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Sept passeports pour l'indépendance

Pays : Union européenne

Tags : Indépendantisme

La crise que traverse l’Espagne au sujet de la Catalogne révèle des différences entre pays membres de l’Union européenne. Madrid menace de mettre fin au statut d'autonomie de la région après l'organisation illégale du référendum du premier octobre, entaché de violences policières. La Constitution espagnole interdit en effet une telle consultation populaire, alors que les Écossais se sont prononcés en 2014 sur leur autodétermination. En toute légalité, la Vénétie et la Lombardie viennent de voter massivement en faveur de l'autonomie dans une consultation populaire autorisée par Rome. Quant au Pays basque espagnol et à la Flandre, ils pourraient s'inspirer du divorce catalan pour faire sécession. En Bavière et en Corse, la fièvre indépendantiste est clairement retombée au fil des ans, même si de récentes élections ont indiqué un certain retour des idées autonomistes. A travers sept passeports, découvrez les spécificités et les revendications de chaque région.

Catalogne : démocratie contre légalité
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Le 28 octobre, le parlement régional a voté à 70 voix sur 135 l'indépendance de la Catalogne. Une heure plus tard, le Sénat espagnol votait l'article 155 de la Constitution espagnole permettant de suspendre l'autonomie de la Catalogne. Conséquence : la région est désormais régie directement par Madrid, qui a convoqué de nouvelles élections régionales le 21 décembre. Le 1er octobre, le président catalan Carles Puigdemont avait maintenu l'organisation d'un scrutin interdit par Madrid : 90% des Catalans qui s'étaient rendus aux urnes (41% de participation) avaient appelé de leurs voeux l'indépendance de la région. Plus de 800 personnes avaient été blessées lors d'interventions des forces de l'ordre dans la rue et devant les bureaux de vote. Une quinzaine de membres de l'exécutif régional avaient aussi été arrêtés. La Généralité (le gouvernement régional) et le Parlement autonome sont les institutions politiques catalanes dirigées par une coalition indépendantiste. Le 9 novembre 2014, un référendum sur l’indépendance de la Catalogne avait recueilli un "oui" à 80%. Il avait lui aussi été interdit par Madrid.

Pays basque espagnol : le risque d'un effet domino ?
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Doté d’un gouvernement et d'un Parlement régionaux, le Pays basque espagnol avait organisé en 2008 un référendum sur son autodétermination, mais avait dû l’annuler après l’interdiction constitutionnelle. Cette tentative de consultation populaire avait cependant abouti à une plus grande autonomie de la région, notamment en matière fiscale. Les Basques pourraient s’inspirer de leurs voisins catalans pour continuer dans la voie de l’indépendantisme. Mais la plus riche des régions espagnole jouit déjà d'une large autonomie, et il n'est pas certain que le coup de force de Madrid contre Barcelone incite les nationalistes de centre-droit à un tel scénario.

 

Écosse : le modèle des indépendantistes catalans
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Le 21 septembre, la Première ministre indépendantiste écossaise Nicola Sturgeon a déclaré devant son Parlement régional : "le droit à l'autodétermination des peuples est un principe international important et j'espère vraiment qu'il sera respecté en Catalogne et partout ailleurs". L'argument est régulièrement entendu chez les indépendantistes catalans : pourquoi les Écossais ont-ils eu le droit de s'exprimer sur leur indépendance et pas eux ? Réponse : parce que l'histoire du royaume d'Écosse est différente, et que le Royaume-Uni n'a pas de Constitution écrite. Donc pas d'argument d'inconstitutionnalité. Depuis 1999, l’Écosse a retrouvé une législation nationale, un gouvernement et des députés. En septembre 2014, les Écossais se sont déjà prononcés sur leur indépendance : ils avaient voté contre à 55,4%. Mais depuis le "Brexit" de juin 2016, Nicola Sturgeon négocie avec Londres pour organiser un nouveau référendum d’autodétermination afin que l’Écosse demeure dans l’Union européenne.

Corse : un nationalisme de moins en moins indépendantiste
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La Corse est dotée d’un Conseil exécutif spécifique, d’un Parlement régional (Assemblée de Corse) et d’un Conseil économique, social et culturel. Pour la première fois, en 2014 et 2015, les nationalistes corses sont arrivés au pouvoir dans ces institutions. La Constitution française fait du pays un territoire "indivisible" et ne permet pas à une région de se prononcer sur son indépendance. En 2009, un sondage de l’IFOPindiquait que seuls 10% des Corses étaient favorables à l’indépendance de l’île. Parmi les sympathisants des nationalistes, ce taux atteignait 41%. L'âge d'or de l'indépendantisme est donc révolu sur l'île de beauté, où les nationalistes tentent désormais d'obtenir une plus grande autonomie régionale.

 

Flandre : autonomisme libéral et séparatisme europhobe
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La Flandre a un Parlement régional (Conseil flamand), un gouvernement et une administration propres. Les indépendantistes flamands se classent politiquement entre la droite libérale et l’extrême droite xénophobe, notamment selon leur rapport à l’Union européenne. La Constitution fédérale belge n’autorise pas le Parlement flamand à organiser une consultation populaire ni un référendum sur l’indépendance. Les nationalistes flamands sont d’ailleurs divisés sur cette question. Mais pour cette région où les salaires et le PIB par habitant sont supérieurs à la Wallonie, l'argument avancé par les partisans de l'indépendance est surtout économique : la Flandre ne veut plus "payer pour la Belgique".

 

Vénétie : les terres de la Ligue du Nord
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Les élus séparatistes du nord de l’Italie ont organisé un référendum consultatif le 22 octobre 2017 sur l’autonomie de la Vénétie et de la Lombardie : les électeurs ont voté à 95% en faveur du oui en Lombardie et à 98% en Vénétie. Le pouvoir exécutif local de Vénétie s’appelle la junte régionale. La région possède aussi un Conseil régional (législatif), contrôlé majoritairement par la Ligue du Nord, le principal parti nationaliste italien qui est à la fois fédéraliste, populiste et xénophobe. En mars 2014, une consultation en ligne sur l’indépendance de la Vénétie avait recueilli 89% de votes favorables à une séparation d’avec l’Italie. La Vénétie est par ailleurs un bastion historique de la droite conservatrice et religieuse et a une longue histoire en tant que république indépendante, avant l’unification italienne.

 

Bavière : l'indépendantisme a fait long feu
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Comme les autres Länder allemands, la Bavière a un parlement (Landtag) et un gouvernement régional (Staatsregierung). Jusqu’en 1999, la Bavière était aussi le seul Etat allemand à avoir son propre Sénat. Les Bavarois avaient ratifié par référendum la Constitution de l’Etat libre de Bavière en 1946, révisée quatre fois par la suite. Aucune consultation publique sur l’autonomie ou l’indépendance de la région n’est prévue par la Constitution fédérale allemande, comme l'a rappelé la Cour constitutionnelle de Karlsruhe récemment. Le courant indépendantiste bavarois est incarné par le Bayernpartei, présent au Bundestag et au Landtag jusqu’en 1966. Ce parti conservateur et séparatiste a largement décliné, mais a néanmoins doublé son score de 2008 en obtenant 2,1% des voix aux élections régionales en 2013. La Bavière est par ailleurs un bastion de la droite conservatrice hostile à l'aventure séparatiste : la CSU n’a pas cessé de diriger le Land depuis 1962. 

Dernière màj le 30 octobre 2017