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Allemagne : "J’ai retiré mon étoile de David"

Pays : Allemagne

Tags : Antisémitisme, Juifs

Alors qu'en France, le nombre de juifs émigrant vers Israël est plus élevé que jamais, en Allemagne, ces chiffres sont à nuancer. Pour autant, le pays n'est pas à l'abri de l'antisémitisme. La dernière vague remonte à l’été 2014. Une haine ouverte des juifs s’est exprimée sous couvert de solidarité avec la bande de Gaza. Angela Merkel évoquait en septembre 2014 un énorme scandale et affirmait : "Nous voulons que les juifs se sentent en sécurité en Allemagne". ARTE info a interviewé une citoyenne de confession juive vivant à Berlin qui confie ses inquiétudes.

Notre interlocutrice demande à garder l’anonymat par peur d’éventuelles représailles. Elle a été la cible de plusieurs appels téléphoniques malveillants, dont le dernier remonte à décembre dernier ; au bout du fil, une voix remplie de haine l’aurait insultée en ces termes : "Espèce de truie juive, toi ils ont oublié de te gazer !" Elle suppose : "Ils m’ont simplement trouvée dans l’annuaire, à cause de mon nom à consonance juive !"

 

Nous l’appellerons donc Rachel. Rachel est née en Allemagne en 1936. Elle a quitté le pays très tôt avec sa famille, face à la montée de l’antisémitisme. En 1959, elle est revenue vivre à Berlin. Elle assure :"Si l’hostilité envers les juifs avait été aussi forte en 1959, lorsque je suis revenue en Allemagne, je ne serais sûrement pas restée.

 

Je vous le dis franchement : si j’avais trente ans de moins, je ferais mes valises pour émigrer en Israël. Je sais qu’il existe aussi des dangers là-bas, mais je pourrais au moins pratiquer ma religion librement."

 

Son quotidien a beaucoup changé ces derniers temps. Elle confie : "J’ai enlevé l’étoile de David que je portais au cou en pendentif. Même le journal « Morgenpost » (Berliner Tageszeitung) nous a conseillé de le faire. Aujourd’hui, je la porte uniquement sous un pullover ou en présence d’amis.

 

Pour les garçons ou les hommes, il est risqué de porter une kippa. Le magazine juif auquel nous sommes abonnés arrive maintenant dans une enveloppe opaque, alors qu’auparavant il était clairement identifiable comme étant une publication juive.  Dans les transports en commun, j’ai peur de porter mon étoile de David ou de lire un livre de prières hébraïque"

 

Dans sa résidence, ainsi que dans les institutions juives qu’elle fréquente, les mesures de sécurité ont été renforcées. "Nous sommes bien protégés, dans tous les domaines. La police surveille les abords des synagogues. Mais en tant que juifs, nous ne pouvons plus pratiquer notre religion librement en Allemagne. Les catholiques portent leur croix, les musulmans leur voile – je suis d’accord avec cela. Mais nous ne pouvons plus porter ouvertement une étoile de David ou une kippa."

 

"Les souvenirs reviennent en mémoire et blessent"

Rachel se souvient de l’antisémitisme sous le troisième Reich : "Chez moi, comme chez mes amis, remontent à présent des sentiments de notre enfance. A l’époque, j’ai dû quitter l’école maternelle à cause de ma judéité. Les souvenirs reviennent en mémoire et blessent, après tout ce que nous avons vécu. Il y a également maintenant beaucoup plus de personnel de sécurité dans la résidence où j’habite.

 

Qui aurait cru que la situation serait à nouveau celle-ci aujourd’hui? Que l’on puisse être en danger en Allemagne lorsqu’on est identifié en tant que juif ? Que l’on ne puisse plus pratiquer sa religion juive sans peur ?"

 

Reprenant les mots du premier ministre israélien, l’ambassadeur d'Israël en Allemagne a réitéré l’appel aux juifs d’Europe d’émigrer en Israël. Dans le "Tagesspiegel am Sonntag", Jakov Hadas-Handelsman affirme qu’une "vague d’antisémitisme" a gagné l’Europe. "Je n’envie vraiment pas les juifs qui habitent en Europe aujourd’hui", dit-il. De nombreux juifs auraient peur et se sentiraient menacés d’après lui, surtout après les attentats de terroristes islamistes à Paris et Copenhague. Il réitère ainsi que les juifs se sentant en danger en Europe en raison des récentes attaques antisémites devraient "rejoindre [Israël] à tout moment".

Dernière màj le 8 décembre 2016