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L'Iran, l'Arabie saoudite et le risque de contagion au Moyen-Orient

Pays : Iran, Arabie Saoudite

Tags : Diplomatie, Chiites, Sunnites

Riyad a rompu dimanche ses relations diplomatiques avec Téhéran. Pourquoi cela risque-t-il d'accroître les tensions dans toute la région ?

Aux sources de l'escalade

Samedi 2 janvier, l'Arabie saoudite a exécuté quarante-sept condamnés à mort pour "terrorisme". Parmi eux, une majorité d'individus liés au réseau extrémiste sunnite Al-Qaïda et un dignitaire chiite, le cheikh Nimr. Ce dernier avait été la figure de proue de la contestation qui avait éclaté en 2011, dans la foulée du Printemps arabe, dans l'est saoudien, où vit la minorité chiite qui se plaint de marginalisation. Cette exécution a provoqué une nouvelle crise diplomatique entre Téhéran et Riyad et des manifestations de colère parmi la communauté chiite dans plusieurs pays, principalement en Iran où les représentations saoudiennes ont été attaquées.

 

Riyad et Téhéran : la guerre des mots

"L'Arabie saoudite annonce la rupture de ses relations diplomatiques avec l'Iran et exige le départ sous quarante-huit heures des membres de la représentation diplomatique iranienne", a déclaré dimanche soir le chef de la diplomatie Adel Al-Jubeir à Riyad. Pour le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir Abdollahian, en rompant les relations, "Riyad ne peut pas faire oublier son erreur stratégique d'avoir exécuté un dignitaire religieux"

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Le président iranien Hassan Rohani, tout en condamnant l'exécution de cheikh Nimr, a qualifié "d'injustifiables" les attaques contre l'ambassade saoudienne à Téhéran, qui a été incendiée par des manifestants dimanche, et le consulat saoudien à Mashhad. Cinquante personnes ont été arrêtées après ces attaques. Avant lui, le guide suprême iranien Ali Khamenei avait déclaré "que la main divine vengerait" le cheikh exécuté des dirigeants saoudiens.

 

Une nouvelle crise diplomatique... pas si nouvelle

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Les relations entre Riyad et Téhéran évoluent en dents de scie depuis la révolution islamique iranienne de 1979. Les deux puissances sont le plus souvent en désaccord sur les crises dans la région et s'accusent mutuellement de chercher à élargir leur influence. Elles avaient rompu leurs relations de 1987 à 1991, après de sanglants affrontements entre pèlerins iraniens et forces saoudiennes lors du pèlerinage de La Mecque en 1987.

 

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La mise à mort du cheikh Nimr a provoqué des manifestations de la communauté chiite en Irak, au Yémen, au Liban, à Bahreïn ainsi qu'au Pakistan et au Cachemire indien. Plusieurs pays arabes, dont le Koweït, le Qatar, les Emirats, l'Egypte et le pouvoir yéménite, ont en revanche condamné les attaques des représentations saoudiennes et apporté leur soutien à la "lutte antiterroriste" de Riyad. Trois pays, Bahreïn, le Soudan et les Emirats arabes unis, ont en outre annoncé lundi la rupture de leurs relations diplomatiques avec l'Iran.  

Dimanche, la Ligue arabe va se réunir au Caire à la demande de Riyad. Selon Ahmed Ben Helli, secrétaire adjoint de l'organisation, la réunion "extraordinaire" doit examiner la crise entre l'Arabie saoudite et l'Iran et les "ingérences iraniennes dans les affaires intérieures arabes".

La nouvelle crise risque d'alimenter les guerres par procuration que se livrent actuellement Téhéran et Riyad et d'attiser les tensions intercommunautaires dans les pays du Moyen-Orient où se côtoient sunnites et chiites. ARTE Info vous explique les conséquences de cette nouvelle passe d'armes irano-saoudienne au Liban, en Syrie, en Irak, au Yémen et à Bahreïn. Cliquez sur les pays pour en savoir plus.

Carte : Donatien Huet et Jean-Pascal Noël

 

Dernière màj le 8 décembre 2016