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Les hotspots, armes européennes contre les flux migratoires

Pays : Union européenne

Tags : hotspots, accueil des migrants, Afrique

Comment dissuader les migrants de rejoindre l’Europe par la Méditerranée ? La question était au centre du mini-sommet organisé par Emmanuel Macron le 28 août. Le président français a convié les dirigeants italien, espagnol, tchadien, nigérien et allemand à Paris. Objectifs : améliorer la sécurité aux frontières et relancer l’idée déjà évoquée cet été sur l’ouverture des hotspots en Libye. Le dispositif inquiète les ONG. Implantés dès 2015 en Grèce et en Italie, ces centres d’enregistrement visent à prendre les empreintes des migrants et à repérer ceux qui ont droit à l'asile.

Qu’est-ce qu’un hotspot ?       

Le dispositif date de 2015 et a été mis au point par les Etats membres pour répondre à la crise migratoire. Actuellement, l’Europe compte neuf hotspots : cinq implantés sur les îles grecques et quatre en Italie. Au départ, ces centres étaient chargés d’identifier les nouveaux arrivants, et de séparer les demandeurs d’asile des migrants économiques. Depuis l’accord conclu avec la Turquie sur le renvoi des réfugiés en mars 2016, aucun migrant n’a quitté les hotspots des îles grecques. De son côté, l’Italie peine à gérer seule l’afflux massif de réfugiés. Car avec la fermeture de la route des Balkans l’année dernière, la route maritime entre la Libye et la Sicile est devenue la première voie d’accès migratoire au continent européen. Près de cent mille personnes sont arrivées sur ses côtes depuis le début de l'année. Débordée, Rome avait demandé l’aide de ses partenaires européens début juillet, menaçant de fermer ses ports pour obliger les migrants à débarquer ailleurs.

 

    

D’où vient l’idée de les transposer en Libye ?        

Emmanuel Macron a fait du dossier libyen l'une de ses priorités au niveau international. Depuis 2011 et la chute du dictateur Mouammar Kadhafi, le pays fait face à une guerre civile. Il est aussi devenu l’une des principales terres d’asile des milliers de réfugiés fuyant les Etats voisins. Actuellement, près de huit mille migrants sont détenus dans des centres "officiels" en Libye, où les conditions de vie sont déplorables. Sans compter les nombreux centres clandestins, exploités par des milices dans le plus grand secret. Paris veut donc envoyer des agents de l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) pour évaluer la situation tout en "traitant le problème en amont", c’est-à-dire en contrôlant les mouvements migratoires dès le Niger et le Tchad, pays de transit, voisins de la Libye. Mais les deux pays mettent en garde contre l’absence de moyens financiers. Ils redoutent un afflux de réfugiés à leurs frontières. A lui seul, le Tchad compte quatre cent mille réfugiés et cent mille personnes déplacées.

 

Vers un renforcement des frontières en Afrique ?        

Dès octobre, l'armée française aura pour mission de contrôler les frontières avec la Libye. Consciente du rôle stratégique des Etats africains, Bruxelles a déjà débloqué 1,8 milliard d’euros lors de son sommet sur les migrations en 2015 à Malte. Objectifs : soutenir le développement des pays d’Afrique et dissuader les départs des migrants. L'Union européenne nourrit les mêmes ambitions avec la Libye. Pour fermer la nouvelle route migratoire, les dirigeants européens ont déjà formé une centaine de garde-côte libyens. Tripoli profite de son rôle stratégique pour imposer ses conditions, en réclamant la levée de l'embargo sur les armes imposé en 2011 par l'ONU pour équiper ses gardes-côtes et gardes-frontières.