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Aideriez-vous un réfugié clandestin ?

Pays : Allemagne

Tags : Réfugiés, Asile

Imaginez que vous vous baladez en voiture dans les Alpes. Sur le siège arrière, un migrant que vous aidez à rejoindre l’Europe du nord. Au moment où le Premier ministre britannique veut sanctionner les propriétaires qui abritent des migrants, des activistes allemands militent pour que les citoyens européens viennent en aide aux migrants qui traversent l’Europe.

L'initiative s’intitule "Fluchthilfe" - en allemand, "aide aux migrants" - et détaille sur son site internet  en allemand pourquoi et comment nous pouvons aider les migrants à améliorer leur quotidien. Ces militants savent que d’un point de vue légal, ils marchent sur des œufs, mais sont persuadés d’être dans leur bon droit.

Les accords de Dublin fixent des règles strictes pour les demandes d’asile au sein de l’Union européenne : ils stipulent qu’un demandeur d’asile ne peut déposer son dossier que dans le pays où il a été enregistré pour la première fois. Ce dispositif met une pression plus forte sur les pays méditerranéens comme l’Italie, la Grèce ou l’Espagne par lesquels arrivent la majorité des migrants. Ces derniers ont donc proportionnellement moins de chance d’obtenir le précieux sésame et beaucoup cherchent à rejoindre la Suède, l’Autriche ou l’Allemagne.

Désobéissance civile

Les contrôles ont été renforcés dans les trains et les bus, ce qui complique encore la tâche de ceux qui veulent rejoindre l’Europe du nord. C’est aussi pour cela que l’initiative "Fluchthilfe" en appelle à la désobéissance civile et compte sur l’engagement des citoyens. Son site internet recense quatre façons d’agir et donne quelques conseils juridiques pour essayer de rester dans le droit chemin d’un point de vue légal. Un fonds d’aide a même été alimenté par une campagne de financement participatif pour payer les frais juridiques en cas de pépin.

La loi interdit d’aider un migrant à rejoindre un pays membre de l’Union européenne. De ce point de vue, la législation européenne est claire. Pourtant, aucune sanction n’est prévue si cette aide se fait dans un but humanitaire. C’est donc là-dessus que mise le collectif allemand.

L’absurdité du système

Tout en aidant les migrants, les activites veulent aussi provoquer un débat sur la politique d’asile de l’Union européenne et la libre-circulation. Les accords de Dublin ont montré leurs faiblesses. Tout le monde connait les conditions déplorables dans lesquels vivent les migrants qui arrivent dans les pays du sud de l’Europe, ainsi que les naufrages dramatiques des embarcations qui traversent la mer Méditerranée. Malgré cela, les pays européens ne parviennent pas à se mettre d’accord sur une meilleure répartition des réfugiés. Pour ces activistes, appeler à la désobéissance civile permet aussi de montrer à quel point le système est absurde. Ils n’hésitent pas à rappeler que de nombreux citoyens avaient osé braver la loi quand des populations cherchaient à fuir le nazisme ou le communisme quelques dizaines années plus tôt. Sir Nicholas Winton, qui est mort le mois dernier, était l’un d’entre eux : en 1938, il a aidé 669 enfants juifs à fuir la Tchécoslovaquie occupée pour rejoindre l’Angleterre, contre la loi allemande mais aussi la loi anglaise. Il risquait alors la peine de mort.

L’hypocrisie des pays du nord

Pour certains commentateurs, on ne peut pas comparer ces deux situations puisqu’aujourd’hui, l’Europe serait un espace de libertés et de démocratie. Que dire pourtant aux Syriens et aux Erythréens qui n’ont pas le droit de voyager librement dans l’Union européenne ? On leur dit qu’ils ont le droit de demander l’asile en Allemagne ou en Autriche, puisqu’ils fuient la guerre civile ou la dictature, mais dans le même temps, on fait en sorte qu’ils ne puissent pas rallier ces pays. Pour les activistes de "Fluchthilfe", ce n’est pas la justice qui devrait juger les citoyens qui viennent en aide aux migrants, mais les livres d’histoire.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016