|

Les clandestins en ligne de mire

Pays : Union européenne

Tags : Frontex, Immigration, Frontières

Cette semaine Vox Pop enquête sur le business de la protection des frontières en Europe. En quelques années, la lutte contre l'immigration clandestine est devenue un marché juteux pour l'industrie de la sécurité et de la défense.

MAGAZINE EUROPEEN- VOX POP (24)

 

 

 

Alors que Frontex, l'agence chargée de protéger les frontières de la forteresse Europe se révèle toujours plus inefficace face à l'afflux d'immigrés, l'Union européenne pense avoir trouvé la solution miracle. Ce sont Thalès, Dassault, Sagem et autres fleurons de l'industrie de la sécurité qui se voient désormais chargés de surveiller les frontières. Drones, radars, satellites…  Pour lutter contre l'immigration clandestine, l'Union européenne subventionne à tout-va l'industrie de la défense (voir notre enquête ci-dessus).

Surenchère technologique

Dans un article intitulé L'Europe fermée de l'intérieur, le site d'information Owni détaille « la surenchère technologique » qui prévaut à présent en matière de contrôle migratoire, avec un seul objectif : « recourir aux technologies les plus avancées pour atteindre un niveau maximal de sécurité. » Problème ? « Derrière, cette volonté incessante de renforcer la sécurité et la surveillance, l'ombre de sociétés privées se dessine. »

« Le marché » de l'immigration

« Les dispositifs qui prétendent contrôler les migrations ne servent pas les objectifs qu'ils prétendent viser. "

Claire Rodier, auteur du livre
Xénophobie Business

C'est ce sur quoi alertait déjà il y a deux ans, le livre de Claire Rodier, Xénophobie Business, à quoi servent les contrôles migratoires ? Dans cet ouvrage, (dont on peut lire un extrait sur le site Mediapart), la juriste du groupe d'information des immigrés (Gisti) s'interroge sur le bien-fondé de Frontex : « Les dispositifs qui prétendent contrôler les migrations ne servent pas les objectifs qu'ils prétendent viser. S'ils rendent plus difficile et dangereux "le voyage", ils empêchent rarement les migrants (…) de passer les frontières. » Elle analyse par ailleurs la stratégie des grands groupes de la sécurité : « On observe un glissement progressif du marché de l’armement militaire vers le secteur civil, où le marché de la lutte contre l’immigration est très porteur », explique-t-elle dans un entretien pour Bastamag.

Amalgame public-privé

En Europe, l'argent public de l'UE finance plus que jamais des recherches industrielles, à but très lucratifs. Et ce n'est pas Frontex qui va s'en plaindre alors que son budget a été multiplié par quinze en cinq ans. Cet amalgame public-privé soulève bien des questions, « elle conduit à un transfert de compétences problématique et à une dilution des responsabilités qui participe d’un brouillage du contrôle des frontières » analyse la revue Diploweb, dans un article intitulé « Géopolitique des frontières, la privatisation ».

« Gestion des migrants »

Dans certains pays de l'Union européenne c'est carrément la « gestion » même des migrants, leur enfermement en centre de rétention et leur reconduite à la frontière qui se trouvent désormais délégués à des entreprises privées. C'est par exemple le cas de la Grande-Bretagne qui, comme le rappelle l'agence d'information IRIN, n'a toujours pas porté plainte contre la société de sécurité G4S, accusée d'être responsable du décès d'un demandeur d'asile angolais en 2010. Dans un entretien donné au Nouvel Obs, la juriste Claire Rodier explique à quel point la gestion de centres de rétention est devenue un filon pour nombre d'entreprises privées en Angleterre, où les cas de maltraitance de migrants n'ont cessé de se multiplier ces dernières années.

 

Manuel Vicuña

 

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016