terroristes. Le groupe Etat islamique avait ainsi alimenté ses clips de propagande des images filmées à Nice. “Plutôt qu’une surveillance tous azimuts, il faudrait comprendre les raisons qui poussent à la radicalisation” souligne Wilhelm Heitmeyer, spécialiste de l'extrémisme violent, sur Libération.

 

Qu’en pensent les Allemands ?

A dix mois des élections législatives de 2017, la sécurité pourrait devenir le thème central de la campagne. Selon un sondage YouGov-DPA publié le 24 décembre, 60 % des Allemands souhaitent davantage de vidéosurveillance. L'attentat de la Breitscheidplatz n'est pas le seul élément déterminant. La fin de l’année a été marquée par deux autres attaques révélées par les caméras : une jeune femme agressée dans le métro berlinois et l'agression d'un SDF par une bande de jeunes. Les auteurs ont été identifiés grâce aux enregistrements.

 

La France, un modèle ?

Les caméras de vidéosurveillance sont bien plus répandues en France. L’attentat de Nice a ainsi révélé l’existence de 1256 caméras de surveillance réparties dans la ville, soit environ une pour 280 habitants. La plupart d'entre elles coûtent plus de dix mille euros. Certaines villes se dotent même de caméras de vidéosurveillance parlantes, capables d'avertir directement les contrevenants pris sur le fait. Le site du Service Public rappelle que contrairement aux lieux privés, les installations sur la voie publique nécessitent une autorisation. A compter du 1er janvier 2017, la SNCF et la RATP seront aussi autorisées à équiper leurs agents de sécurité de caméras lors de leurs interventions. 

Dernière màj le 28 décembre 2016