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Allemagne : l’expulsion collective des réfugiés afghans fait polémique

Pays : Allemagne

Tags : Afghanistan, Abschiebung, Flüchtling

Au début du mois de décembre, l'Allemagne a renvoyé pour la huitième fois des demandeurs d'asile afghans dans leur patrie, par le biais "d'expulsions collectives". Selon les chiffres officiels, 155 hommes, dont une majorité de jeunes, ont été expulsés vers leur pays d'origine depuis décembre 2016. Les lieux de rapatriements correspondent à une évaluation de la situation en Afghanistan par le gouvernement fédéral allemand - il classe certaines régions du pays comme "sûres". Mais les expulsions vers ce pays en crise restent controversées : plusieurs Etats se sont opposés à la politique du gouvernement allemand. ARTE Info fait le point sur ces rapatriements de demandeurs d'asile afghans en trois points.

1. Le revirement du gouvernement allemand sur le cas des Afghans

C’est une déclaration qui a divisé l’Allemagne. En mars, Thomas de Maizière, ministre des Affaires étrangères a affirmé à propos de l’Afghanistan que "la situation sécuritaire est complexe, mais il existe des zones sûres." Ces quelques mots résument à eux seuls le débat qui a fait rage outre-Rhin. Depuis plusieurs mois, l’Allemagne est déterminée à accélérer les renvois de réfugiés afghans, deuxième groupe de demandeurs d’asiles derrière les Syriens, vers leur pays d’origine. Pour cela, le gouvernement a décidé de classer certaines régions afghanes en "zones sûres" (voir carte ci-dessous), permettant de faciliter renvoi des réfugiés vers leur pays d’origine.

Une classification contestée de toute part, et mise à mal par les rapports sur la situation sur le terrain. En 2016, près de 11 500 civils afghans ont été tués ou blessés, soit le pire bilan enregistré par la Mission d'assistance des Nations unies en Afghanistan (Manua) depuis le début de ce début annuel en 2009. Début 2017, plusieurs attentats meurtriers ont ensanglanté le pays, notamment à Kaboul, pourtant classé en "zone sûre" par le gouvernement d’Angela Merkel.

Depuis décembre 2016, l’Allemagne a donc opéré huit reconductions vers le territoire afghan. Cette accélération des expulsions a été permise par la signature, le 2 octobre 2016, d’un accord entre l’UE et l’Afghanistan similaire à celui avec la Turquie. En clair, l’Afghanistan a autorisé le renvoi sur son sol de 80 000 réfugiés qui se sont vus refuser l’asile. En échange, les pays de l’UE se sont engagés à apporter une contribution financière au développement économique et politique du pays. Pour Berlin, l’accord est tombé à pic. En octobre 2015 déjà, le gouvernement allemand avait plaidé auprès de l’UE pour qu’un tel texte soit signé avec l’Afghanistan.

Dans le contexte de l'attentat près de l'ambassade d'Allemagne à Kaboul le 31 mai, le gouvernement fédéral avait pourtant restreint les expulsions vers l'Afghanistan. La ligne actuelle est de rapatrier seulement les délinquants, les suspects liés à des actes terroristes et les usurpateurs d'identité. Une réévaluation sera effectuée sur la base du prochain rapport du ministère fédéral des Affaires étrangères sur la situation de la sécurité en Afghanistan.

 

2. Des expulsions contestées de toutes parts

Mais cette politique fédérale a rencontré des résistances partout dans le pays. Cinq Länder sur 16, responsables de la mise en œuvre des expulsions, ont refusé de les pratiquer, arguant du danger persistant dans le pays.

Les protestations contre le pouvoir montent depuis plusieurs semaines de toutes parts. En mars dernier, entre 300 et 400 personnes ont manifesté à l’aéroport de Munich pour s’opposer à ces expulsions. Les ONG de défense des droits de l’homme sont aussi vent debout contre ces mesures, dont un autre aspect fait polémique : le choix des réfugiés expulsés. L’ONG allemande Pro Asyl a démontré qu’une majorité était bien intégrée en Allemagne, où ils résidaient depuis plusieurs années. 

Malgré tout, le gouvernement fédéral persiste. L’objectif des autorités était de reconduire en Afghanistan environ 12 500 réfugiés. Ils n’étaient que neuf à avoir été renvoyés en 2015, une soixantaine en 2016.

 

3. Limitation de l’accueil des réfugiés

Signe du revirement des autorités allemandes dans sa politique d’accueil, le taux d’acceptation des demandes d’asile d’Afghans est passé de 77,6% en 2015 à 52,4% en 2016. Plus généralement, l’Allemagne cherche à limiter le nombre de réfugiés accueillis. En mars, le gouvernement a adopté un projet de loi controversé qui vise à faciliter l’expulsion des milliers de demandeurs d’asile déboutés.

L'Allemagne souhaitait augmenter de quatre à dix jours la durée de maintien en détention de migrants déboutés et considérés par la police comme potentiellement dangereux, dans l'attente de leur renvoi. Les demandeurs d'asile qui auraient menti sur leur identité ou auraient enfreint la loi, encourraient des sanctions plus sévères, comme le port d'un bracelet électronique. Autre point très polémique: la possibilité pour les autorités d'accéder aux données contenues dans les téléphones portables des demandeurs d'asile en cas de doutes sur leur identité.

Dernière màj le 28 décembre 2017