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Pourquoi renégocier l'Alena, l'accord de libre-échange américain ?

Pays : États-Unis

Tags : ALENA, Libre-échange, Donald Trump

Les Etats-Unis, le Mexique et le Canada ont entamé mercredi le premier cycle de discussions autour de la renégociation du traité de libre-échange Alena, signé il y a vingt-trois ans. C'était une promesse du président Donald Trump, qui tout au long de sa campagne n'a cessé de fustiger un accord prétendument défavorable aux Américains. Pourtant, les discussions s'annoncent compliquées et rien n'indique que le président américain obtiendra gain de cause. Ses partenaires, eux, n'ont aucune envie de céder aux sirènes du protectionnisme.

Qu’est-ce que l’Alena ?

Comme l’indiquent ses initiales, l’Alena est l’Accord de libre échange nord-américain, en anglais NAFTA. Il a été négocié par le président George H. W. Bush à partir de 1992 et est entré en vigueur deux ans plus tard, sous la présidence Clinton. L’Alena visait à favoriser les investissements et les échanges commerciaux entre les trois pays concernés : les Etats-Unis, le Canada et le Mexique. C’est le plus vaste espace de libre-échange au monde. Il concerne 478 millions de personnes et génère chaque année dix-sept billions (ou milliards) de dollars d'échanges commerciaux.

 

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Combien d’emplois ont été créés ?

Officiellement, l’Alena aurait créé quarante millions d’emplois dont vingt-cinq millions aux Etats-Unis, mais le bilan est nettement moins positif si on le compare aux destructions d’emplois. Selon le cercle de réflexion Economic Policy Institute, les Etats-Unis auraient perdu huit cent mille emplois entre 1997 et 2013, du fait des délocalisations. Mais il est difficile d’établir une responsabilité directe de l’Alena.

Qu’est-ce que Trump lui reproche ?

Il l’avait dit pendant sa campagne, Donald Trump trouve que l’Alena est un "désastre". Il estime que le traité de libre-échange a détruit des emplois américains au profit du Mexique et souhaiterait rétablir une meilleure protection pour l’économie américaine. Il se focalise notamment sur le déficit commercial avec le Mexique, qui a atteint les soixante-quatre milliards de dollars. Le président américain n’a jamais caché sa volonté de limiter le libre-échange pour revenir à une certaine forme de protectionnisme. Il dénonce aussi des pratiques déloyales de ses partenaires. Donald Trump accuse notamment les Canadiens de dumping dans la filière du bois.

Qui a le plus à perdre ?

Les exportations du Mexique ont bondi de plus de 500% depuis la mise en application de l’accord, en 1994. 80% d'entre elles se font vers les Etats-Unis. C’est donc le Mexique qui est le plus dépendant de l’Alena. Il aurait beaucoup à perdre d’un retrait pur et simple des Etats-Unis, comme l’avait annoncé Donald Trump dans un premier temps. Toutefois, l’économie américaine pourrait également souffrir d’un retour des droits de douane, puisque les prix pour le consommateur américain risqueraient de monter en flèche. Beaucoup d’économistes s’accordent à dire que le retrait des Etats-Unis serait contre-productif pour l’économie américaine. Ce qui explique peut-être que le président américain ait renoncé à cet élan radical.

Sur quoi portent les discussions ?

Il n’y a pas que les Etats-Unis qui souhaitent une renégociation du traité, signé il y a plus de vingt ans. Le Canada compte aussi profiter de cette discussion pour introduire de nouvelles clauses, notamment sur l’environnement. Mais ce n’est pas le principal point de crispation. Les négociations vont devoir aborder l’épineuse question du "chapitre 19", en référence au mécanisme de règlement des litiges. Si par exemple un pays membre de l’Alena estime que certains prix pratiqués par ses partenaires sont inéquitables, il peut en référer à une instance indépendante pour obtenir des droits compensatoires. Donald Trump veut mettre fin à cette disposition, qui est selon lui "défavorable aux décisions américaines".

Dernière màj le 16 août 2017