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"11 septembre politique", "président de l'ego" : la presse européenne réagit à la victoire de Donald Trump

Pays : États-Unis

Tags : presse, presse internationale, élections présidentielles américaines

Nombre de journalistes, de sondeurs et d'analystes clamaient qu'Hillary Clinton allait l'emporter facilement. Et pourtant... La victoire du milliardaire Donald Trump le 8 novembre à l'élection présidentielle américaine a pris beaucoup de médias de court. En Europe, elle revêt une dimension particulière, à la veille des élections française et allemande et alors que les partis populistes et d'extrême-droite ont le vent en poupe sur une grande partie du continent. Revue de presse.

Un futur président isolationniste et xénophobe

Pour Johan Hufnagel, le directeur de Libération, "la première puissance mondiale est désormais aux mains de l’extrême droite". Et de s'adresser aux Français : "Cette élection est un avertissement supplémentaire pour ceux qui pensent que Marine Le Pen ne peut parvenir au pouvoir en France en 2017. Et une preuve supplémentaire qu’aucune marche n’est assez haute pour les menteurs et bonimenteurs. Surtout quand les chefs des partis 'républicains', par opportunisme et calcul, leur font la courte échelle en validant les thèses identitaires et racistes".

 

Libération Trump
 

Dans Mediapart, François Bonnet qualifie l'élection de Donald Trump de "11-Septembre politique". Une comparaison qui ne doit rien au hasard : pour le journaliste, son accession au pouvoir est la conséquence de la politique menée le président Bush après les attentats du 11 septembre. Elle se situe aussi au carrefour de plusieurs tendances -les "néo-conservateurs expansionnistes" qui veulent modeler le monde à leur façon, "le projet d'un isolationnisme guerrier, xénophobe et raciste, claquemuré et agressif"- et montre l'épuisement du système politique américain.

La victoire de Trump, mais surtout la défaite de Clinton

Pourquoi Hillary Clinton a-t-elle perdu ? Telle est la question posée par le quotidien britannique The Guardian. Voici sa réponse : les inégalités et les bas salaires persistants, malgré les efforts de redressement économique de Barack Obama ; le manque de confiance en la candidate démocrate, épinglée pour ses discours chez Goldman Sachs et l'enquête du FBI sur ses mails ; le vide du message politique de Clinton, dont le principal argument de campagne était sa compétence pour le poste.

 

Guardian Trump

 

Pour la Frankfurter Allgemeine Zeitung, en élisant Donald Trump, les Américains ont fait le choix d'un "président de l'ego", pour qui le monde tourne autour de lui-même. Magnat de l'immobilier, boss de sa propre émission de télé-réalité, caricature vivante et candidat anti-langue de bois : Trump est tout cela à la fois. Mais le journal explique que ce n'est pas seulement cette personnalité flamboyante qui a convaincu : "Les Américains n'ont peut-être pas voté ce mardi pour Donald Trump, mais se sont au contraire prononcés contre Hillary Clinton, car il y a peu d'autres figures qui symbolisent aussi bien l'establishment qu'elle".

Des idées inquiétantes en matière d'économie et de politique internationale

"Pour le monde entier, la victoire de Trump est un saut dans l’inconnu", titre Le Monde, selon qui les considérations du milliardaire en matière de politique étrangère font frissonner bon nombre de chancelleries : "plan" de destruction de l'Etat islamique, dénonciation de l'accord sur le climat et de l'accord sur le nucléaire iranien, OTAN jugée "obsolète et coûteuse"… Et de conclure : l'autre gagnant de la soirée électorale américaine est le président russe Vladimir Poutine, proche du nouveau président américain.

 

Charlie Hebdo Trump

Pour le quotidien suisse Le Temps, Donald Trump n'est rien de moins qu'"un fléau pour l'économie mondiale". Les baisses d'impôts qu'il a promises pourraient avoir un effet positif, mais seulement à court terme. C'est la suite de ses propositions qui apparaît particulièrement inquiétante : "Le nouveau président américain a déjà dit toute son aversion pour le commerce mondial et envisage d’imposer toutes sortes de barrières aux échanges, de casser des accords commerciaux avec d’autres pays. Si le premier marché du monde se barricade, cela ne peut qu’être désastreux pour lui-même, pour la croissance mondiale et pour les emplois".

Un avertissement pour l'Europe ?

Le site du journal autrichien Profil établit un parallèle entre les Etats-Unis et l'Autriche en ce qui concerne l'erreur des sondeurs et autres spécialistes de l'opinion : "Comme à l'époque en Autriche beaucoup d'électeurs ne se sont pas revendiqués du FPÖ [l'extrême-droite autrichienne] dans les enquêtes d'opinion, mais l'ont choisi dans l'isoloir, beaucoup d'Américains n'ont pas confessé leur choix de Trump, mais lui ont bien donné leur voix". La comparaison ne s'arrête pas là : comme les populistes autrichiens, le milliardaire américains a surfé sur les thèmes de l'immigration face à la peur du déclassement économique et a affirmé son dédain des groupes "politiquement corrects" que sont la communauté LGBT, les femmes et les minorités ethniques.
 

Selon le politologue Sebastian Santander, interrogé sur le site de La libre Belgique, "Trump va inspirer les populismes en Europe". "Donald Trump a fait sauter toute une série de verrous. Il a tenu des propos homophobes, il a eu un discours contre les migrants, il a insulté les handicapés", ce qui pourrait donner des ailes à des partis européens qui s'en tenaient parfois à un discours relativement policé.