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Le cauchemar continue pour le blogueur saoudien Raif Badawi

Pays : Arabie Saoudite

Tags : Raif Badawi

Il y a deux ans, le blogueur Raif Badawi recevait ses cinquante premiers coups de fouet. Condamné en 2014 à dix ans de prison et mille coups de fouets, il purge toujours sa peine sans l’ombre d’un espoir de grâce, voire de clémence. Si en 2015, de nombreux militants et journalistes se sont mobilisés sur le web pour tenter de lui épargner les 950 coups de fouet restants, son sort semble bel et bien scellé.

 

Emprisonné depuis 2012, le blogueur Raif Badawi a été condamné fin 2014 à dix ans de prison, dix ans d’interdiction de sortie du territoire et mille coups de fouet pour apostasie et insulte à l'islam. Son crime : avoir plaidé la fin de l'influence religieuse dans le royaume saoudien, qui applique une version stricte de l'islam. Il a appelé à un respect mutuel entre musulmans, juifs et chrétiens. Animateur du site internet "Liberal saudi network", il a plaidé, au sein de ses articles, pour un Etat laïc, pour les droits des femmes et pour la liberté d’expression.

 

2015, l’année de l’indignation internationale

Après avoir subi une première séance de flagellation en janvier 2015, les châtiments corporels ont été suspendus pour des raisons de santé. De nombreuses campagnes de soutien ont été organisées à travers le monde. Mais ni les demandes répétées pour le relaxer ni l'indignation grandissante sur les réseaux sociaux n’ont réussi à faire fléchir l'Arabie saoudite, qui s'oppose à toute critique de son système judiciaire. La Cour suprême saoudienne a confirmé cette peine draconienne : Raif Badawi devra donc encore subir 950 coups de fouet. Une décision "irrévocable" a déclaré la femme du blogueur qui vit avec ses trois enfants en exil au Canada.

 

Le prix Sakharov décerné à Raif Badawi

"Monsieur Badawi, un homme exceptionnellement courageux et exemplaire, s'est vu imposer l'une des sentences les plus horribles de son pays, qui ne peut être décrite que comme une torture brutale" a déclaré le Président du Parlement européen, Martin Schulz, en octobre 2015; un Parlement qui a décerné à Raif Badawi le Prix Sakharov 2015 pour la liberté de l'esprit. Depuis, peu de nouvelles. Selon la fondation Raif-Badawi, les coups de fouet pourraient rapidement reprendre à l’intérieur de la prison et non plus en public.


L’Arabie saoudite reste inflexible

Le sort de Raif Badawi s’ajoute à celui réservé aux adversaires politiques de l’Arabie saoudite. En 2015, 150 personnes ont été exécutées. On ne peut guère expliquer ce pic d’exécutions, qui place ce pays en troisième position des pays pratiquant l’exécution capitale, derrière la Chine et l’Iran. L’Arabie saoudite est un Etat autocratique, dirigé par une seule famille. La vie quotidienne est réglementée par des lois strictes et le droit saoudien est basé sur la charia. 

Les exécutions - décapitation, lapidation ou flagellation - se font souvent en public. Des méthodes qui poussent à la comparaison avec celles pratiquées par le groupe Etat islamique, même si les autorités saoudiennes s’en défendent.

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Pourquoi si peu de réactions politiques ?

Pourquoi la communauté internationale reste-t-elle muette ? L’Arabie Saoudite est la première économie du Moyen-Orient et la dix-huitième de la planète en 2014. Son poids économique est incontestable, même si les Etats-Unis sont redevenus le premier producteur de pétrole devant le royaume. Les enjeux économiques sont aussi de taille pour l'Europe :