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Sylvie Goulard aux Armées : vers une défense européenne?

Pays : France

Tags : Défense, union européenne, Politique, Gouvernement

Parmi les nominations annoncées mercredi à l’Elysée, la plus surprenante est peut-être celle de Sylvie Goulard. Seule femme à la tête d’un ministère régalien, l’eurodéputée de 52 ans a été placée à la tête des Armées. Pourtant, c’était à l’Europe qu’elle était pressentie. Comment expliquer cette décision ?

"Il est temps de remettre au premier plan une approche européenne commune. (...) L’histoire nous l’a déjà montré, ce n’est pas avec moins mais avec plus d’Europe que se trouvent les réponses aux problèmes qui se posent à nous", peut-on lire dans le manifeste du "groupe Spinelli", une initiative pro-européenne lancée entre autres par Sylvie Goulard en 2010.

L’eurodéputée MoDem, qui parle couramment allemand, anglais et italien, était largement pressentie pour prendre la tête du ministère de l’Europe et des affaires étrangères. C’est finalement Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense (PS) sous François Hollande, qui récupère le portefeuille.

Sylvie Goulard quant à elle, hérite par une sorte d’échange de bons procédés du ministère régalien laissé libre. Elle devient la deuxième femme à prendre la tête des Armées après Michèle Alliot-Marie. Pourtant, rien dans son profil n’en fait une spécialiste des questions de défense, et les spéculations vont bon train pour expliquer les raisons de ce choix. "Ministre des Armées ou ministre désarmée ?", s’interroge le journal L’Opinion.

 

Vers une Europe de la Défense ?

Sylvie Goulard connaît déjà son homologue allemande, Ursula Van Der Leyen : un atout pour consolider le dialogue franco-allemand… et donner un nouveau souffle à l’idée d’une défense européenne ? Dans son programme, Emmanuel Macron s’est engagé à "développer (vraiment) l’Europe de la Défense" :

"Nous renforcerons la coordination de nos opérations avec nos alliés européens avec un Quartier Général européen permanent (...). Nous créerons un Conseil de sécurité européen, composé de militaires, diplomates et experts du renseignement, pour conseiller les décideurs européens. Nous soutiendrons la création d’un Fonds européen de défense, pour financer des programmes communs, tel un drone européen."

 

Des propositions en phase avec les objectifs de Bruxelles : ces derniers mois, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a réaffirmé sa volonté de renforcer la coopération des pays de l’Union en matière de défense. La création d’un Fonds européen faisait d’ailleurs partie des propositions envisagées. Mais pour Vivien Pertusot, directeur de l'Institut français des relations internationales (IFRI) cité par nos confrères de La Croix, l'idée d'une défense européenne est un "serpent de mer" actuellement très difficile à mettre en oeuvre : "Aujourd’hui, la défense européenne est très fragmentée. Les efforts sont dispersés, la défense s’opère par régions, par accords bilatéraux. Alors que si l’on suit la lettre des traités, on devrait aller vers une défense commune". 

La décision d’Emmanuel Macron de placer une ministre au profil très européen à la tête des Armées peut être lue à travers le prisme de ces engagements. De quoi agacer les personnalités politiques de la droite eurosceptique. Nicolas Dupont-Aignan s’est par exemple dit "inquiet" de la nomination de Mme Goulard, affirmant : "on risque de voir revenir la CED" (Communauté Européenne de Défense, projet français de création d’une armée européenne sous les ordres de l’OTAN, finalement rejeté en 1954 par l’Assemblée nationale).

 

VU D'ALLEMAGNE. Depuis la visite d’Emmanuel Macron à Berlin - son premier déplacement-, le renforcement des relations franco-allemandes est dans tous les esprits. Outre-Rhin, la presse s’est enthousiasmée de certaines nominations au sein du gouvernement d’Edouard Philippe. La raison ? Certains membres du gouvernement se démarquent pour leur côté très "allemand". Ainsi, le quotidien Die Zeit s’est félicité le jeudi 18 mai que la France compte au sein de son gouvernement "des gens qui connaissent très bien l’Allemagne". "Le premier ministre d’Emmanuel Macron, Edouard Philippe, a étudié à Bonn", souligne le Zeit. "Son chef de la diplomatie Philippe Etienne travaillait jusqu’à récemment comme ambassadeur à Berlin. Sa collaboratrice Sylvie Goulard a déjà de très bonnes relations avec la CDU et est souvent impliquée dans les discussions avec l’Allemagne. Le nouveau secrétaire général de l’Elysée Alexis Kohler maîtrise très bien l’allemand, tout comme le conseiller européen Clément Beaune". A la liste du Zeit, on pourrait ajouter Bruno Lemaire, désormais ministre de l’Economie et des Finances, qui parle allemand, ainsi que Sylvain Fort, à la cellule de communication du président.

 
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Dernière màj le 18 mai 2017