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Union civile homosexuelle : l'Italie dit oui

Pays : Italie

Tags : Adoption, Homosexualité

Les députés italiens ont définitivement approuvé le 11 mai la création d'une union civile homosexuelle. L'Italie devient ainsi le dernier grand pays d'Europe occidentale à accorder un statut aux couples de même sexe. Le Sénat avait déjà voté en février la confiance au gouvernement sur cette loi. La nouvelle loi établit un statut pour les concubins - hétérosexuels ou non - et crée en plus pour les seuls couples homosexuels une union civile distincte du mariage, qualifiée seulement de "formation sociale spécifique". Celle-ci, conclue devant un officier d'état civil, prévoit l'obligation d'assistance morale et matérielle réciproque, le bénéfice de la pension de réversion, le titre de séjour pour le conjoint étranger, le droit de visite à l'hôpital, la possibilité de prendre le nom de son conjoint... Ce texte a divisé la classe politique et mobilisé très fortement sympathisants et opposants. Pourquoi le pays est-il déchiré à ce point ? Que contient cette proposition de loi ? Avec le journaliste et réalisateur Gustav Hofer, ARTE Info décrypte les raisons de cette division.

 

 

Qui sont les militants des "Family Day ?" Gustav Hofer en a rencontré une en juillet 2015. Voici son témoignage.

L’Italie était le dernier bastion de l’Europe occidentale à refuser toute forme de reconnaissance aux couples homosexuels. Ce n’est pas comme si aucune discussion autour de ce sujet délicat n’avait jamais été entamée, au contraire : pour Gustav Hofer, journaliste et réalisateur italien, "les premiers débats remontent à 1986. Trente années que l’Italie discute et jusqu’à maintenant, il n’y a rien. Je suis en couple avec mon copain depuis seize années. Pour l’Etat italien, nous sommes deux célibataires. On n’existe pas".

Que contient cette proposition de loi ?

Et c’est bien cela que le projet de loi compte d’abord rectifier : reconnaître un statut aux couples de même sexe. "C’est la première fois dans l’histoire parlementaire italienne qu’une loi sur l’union civile est en débat." Matteo Renzi a dû retirer de la loi la possibilité d'adopter les enfants naturels de son conjoint, même s'il ne s'agissait pas de permettre aux couples de même sexe d’adopter au sens large. "C’est ce point qui monopolise la majeure partie des débats et les informations sur ce sujet sont pauvres et imprécises. Tout est mélangé et on entend de tout", déplore Gustav Hofer. "Comme cette idée qu’avec ce projet de loi, les couples gays pourraient adopter. Mais ce n’est pas ça." Ce projet devait permettre l’adoption des enfants naturels d’un conjoint et seulement s’ils n’ont pas d’autres parents reconnus : l’ouverture à l’adoption par des couples de même sexe est donc très encadrée. Et limitée.

En savoir plus...

En 2008, Gustav Hofer et  Luca Ragazzi ont réalisé le documentaire "Suddenly, Last Winter", un journal intime qui défend la cause des couples gays et dénonce les dérives homophobes de la société cisalpine.

Le poids de l’Eglise dans les débats

L’Italie est LA terre du catholicisme. Ce n’est pas pour rien que "le pape François a récemment levé son masque : il ne faut pas mélanger le mariage avec les autres formes d’union. Celui qui vit dans une union autre que celle devant Dieu vit dans l’erreur". Et pourtant, en théorie, l’Italie est un pays laïc.

Pour Gustav Hofer, "dans la vie pratique et politique, ce n’est pas comme ça." L’Eglise a une influence indéniable dans les affaires politiques italiennes et elle n’hésite pas à intervenir. "C’est normal que l’Eglise s'oppose à cette loi. Les mêmes discussions ont eu lieu en France à l’époque du mariage pour tous et l’Eglise n’a pas hésité à protester. La grosse différence entre les deux pays, c’est qu’en Italie, le monde de la politique écoute encore très fortement les positions de l’Eglise." La voix du pape est plus forte que celle des citoyens italiens : "On pourrait presque dire que c’est une intervention d’un Etat étranger sur un autre Etat." Une ingérence qui est devenue la norme en Italie. "C’est la faiblesse de la politique italienne : ils ont peur de s’opposer au pouvoir de l’Eglise", ajoute Gustav Hofer. "Même dans le parti démocrate de centre-gauche [l’équivalent des socialistes français, NDLR], les catholiques à l’intérieur du parti cherche à entraver ce projet de loi, même si ce n’est déjà qu’un énorme compromis."

La société italienne peu encline au changement

L’Eglise n’est pas le seul blocage à l’enlisement des discussions concernant l’union civile homosexuelle : selon Gustav Hofer, "la société italienne a beaucoup de mal à accepter le changement, dans tous les domaines de notre vie. Malheureusement, l’Italie est un pays très conservateur qui a beaucoup de mal à accepter tout ce qui n’est plus comme autrefois. Ça se voit à chaque fois qu’on essaye de modifier des lois économiques". De plus, "la sphère politique n’est pas capable de répondre à la situation réelle de la société et préfère l’ignorer. Il y a bien sûr beaucoup de couples homosexuels, mais aussi beaucoup d’enfants de couples homosexuels. C’est déjà une réalité".

Pourquoi ce projet de loi est-il passé ?

Ce projet de loi a de grandes chances de passer, malgré l’opposition et les vagues de mobilisation contre l’union civile des couples homosexuels. Voici les deux principales raisons évoquées par Gustav Hofer :

- Aucune norme législative n’encadre l’union de couples du même sexe ; c’est le dernier pays d’Europe occidentale dans ce cas. Si de nombreux maires ont pris l’initiative de célébrer des unions homosexuelles, les transcriptions sur les registres d’état civil ne sont pas valides aux yeux de la loi. "Rattraper ce retard sur le plan des droits de l’homme est une question de crédibilité d’une Italie qui se présente comme une force renaissante."

- Matteo Renzi "cherche à se vendre comme le grand réformateur de l’Italie" et s’est engagé à faire passer cette loi. Pour lui, c'est une question de crédibilité. "Il veut aussi satisfaire l’électorat de gauche, qui a été jusqu’à maintenant déçu par le premier ministre. La réforme du marché du travail, par exemple, n’a pas été au goût de l’aile gauche du parti." 

Matteo Renzi porte donc cette loi et met un point d’honneur à la faire aboutir. Mais, il ne faut pas non plus oublier de préciser qu’il a su se protéger en cas d’échec : il a "toujours dit que la question de l’union civile ne concernait pas le gouvernement, mais le Parlement", rappelle Gustav Hofer. Les conséquences d’un échec ne seront donc que très limitées pour lui. En d’autres termes : les lauriers en cas de victoire, un coup d’épée dans l’eau en cas de défaite.

 

Dernière màj le 8 décembre 2016