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"Toujours plus pour ceux qui ont déjà tout"

Pays : Monde

Tags : Oxfam, étude, richesse, pauvreté

En amont de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, Oxfam a calculé que le patrimoine cumulé des 1% les plus riches du monde dépassera celui des autres 99% de la population. L’organisation internationale de développement souligne que l’explosion des inégalités entrave la lutte contre la pauvreté dans le monde, et appelle les États à adopter un plan en sept points pour lutter contre les inégalités. ARTE Info s'est entretenu avec Jörg Kalinski, responsable des campagnes d'Oxfam à Berlin.

ARTE Info : Oxfam vient de publier un rapport intitulé "une économie au service des 1%". De quoi s’agit-il ?

Jörn Kalinski

Jörg Kalinski, responsable des campagnes d'Oxfam à Berlin

En tant qu’ONG, nous voulons attirer l’attention sur l’extrême différence qu’il y a dans le monde entre riches et pauvres. Il y a un an encore, environ 80 personnes possédaient autant de richesse que la moitié la plus pauvre de la population mondiale. Aujourd’hui, ce sont 62 personnes ! 62 personnes qui possèdent autant que 3,6 milliards d’individus. C’est complètement fou, et la tendance n’est pas bonne. Il y a cinq ans encore, ce chiffre était de 388… Si on continue comme ça, en 2020, la richesse mondiale sera concentrée dans les mains de 11 personnes. Moralement, c’est inacceptable. Economiquement, ça n’a pas de sens : cela freine la croissance. Et socialement, cela rend le combat contre la pauvreté plus difficile.
L’an passé, l’ONU s’est fixé comme objectif d’éliminer la pauvreté extrême d’ici 2030, cet objectif ne pourra pas être atteint.

 

Cette disparité est le résultat de politiques intérieures : systèmes d'imposition injuste, privatisations, dérégulations du marché etc.

Jörg Kalinski, responsable de campagnes Oxfam

D’où vient cette disparité ? Comment peut-on y remédier ?

Il y a plusieurs facteurs qui entrent en compte, mais c'est clairement le résultat de politiques intérieures : un système d’imposition injuste, des privatisations, la dérégulation du marché... Le système actuel permet aux grandes entreprises d’échapper au fisc par le biais de paradis fiscaux. Evidemment, il n’y a pas de solution toute faite, mais ce qui est sûr, c’est que nous avons absolument besoin de plus de transparence, cela signifie que nous avons besoin d’un système fiscal plus juste, où l'on impose plus les revenus du capital que ceux des salaires. Et puis, il faut aussi en finir avec la concurrence fiscale entre les pays. Cet argent manque aux Etats, ils ne peuvent pas investir suffisamment dans leur système éducatif ou de santé qui sont des éléments essentiels dans la lutte contre la pauvreté.

 

Réformer le système fiscal mondial… Est-ce réaliste ?

Cela ne se fera pas du jour au lendemain, mais le sujet des paradis fiscaux est sur la table depuis la crise financière… Quelques avancées ont été faites, mais on est encore loin du compte. Il est important de souligner que cela ne concerne pas seulement les pays les plus pauvres, mais aussi les pays riches. Nous aussi, en tant que pays riches, nous avons besoin de cet argent pour développer nos infrastructures, pour améliorer notre système éducatif, pour faire face aux flux de réfugiés par exemple. Tout ça coûte beaucoup d’argent, et la communauté internationale doit se mobiliser pour enfin mettre un terme aux paradis fiscaux.

Dernière màj le 8 décembre 2016