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"Martin Schulz est le candidat le plus dangereux pour Angela Merkel"

Pays : Allemagne

Tags : Martin Schulz, Sigmar Gabriel, SPD

Le chef des sociaux-démocrates allemands, Sigmar Gabriel, a renoncé à s'opposer à la chancelière Angela Merkel lors des législatives de septembre. Il justifie ce choix ainsi : "Si je me présentais, j'échouerais et avec moi le SPD"… Il a annoncé cette décision lors d’une interview avec les hebdomadaires "Die Zeit" et "Stern" et a proposé à sa place l'ex-président du Parlement européen Martin Schulz. Quelles sont les conséquences d’une telle décision ? Quel est l’avenir du SPD, principal concurrent du parti d’Angela Merkel ? ARTE Info a posé ces questions au Professeur Dr. Frank Decker, politologue à l’université de Bonn.

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Sigmar Gabriel manque de soutiens dans ses propres rangs et d’appuis dans les sondages.

Professeur Dr. Frank Decker - 24/01/2017

L’annonce de Sigmar Gabriel est inattendue. Il veut laisser la place à Martin Schulz. D’où vient cette décision ?

Professeur Dr. Frank Decker : Martin Schulz est le candidat qui a le plus de chances et pour le SPD, il s’agit dans ces élections d’avoir une perspective d’obtenir le pouvoir. Sigmar Gabriel manque de soutiens dans ses propres rangs et d’appuis dans les sondages. Le soutien du parti est naturellement un point important, car il y a par exemple en mai des élections dans le parlement de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Les membres du SPD qui mèneront cette campagne électorale doit bien sûr être encore mobilisés en septembre et cela marchera mieux s’ils sont convaincus par la tête de liste du parti, ce qui a été le cas dès le début pour Schulz. Ces dernières semaines, il semble que Sigmar Gabriel a aussi semé de fausses pistes. Il a suggéré à tout le monde qu’il le ferait lui-même et que Martin Schulz deviendrait ministre des Affaires étrangères [à la place de Frank-Walter Steinmeier, qui sera bientôt officiellement président de l’Allemagne]. Et maintenant cela est totalement inversé.

 

Schulz peut arriver les mains libres, car il n’a jamais fait partie de la grande coalition.

Professeur Dr. Frank Decker - 24/01/2017

Qu’est-ce que cela signifie pour la campagne électorale ? Est-ce qu’Angela Merkel doit se tenir sur ses gardes ?

Professeur Dr. Frank Decker : Il est sûr que Martin Schulz est le candidat le plus dangereux pour Angela Merkel. Schulz peut arriver les mains libres, car -au contraire de Gabriel-, il n’a jamais fait partie de la grande coalition [qui réunit la droite et la gauche dans le gouvernement d’Angela Merkel]. Mais il doit tenir compte de la situation initiale : l’union [CDU-CSU, dont fait partie Angela Merkel] a une avance claire sur le SPD. Elle a consolidé cette avance dans les sondages les plus récents et Martin Schulz doit maintenant s’engager dans les bas-fonds de la politique allemande. Il a l’avantage d’avoir toujours eu bonne presse jusqu’ici. Le mandat de président du Parlement européen n’était pas une fonction qui l’a exposé sur le plan de la politique intérieure. Tout va changer maintenant et s’il fait des erreurs, la presse se montrera sans pitié. De l’autre côté, il a affaire à une adversaire très expérimentée. Martin Schulz n’a pas une telle expérience. Il n’a pas siégé au Bundestag, il n’a jamais fait partie d’un parlement régional et encore moins du gouvernement fédéral.

 

Quelles sont les chances de Martin Schulz ?

Professeur Dr. Frank Decker : Il est très difficile de faire des pronostics. Il commence bien sûr avec un plus ; il est porteur d’espoir, mais la campagne électorale est longue. Il ne faut pas oublier que nous vivons des temps dramatiques et incertains. Les événements peuvent influencer les élections. Il est donc difficile de prédire comment va évoluer la dynamique électorale. 

 

Les populistes de droite gagnent aussi du terrain dans l’électorat de la gauche ​

Professeur Dr. Frank Decker - 24/01/2017

En France, les socialistes sont divisés et ont très peu de chances d’atteindre le second tour de la présidentielle. En Allemagne, les chances du SPD semblent à peine meilleures, tandis que le parti d’extrême-droite d’AfD poursuit son ascension. Pourquoi ces grands partis de gauche vont-ils si mal ?

Professeur Dr. Frank Decker : Cette situation est liée à deux conflits principaux. Le premier a trait aux thèmes de l’immigration et de l’identité culturelle. Les partis conservateurs et chrétien-démocrates en sont également rendus responsables. De l’autre côté, il y a la question de la cohésion sociale et des perdants de la mondialisation. Le devoir des partis de gauche serait de s’adresser à eux, mais ils n’y sont pas arrivés par le passé. Ce modèle se retrouve dans tous les pays européens ; les populistes de droite gagnent aussi du terrain dans l’électorat de la gauche et des socialistes et il faut travailler sur ces deux problèmes, pour regagner ce potentiel à long terme.

Dernière màj le 25 janvier 2017