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Le Prix Sakharov décerné à un blogueur saoudien

Pays : Arabie Saoudite

Tags : Prix Sakharov, droits de l'homme, Parlement européen

Le Prix Sakharov pour la liberté de l’esprit revient cette année à un homme emprisonné depuis quatre ans en Arabie Saoudite. Le blogueur et militant des droits de l‘Homme Raïf Badawi a été condamné à 10 ans de prison, 1 000 coups de fouet et une amende considérable pour "rejet de la religion" et "insultes à l’islam". Son sort a engendré une campagne de vives protestations à l’échelle internationale et a mis en lumière la situation des droits humains dans le royaume d’Arabie saoudite.

Les sociétés du monde entier et les organisations de défense des droits de l’Homme demandent aux régimes arabes davantage de réformes dans le domaine de la liberté d’expression. Ils estiment qu’il s’agit là d’un droit essentiel : vous êtes un être humain, vous avez donc le droit de vous exprimer et de penser comme bon vous semble, ainsi que le droit d’exprimer ce à quoi vous pensez ; vous avez le droit de croire et de réfléchir, vous avez le droit d’aimer ou de haïr, vous avez le droit d’être libéral ou islamiste.

Extrait de "1000 coups de fouet, parce que j’ai osé parler librement" de Raïf Badawi

Aujourd'hui âgé de 31 ans, Raïf Badawi avait lancé sur Internet "Free saudi liberals", un site consacré à des échanges d'opinions sur la politique et la religion. Dans ses articles, il plaidait en faveur d’un État séculier, des droits des femmes et de la liberté d’expression.

 

Motifs d’accusation :  "rejet de la religion islamique" et cybercrime

Badawi a été arrêté en 2012. On l‘a alors accusé, entre autres, d‘apostasie et d’insultes envers l‘Islam, pour avoir déclaré que musulmans, juifs et chrétiens étaient égaux sur la plan humain. En 2013,  une fatwa l’a taxé d’infidèle. Autre grief à son encontre, celui de "cybercrime" – autrement dit, un crime en ligne dans un pays où internet est l’objet d‘une censure.

 

Une condamnation draconienne

Badawi a été condamné dans un premier temps à 7 ans de détention, ainsi qu’à 600 coups de fouet. En 2014, ce jugement a été revu à la hausse, prévoyant 10 ans de prison, 1000 coups de fouet et une amende équivalent à 200.000 euros.

Le 9 janvier 2015, Badawi a été fouetté pour la première fois en public; après 50 coups, les blessures étaient si importantes que l’application du reste de la sentence a été suspendue jusqu’à aujourd’hui. En juin dernier, un tribunal a de nouveau confirmé la peine. Walid Abou al-Khair, l’avocat de Badawi, qui s’était déjà engagé en faveur des défenseurs des droits humains, a été à son tour emprisonné : il a écopé de 15 ans de prison pour atteinte à la réputation de l’État saoudien et désobéissance.

 
Conséquences de la détention

Ensaf Haidar, épouse Badawi, a le statut de réfugiée politique au Canada où elle vit avec leurs trois enfants. Elle témoigne : "sa santé et son état psychique se sont dégradés". Suite à son transfert dans une prison à l’extérieur de Djeddah, son mari aurait entamé il y a une semaine une grève de la faim. "Les coups de fouet pourraient reprendre à tout moment", a déclaré Haidar.

Prix Sakharov : Interview Ensaf Haider

 

Mobilisation en faveur de Badawi

Parallèlement au Parlement européen, qui avait déjà plaidé auparavant en faveur de sa libération, Amnesty International s’est également engagé via des pétitions, des manifestations et des appels aux politiques. Le rapport 2014/2015 d‘Amnesty dresse un tableau pour le moins sombre de la situation des droits humains en Arabie saoudite.

 
Discuter avec un pays allié ?

L’Arabie saoudite étant un fournisseur de pétrole, partenaire commercial et allié de premier plan dans la lutte contre le terrorisme pour l’Union européenne et les États-Unis, les politiques n’ont fait jusqu’à présent que de très timides tentatives pour faire valoir les droits de l’Homme en Arabie saoudite.

Prix Sakharov : Interview Barbara Lochbihler
 
Soutien massif à Badawi

Jusqu’à présent, seule la ministre des Affaires étrangères suédoise Margot Wallström a osé suspendre un accord de fourniture d’armement avec le royaume saoudien, lequel a réagi en renvoyant son ambassadeur à Stockholm. La rédaction de Charlie Hebdo, le PEN Club allemand, Bono de U2 et Jimmy Wales, fondateur de Wikipedia, se sont mis en première ligne pour réclamer la libération de Badawi – sans succès jusqu’à présent.

 

Soutien sur le web

Le site Raïf Badawi, qui a été créé par son épouse et plusieurs activistes, permet de trouver des liens relatifs à son livre, des hastags Twitter et des pétitions en ligne en faveur de sa libération.

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016