Trafic d’art et terrorisme : l’U.E veut agir

Pays : Union européenne

Tags : Conflit syrien, Irak, Etat Islamique, Trafic d'art

Mosaïques, tablettes en céramique, bijoux… En 2013, le Conseil international des musées (ICOM) a publié une "liste rouge" des objets d’art susceptibles d’avoir été pillés et d’être revendus clandestinement en Europe. Le trafic d’art représente entre 20 et 50% des recettes de Daech, et lui rapporte environ 100 millions de dollars par an. Diverses institutions, comme l’UNESCO et Interpol, tentent de tarir cette manne pour les organisations terroristes, tout en renforçant la protection du patrimoine.

L’U.E vs. trafic d’art et terrorisme
L’U.E vs. trafic d’art et terrorisme  L'Union européenne veut s'attaquer au trafic d'objet d'art, véritable manne financière pour Daech notamment. L’U.E vs. trafic d’art et terrorisme

 

Une "carte d’identité" des objets d’art

Ce jeudi 13 juillet, l’Union européenne a présenté de nouvelles mesures pour lutter contre ce marché noir, a annoncé Pierre Moscovici, commissaire européen aux affaires monétaires. "Nous voulons renforcer les obligations douanières qui pèsent sur les intermédiaires que sont les antiquaires, les marchands ou encore les galeries d'art", a-t-il déclaré. L’objectif : empêcher l’entrée illicite sur le territoire de "biens [vieux] de plus de 250 ans".

Parmi les mesures évoquées, la mise en place de sortes de "cartes d’identité" des objets d’art pour faciliter leur traçabilité. En effet, les oeuvres pillées qui transitent à travers l’Europe sont difficile à suivre : elles disparaissent le plus souvent dans ce qu’on appelle des “ports francs”. Ces zones portuaires qui ne sont pas contrôlées par les douanes existent dans la plupart des pays d’Europe, mais ils sont particulièrement nombreux en Suisse et en Allemagne.

 

Les "ports francs" mis en cause

Si la Commission doit plancher cette semaine sur des mesures, il ne s’agit pas de la première tentative pour lutter contre ce trafic d’art lié au terrorisme. En 2015, quelques jours seulement après les attentats du 13 novembre à Paris, François Hollande s’était exprimé sur ce sujet durant la 70ème conférence de l’Unesco et avait dénoncé le recel d’objets d’art transitant par les ports francs, "havres pour le recel et le blanchiment". 

L’ancien chef d’Etat avait également annoncé sa décision d’intégrer dans le droit français les résolutions du Conseil de sécurité "interdisant le transport, le transit, le commerce du patrimoine culturel mobilier ayant quitté illégalement certains pays". C’est loin d’être le cas dans tous les pays de l’Union : pour l’instant, chaque pays est souverain en ce qui concerne le contrôle douanier des importations sur son territoire.

En France, les antiquaires et marchands d’art sont censés faire un signalement à Tracfin, -organe d’Etat en charge de la lutte contre l’escroquerie et le blanchiment-, ou à l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC) lorsqu’ils ont un doute sur la provenance des objets. Mais à titre d’exemple, seuls 534 dossiers de ce genre ont été étudiés par Tracfin sur toute l’année 2015. Michel Sapin, alors ministre des Finances, assurait pourtant la même année que ces antiquités du sang arrivaient "en nombre important en Europe", -sans toutefois communiquer de chiffre précis. L’année 2015 a été marquée notamment par les pillages de la cité antique de Palmyre, en Syrie, tombée aux mains de l’Etat islamique.  

 

Notre reportage sur le G7 de la culture, diffusé en mars 2017 : 

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