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Venezuela : au fil des manifestations, la crise ne cesse de s'aggraver

Pays : Venezuela, République Bolivarienne Du

Tags : Manifestation, Répression, Crise économique, Nicolas Maduro, Hugo Chavez

L'opposition vénézuélienne ne semble pas prête à reculer. Son dirigeant, Henrique Capriles, a donné rendez-vous aux manifestants jeudi. "Nous appelons le peuple vénézuélien tout entier à se mobiliser", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse de la Table de l'union démocratique (MUD), la coalition de l'opposition. Il s'agira de la septième manifestation en trois semaines.

Mercredi, des centaines de milliers d'opposants ont ainsi défilé dans la capitale Caracas et dans de nombreuses autres villes du pays, demandant le départ du chef de l'Etat, Nicolàs Maduro. "Il faut sortir de cette dictature. Nous sommes fatigués, nous voulons des élections pour que Maduro quitte le pouvoir, car il a détruit le pays", a déclaré une manifestante, Ingrid Chacon, secrétaire de 54 ans brandissant le drapeau jaune, bleu et rouge du Venezuela. "Nous n'avons rien à manger dans le réfrigérateur. J'ai un enfant de deux ans et je suis au chômage, tout ça par la faute de Maduro", a confié de son côté Jean Tovar, 32 ans.

 

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© Richard Gonzalez / NurPhoto
Trois militants anti-gouvernement, dont un blessé, lors du rassemblement de mercredi à Caracas 
 
Une confrontation de plus en plus violente

Le fossé semble se creuser chaque jour davantage entre l'opposition et le gouvernement chaviste, alors qu'un adolescent de 17 ans et qu'une jeune femme de 23 ans ont été tués mercredi par les tirs d'inconnus cagoulés à moto; des tireurs qui feraient partie des "colectivos", des groupes de civils armés par le gouvernement selon l'opposition. Parallèlement, un militaire a été tué par des manifestants dans la périphérie de Caracas selon l'un des principaux responsables du pouvoir, Diosdado Cabello. 

En tout, huit personnes ont été tuées et plus de 500 arrêtées en trois semaines, selon l'ONG Foro Penal. L'opposition reproche au pouvoir la répression des militants et de la presse, tandis que les autorités les accusent de vouloir déstabiliser le Venezuela. Mardi, Nicolàs Maduro a activé un plan de défense renforçant la présence policière et militaire dans les rues des grandes villes. Le lendemain, il a annoncé l'arrestation de trente personnes, accusées de vouloir provoquer des violences lors des manifestations. Le dirigeant estime avoir à "démanteler [un] coup d'Etat terroriste" fomenté par les Etats-Unis. Il est soutenu par des milliers de contre-manifestants -"plus de trois millions de personnes" sont descendues mercredi dans la rue, selon le successeur d'Hugo Chavez. 

 

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© ALFREDO ESTRELLA / AFP
Des soutiens de Nicolas Maduro brandissent le portrait de l'ex-président Hugo Chavez, mercredi à Caracas.
 
Un pays en crise depuis quatre ans

Cette vague de protestation a débuté le 1er avril, date à laquelle la Cour suprême vénézuélienne s'est arrogé les prérogatives du Parlement, déclenchant un tollé diplomatique qui l'a poussée à revenir sur sa décision quarante-huit heures après. Trop tard : l'opposition a alors dénoncé une tentative de coup d'Etat, et cet épisode lui a donné un nouveau souffle, comme en témoigne l'ampleur du mouvement qui agite le pays.

Mais la colère des Vénézuéliens et de l'opposition n'est pas nouvelle, loin de là. Elle est un nouvel épisode des profonds troubles que traverse le Venezuela depuis la mort de son président Hugo Chavez le 5 mars 2013. Beaucoup moins populaire que son emblématique prédécesseur, Nicolàs Maduro est confronté à une crise à la fois politique, économiques et sociale, dont ARTE Info vous explique les ressorts dans la vidéo ci-dessous :

 

Sept Vénézuéliens sur dix disent aujourd'hui souhaiter le départ du chef de l'Etat. Ce dernier a assuré mercredi souhaiter des élections "bientôt", sans donner plus de précisions à ce sujet.