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Migrants : comment l’UE abandonne l’Italie

Pays : Italie

Tags : migrants, méditerranée

Depuis le début de l’année, plus de cent mille migrants ont traversé la Méditerranée dans l’espoir de gagner l’Europe. L’Italie, à elle seule, en a accueilli plus des trois quarts. Aujourd’hui, le pays n’en peut plus de supporter quasiment tout le poids du flux migratoire européen. Ce cri d’alarme a été entendu par la Commission européenne, qui compte débloquer une enveloppe de quarante-six millions d’euros pour "renforcer les capacités des autorités libyennes" et une autre de trente-cinq millions d’euros -immédiatement mobilisable- pour augmenter l’aide à l’Italie. Les ministres de l'Intérieur de l'Union européenne, réunis à Tallinn en Estonie, ont apporté ce jeudi leur soutien à ce "plan d'action". Cet accord pourrait-il véritablement soulager les ports italiens ? La réponse d’ARTE Info en chiffres.

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Le fardeau de l’Italie

Entre le 1er et le 3 juillet 2017, 85 183 migrants ont traversé la Méditerranée pour rejoindre l’Italie, 16% de plus qu'en 2016 à la même période. Ces chiffres ne montrent qu’une partie du problème réel : l’Italie supporte depuis le début de l’année 85% des flux migratoires en mer Méditerranée et est devenue, et de loin, le principal point d’arrivée des vagues migratoires.

 

 

Deux facteurs expliquent ce renversement des tendances migratoires : 

A consulter aussi :

Pour venir en aide aux naufragés, une initiative a vu le jour : SOS Méditerranée. Objectif : sauver les migrants qui tentent par milliers de gagner l’Europe dans des embarcations de fortune.  >> En savoir plus avec notre dossier : "SOS Méditerranée : le bateau citoyen"

- Les routes migratoires changent en fonction de la réponse des pays d’accueil et de l’Union européenne. En 2016, la Grèce a accueilli une écrasante majorité de migrants -158 527 au 3 juillet. En 2017, durant la même période, elle n’en accueille plus que 9 290. C’est le fruit de l’accord entre l’Union européenne et la Turquie, qui a dissuadé "les migrants souhaitant se rendre en Europe. Ils savaient qu’ils risquaient d’être renvoyés en Turquie", selon Jean Marcou, chercheur spécialiste de la Turquie et enseignant à l’Institut de sciences politiques de Grenoble.

- La fermeture de la route des Balkans et les politiques anti-migrants des pays comme la Hongrie ont aussi joué un rôle dissuasif. Les voisins européens de la Grèce ont donc fermé leurs frontières, tout en refusant d’adhérer au système de répartition par quotas fixé par l’Union européenne en septembre 2015.

Résultat : les flux migratoires se sont quasi-exclusivement concentrés vers la côte italienne et ont massivement délaissé la Grèce. Autre conséquence : les migrants empruntent un chemin de plus en plus dangereux.

 

2017, l’année la plus meurtrière pour les migrants ?

A tel point que l’année 2017 pourrait devenir la plus meurtrière pour les migrants en Méditerranée. C’est la conclusion d’un rapport d’Amnesty International publié le 6 juillet, qui recense 2 072 décès de migrants sur les plus de soixante-quinze mille personnes qui ont tenté la traversée à partir de la Libye pendant les six premiers mois de l’année. Amnesty a calculé un taux de décès de 2,7 %, soit trois fois plus qu’en 2015. 

 

L’insuffisant plan de la Commission 

Face à cette situation, comment l’Union européenne réagit-elle ? "On ne peut pas prendre toute la misère du monde, mais chacun doit prendre sa part. C'est bien de cela qu'il s'agit" : cette louable affirmation a été déclamée par Emmanuel Macron, la semaine dernière à Berlin. Dans les faits, l’Union européenne n’est prête à aider l’Italie qu’à la marge. Et certainement pas en ouvrant ses ports pour désengorger les centres d’accueil de migrants, comme l’a demandé le ministre italien de l'Intérieur Marco Minniti le 2 juillet

"Les gouvernements de l'UE préfèrent privilégier le démantèlement des réseaux de passeurs et empêcher les départs de bateaux depuis la Libye", résume Amnesty international. La proposition de la Commission européenne qui est débattue le 6 juillet abonde en ce sens : une enveloppe (quarante-six millions d’euros) destinée à la Libye pour "renforcer les capacités des autorités libyennes" et une autre (trente-cinq millions) pour soutenir l’Italie. 

D’ailleurs, vu d’Italie, le sommet de Tallinn apparait bien dérisoire. Le 4 juillet, la Stampa titre "Macron déçoit l’Italie" et enchaîne : "la France n’ouvrira pas ses ports, et l’Espagne est sur la même ligne". La Repubblica parle d’un "demi-accord" et La Verità résume : "L’Europe nous claque les ports au nez".  Le quotidien Il Giornale conclut : "Nous sommes seuls".

 

L’UE a abandonné l’Italie

En savoir plus :

En septembre 2015, les Etats membres l’UE s’étaient engagés à relocaliser temporairement 160 000 réfugiés arrivés en Italie ou en Grèce. Quasiment deux ans après, l’objectif est très loin d’avoir été atteint. A la date du 28 juin 2017, 22 841 migrants ont été pris en charge, bien loin du compte.

Effectivement, l’Italie apparait bien seule face à cette vague migratoire, malgré les mots d’Emmanuel Macron. Pour le président français, il est du devoir de l'Europe d’accueillir "les réfugiés politiques qui courent un risque réel, car ce sont là nos valeurs, sans les confondre avec des migrants économiques et abandonner l’indispensable maintien de nos frontières".

Cette position est partagée par la majorité des Etats membres : l’UE est disposé à prêter main forte à l’Italie pour prendre en charge les "réfugiés politiques" -comme les Syriens, les Irakiens ou les Eryhtréens-, mais ne veut rien entendre des "migrants économiques". Pourtant, les nationalités qui parviennent à fouler le sol italien ne sont pas éligibles au statut de réfugiés politiques : Guinéens, Nigérians et Ivoiriens sont en tête. Les migrants syriens ne représentent que 8% -4161 personnes- sur les 101 000 migrants accueillis par l’Italie. Une aiguille dans une botte de foin.

Dernière màj le 10 juillet 2017