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Palmyre mutilée par le groupe Etat islamique

Pays : Syrie

Tags : guerre, archéologie

Découverte macabre en Syrie : après la reprise de Palmyre le 27 mars, l’armée syrienne a annoncé avoir découvert un charnier contenant les cadavres de 42 personnes, exécutées par le groupe État islamique. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Daech aurait abattu au moins 280 personnes durant son occupation de la cité antique. Vidée de ses habitants qui ont fui devant l’invasion, Palmyre s’est transformée en champ de ruines : de nombreux trésors archéologiques de la ville classée au patrimoine mondial de l'Humanité ont été mutilés par l’organisation terroriste.

 

Notre carte interactive recense, en Syrie et en Irak, les biens classés sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco, ainsi que les sites candidats à l’inscription sur cette liste. En rouge, les sites  détruits ou endommagés ; en vert, les sites pour le moment épargnés ou pour lesquels on ne dispose pas d’informations ; en gris, la zone de contrôle et d'influence de l'Etat islamique. Cliquez sur le menu en haut à gauche et sur les icônes pour plus de détails.

C’est une conquête stratégique et médiatique : les troupes syriennes, aidées par les forces russes, ont repris dimanche 27 mars Palmyre à l’organisation Etat islamique. Daech avait pris le contrôle en mai 2015 de cette ville de la province de Homs, qui abrite les ruines d’une cité vieille de plus de deux mille ans, classées au patrimoine mondial par l’Unesco. Bachar Al-Assad s’est félicité de cette victoire, l’une des plus importantes contre l’EI du régime de Damas, qui avait longtemps laissé l’organisation terroriste prospérer sur le territoire syrien pour se concentrer sur la rébellion. Il s'agit d'une "nouvelle preuve de l'efficacité de la stratégie de l'armée et de ses alliés dans la guerre contre le terrorisme, en comparaison avec le manque de sérieux de la coalition menée par les Etats-Unis" contre l'EI, a expliqué le président syrien. 

80% des ruines antiques étaient en bon état.

Maamoun Abdulkarim, directeur des antiquités et musées de Syrie - 29/03/2016

Un symbole du patrimoine culturel menacé

La prise de Palmyre et de la destruction d’une partie de ses vestiges par Daech ont provoqué l’émoi côté occidental l’an dernier. Les mises en scènes spectaculaires du saccage, par les djihadistes, de plusieurs sites antiques de la ville sont devenues le symbole de leur volonté de détruire l'abondant patrimoine culturel en Syrie et en Irak. Le régime de Damas est également accusé d'avoir de n'avoir pas suffisamment protégé les trésors de Palmyre lors des combats. 

Dans quel état se trouve la ville après dix mois d’occupation ? Selon Maamoun Abdulkarim, le directeur des antiquités et musées de Syrie, "80% des ruines antiques étaient en bon état". L’EI a détruit les temples de Bêl et de Baalshamin à Palmyre, l’Arc de triomphe, plusieurs tours funéraires et le lion d’Al-Lât. La citadelle du XIIIe siècle a été endommagée lors de combats et le musée de la ville a subi de lourdes destructions, comme en témoigne à l’AFP Annie Sartre-Fauriat, membre du groupe d'experts de l'Unesco pour le patrimoine syrien. "C'est un vrai saccage. Contrairement à ce qu'on pensait, le musée n'avait pas été vidé des pièces qu'il contenait, car le service des antiquités n'a eu que 48 heures pour emballer, et les pièces monumentales n'ont pas pu être emportées", déplore l’experte, qui pointe le saccage de statues et de sarcophage, ainsi que le vol de plaques funéraires. 

Tout le monde s'enflamme parce que Palmyre est 'libérée'. Il ne faut pas oublier (...) la catastrophe humanitaire du pays. 

Annie Sartre-Fauriat - 29/03/2016

"Une opération politique" d'Assad  

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a salué la reprise de Palmyre, exhortant "le monde entier à protéger et à préserver ce patrimoine de l'humanité". De leur côté, les chancelleries occidentales ont prudemment souligné la défaite de Daech, se gardant soigneusement de féliciter le régime syrien. Vingt-quatre heures à peine après la victoire de Damas, Maamoun Abdulkarim a affirmé sa volonté de réparer les destructions commises par les djihadistes. "Si nous avons l'approbation de l'Unesco, il nous faut cinq ans pour restaurer les bâtiments détruits et endommagés par l'EI".

Un optimisme tempéré par Annie Sartre-Fauriat : "Tout le monde s'enflamme parce que Palmyre est 'libérée' (...) il ne faut pas oublier tout ce qui a été détruit et la catastrophe humanitaire du pays. Je suis très perplexe sur la capacité, même avec l'aide internationale, de rebâtir le site de Palmyre". Et de conclure, à l’image de beaucoup de critiques à l’égard du régime de Damas : "Cette récupération est une opération politique, médiatique vis-à-vis de l'opinion publique du régime de Bachar al-Assad"

Dernière màj le 8 décembre 2016