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25 ans après Tiananmen

Pays : Chine

Tags : Tiananmen, Xi Jinping, 4 juin 1989

Le 4 juin 1989, le monde entier découvre l’horreur du massacre de Tian'anmen. Après six semaines de manifestations menées par des étudiants, des intellectuels et des ouvriers chinois à Pékin pour demander des réformes démocratiques et politiques, l’armée intervient sur ordre du gouvernement et rase la place sur laquelle s'était tenu le rassemblement. Dans les rues avoisinantes, des centaines voire des milliers de personnes sont tuées. Les chiffres varient selon les sources. 25 ans après, une grande partie des Chinois ignorent tout de ces événements, conséquence d'une amnésie collective organisée par le gouvernement. Le régime craint plus que tous les débordements et préfère oublier cette répression brutale, inimaginable, qui a divisé jusque que dans les rangs du Parti.

Cette journée du 4 juin avait été minutieusement préparée par les autorités. Non pas pour organiser les commémorations, loin de là, plutôt pour les empêcher. Même les étudiants étrangers ont été invités à quitter la capitale. Les autorités leur avaient organisé un voyage d'étude tous frais payés en Mongolie intérieure les 3 et 4 juin, pour "enrichir l'expérience des étudiants et accroître les échanges entre étudiants et professeurs". Tous devaient y assister ou justifier de leur absence par un certificat médical.

De fait, ce mercredi 4 juin, date anniversaire du massacre de Tiananmen, Pékin est sous haute surveillance, comme le raconte une journaliste occidentale installée sur place.

 

"'En fait, ça fait déjà plusieurs jours voire plusieurs semaines qu'on sent une tension qui monte. Plus la date approchait, plus il y avait de policiers en patrouille. On voit des voitures de police mais aussi des volontaires des comités de quartier, qui sont là pour dénoncer tout ce qu'il se passe. Ils sont tout à fait reconnaissables à leurs brassards rouges et il y en a à peu près tous les 10 mètres, assis sur une petite chaise, qui regarde tout ce qu'il se passe et dénonce tout ce qui pourrait être une atteinte à l'ordre public."

 

Sur internet, la censure prend le relais. Toute référence, de près ou de loin aux événements du 4 juin 1989 a été bloquée. Et puis selon Amnesty international au moins 66 personnes ont été placées en détention ou en résidence surveillée de manière préventive. Des défenseurs des droits de l'homme ont même été inculpés après s'être réunis dans un appartement. On est donc loin des troubles à l'ordre public mais pour le régime il s'agit surtout d'organiser une amnésie collective, d'empêcher toute personne de s'exprimer afin que les événements de Tiananmen disparaissent de la mémoire chinoise. Encore plus cette année que les précédentes. Jean-Luc Domenach, sinologue et chercheur au Centre de recherche international de Sciences Po :

 

"C'est une horreur, aux yeux de la population de Pékin notamment, mais aussi aux yeux des dirigeants eux-même. Et c'est devenu compliqué depuis que le patron est Xi Jinping parce que son père était très favorable à Hu Yaobang, ce secrétaire général du parti démis, qui avait été le héros des masses populaires à Pékin en 1989. Comme son père était de ce côté-là, Xi Jinping est obligé d'en rajouter, si je puis dire."

 

Une prudence extrême qui frôle la paranoïa. La Chine d'aujourd'hui n'a rien à voir avec celle de 1989, les Chinois sont maintenant conditionnés et leurs aspirations ont aussi évolué. La Chine est devenue la deuxième puissance mondiale, tout le monde en a profité et les voix dissidentes se sont raréfiées. Jean-Luc Domenach :

 

"Si on regarde les choses franchement, sans se contenter de lire les compte-rendus du journal Le Monde ou des intellectuels parisiens, la vérité c'est que la contestation n'est nulle part (…) La corruption est toujours là mais ce qui a tout changé c'est qu'il y a aussi des gains matériels extraordinaires. Les gens dans la rue vous en parlent très clairement. A moins de 7% de croissance la corruption devient infernale, à plus de 7% la corruption est tout à fait désagréable mais quelque chose qu'on peut oublier."

 

Ce qui ne doit pas faire oublier les détentions arbitraires qui touchent chaque année des centaines de chinois. Dans deux lettres ouvertes, rendues publiques ce mercredi, plus de 200 sinologues asiatiques comme occidentaux ont demandé au président Xi Jinping de libérer les militants chinois arrêtés en amont des commémorations de Tienanmen.

 

 

Retour en image sur les événements qui ont mené au massacre du 4 juin 1989

Un document qui vient d'être rendu public par les Archives de sécurité nationale aux États-Unis décrit la confusion et le chaos qui régnaient en Chine au moment de la répression. Non coordonnées, les différentes infanteries de l’armée ont tiré au hasard sur la foule tandis que les manifestants ripostaient en construisant des barricades. 25 ans plus tard, le régime communiste chinois empêche sa population de se souvenir. Sur la table rase de Tiananmen, les photos, seules, permettent de ne pas oublier.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016