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Trump et Merkel s'affrontent au sommet de l'Otan

Bruxelles (AFP)

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Dès le premier jour, Donald Trump a donné le ton d'un sommet de l'Otan sous tension : le président américain s'en est pris mercredi avec une virulence inédite à l'Allemagne, accusée de ne pas tenir ses engagements et d'enrichir la Russie : "L'Allemagne paie des milliards de dollars à la Russie pour ses approvisionnements en énergie et nous devons payer pour la protéger contre la Russie. Comment expliquer cela? Ce n'est pas juste", a-t-il asséné lors d'une rencontre avec le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg, qui a tenté en vain de l'apaiser.

Sans le citer, la chancelière allemande Angela Merkel a rétorqué en soulignant que l'Allemagne menait ses propres politiques et prenait ses décisions de façon indépendante : "J'ai moi-même vécu dans une partie de l'Allemagne occupée par l'Union soviétique. Je suis très heureuse que nous soyons aujourd'hui unis, dans la liberté", a-t-elle pris soin de souligner.

Le sommet a débuté officiellement par une première réunion à 29 consacrée à l'augmentation des dépenses militaires. Le président américain a dénoncé à plusieurs reprises le projet de doublement du gazoduc Nord Stream reliant directement la Russie à l'Allemagne. Il exige son abandon. Sa critique lui permet d'enfoncer un coin dans l'unité des Européens car Nord Stream 2 les divise. Les pays de l'UE importent deux tiers de leurs besoins de consommation. En 2017, ceci a représenté une facture totale de 75 milliards d'euros, selon les statistiques européennes. A ce jour, la moitié du gaz acheté est russe, mais les Européens cherchent à briser cette dépendance. De leur côté, les Etats-Unis sont engagés dans une stratégie de conquête de marchés pour leur gaz naturel. Ils ont exporté 17,2 milliards de m3 en 2017, dont 2,2% par méthaniers vers les terminaux de l'Union européenne. Le dossier doit être discuté jeudi à Bruxelles lors d'un conseil Energie UE-USA auquel va participer le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo.

Langage très direct

Donald Trump s'en est aussi pris plus généralement aux membres de l'Otan qui "ne payent pas ce qu'ils devraient" pour leurs dépenses militaires. Le chef de l'Otan a reconnu que le président américain avait utilisé un "langage très direct" mais a assuré que les Alliés étaient d'accord sur les dossier cruciaux: la nécessité de renforcer la résilience de l'Organisation, la lutte antiterroriste et le partage plus équitable du fardeau financier.

Rompant avec le ton policé de ses prédécesseurs, le président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk, l'a interpellé mardi pour lui dire combien ses critiques presque quotidiennes étaient déplaisantes et l'a invité à "mieux considérer" ses alliés "car l'Amérique n'en a pas tant que ça". Il lui a également rappelé que l'Europe avait été "la première à réagir" après les attentats du 11 septembre 2001 sur le sol américain.

L'Allemagne doit payer

Les Alliés se sont engagés en 2014 à consacrer 2% de leur PIB à leur défense en 2024, mais une quinzaine d'Etats membres, dont l'Allemagne, le Canada, l'Italie, la Belgique et l'Espagne sont sous la barre de 1,4% en 2018 et seront incapables de respecter leur parole, ce qui exaspère Donald Trump. Sa tirade contre Berlin mercredi matin s'est inscrite dans cette logique: "l'Allemagne est un pays riche. Elle peut augmenter sa contribution dès demain sans problème". Les Alliés souhaitent aussi avoir des éclaircissements sur les intentions du président américain avant son sommet avec son homologue russe lundi à Helsinki.

Toutes les décisions qui seront prises durant le sommet visent à renforcer la capacité de dissuasion de l'Alliance, selon le patron de l'Otan. "Les Alliés ne doivent pas augmenter leurs dépenses pour plaire aux Etats-Unis, mais parce que c'est dans leur intérêt", a-t-il estimé.

 

Dernière màj le 11 juillet 2018