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Allemagne : "GroKo", "KoKo", kézako ?

Pays : Allemagne

Tags : Christian Lindner, grande coalition, Angela Merkel, Martin Schulz, CDU, SPD

En Allemagne, l'année se termine sans que les partis politiques ne soient parvenus à former un nouveau gouvernement. Une actualité surveillée de près par le reste de l’Europe, avec une difficulté : le vocabulaire propre à la politique allemande est parfois bien mystérieux pour qui n’en est pas familier. “Coalition jamaïque”, “GroKo” ou encore “KoKo”, éclairages sur le lexique politique employé outre-Rhin.

Le mirage de la "Coalition Jamaïque"

Rapporté à la politique allemande, le terme paraît bien exotique. Il désigne une alliance inédite en Allemagne entre trois partis : la CDU-CSU, parti conservateur d’Angela Merkel, les Libéraux du FDP et les Verts ("Die Grünen"). Les couleurs de ces trois partis, respectivement noir, jaune et vert, sont aussi celles… du drapeau jamaïcain. Le rapport avec Kingston n’était donc que lointain.

De toute façon, ce scénario envisagé par les partis allemands a fini par prendre l’eau : tel un pirate des Caraïbes, le chef de file du FDP, Christian Lindner, a sabordé le 19 novembre plusieurs semaines de négociations en renonçant à cette alliance. "Il est préférable de ne pas gouverner que de mal gouverner", a-t-il asséné à la surprise générale.

La pilule a du mal à passer outre-Rhin, où la presse a même popularisé un nouveau terme pour qualifier l’attitude de Christian Lindner : on peut désormais utiliser le verbe "lindneriser" pour désigner le fait de "tromper son monde" en donnant l’illusion qu’on est intéressé par une proposition, alors qu’on sait déjà qu’on va dire non.

 

"GroKo" ou pas "GroKo" ?

Après le coup de poker du FDP, retour à la case départ pour Angela Merkel. La chancelière sortante n’a alors plus d’autre choix que de se tourner de nouveau vers la gauche allemande, le SPD, avec qui son parti formait jusqu’aux élections fédérales une "grande coalition" ("Grosse Koalition" en allemand, abrégé en "GroKo").

Depuis le début des tractations, le SPD avait de son côté clamé haut et fort sa volonté de rester dans l’opposition. Le message était clair : les sociaux-démocrates ne réitèreraient pas l’expérience "GroKo". Jusqu’à ce que Martin Schulz, sous pression, n’opère à son tour un virage à 180 degrés et finisse par se dire ouvert à la négociation. Une décision loin de faire l’unanimité au sein de son parti : d’après un sondage récent commandé par plusieurs journaux allemands, dont le Spiegel, seuls 27,9% des sociaux-démocrates approuvent l’idée d’une nouvelle "GroKo".

 

La "GroKo" est morte, vive la "KoKo"

À gauche, on veut croire qu’une nouvelle coalition entre conservateurs et socio-démocrates ne signifie pas forcément : "on prend les mêmes et on recommence". Et cet espoir d’un vent de changement sur la politique allemande s’accompagne d’un nouveau terme : on ne parlerait plus de "GroKo", mais de "KoKo" ("KooperationsKoalition", ou "coalition de coopération" en français).

À travers ce nouveau surnom, le SPD cherche à vendre l’idée d’une meilleure coopération avec les conservateurs, qui donnerait plus de marge de manœuvre à l’aile gauche du gouvernement pour faire passer des réformes progressistes. Pas sûr, en tout cas, qu’un changement de nom suffise à faire oublier la volte-face de Martin Schulz, ni la troublante ressemblance entre la future coalition et celle que les Allemands viennent de quitter.

Face à ce foisonnement de nouvelles appellations, le journal allemand Die Zeit s'interroge : faut-il craindre une future "coalition Ikea", jaune et bleue, aux couleurs du parti d'extrême droite AfD et du FDP ? Ou encore une "coalition kiwi", noire et verte, entre la CDU-CSU et les Verts ? Tous les paris sont ouverts...

Dernière màj le 29 décembre 2017