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L’Arabie saoudite, ce pays qui décapite les droits de l’homme

Pays : Arabie Saoudite

Tags : Peine de mort, droits de l'homme

Depuis la condamnation du jeune Ali Mohammed Nimir à être "décapité puis attaché à une croix et laissé [jusqu'à] pourrissement", la communauté internationale s'émeut. Pas nos Etats européens trop occupés à faire des affaires avec l'Arabie Saoudite. Mais la toile avec le hahstag #FreeNimr et tout récemment le groupe Anonymous qui s'est attaqué à des sites gouvernementaux saoudiens. Hasard malencontreux du calendrier, le pays, l'un des champions du monde de la peine de mort, a pris la tête lundi 21 septembre d’une instance chargée de nommer les experts du Conseil des droits de l’homme de l'Onu.

 

Pour Hillel Neuer, directeur exécutif de l'ONG UN Watch, "il est scandaleux que l’Onu choisisse un pays comme l’Arabie Saoudite pour présider ce groupe : les pétrodollars et la politique l’emportent sur les droits de l’homme." Comment en est-on arrivé là ? Le focus d'ARTE Info sur ce pays, berceau du wahhabisme, forme la plus "pure" de l’islam.

 

 

La sentence devrait être appliquée dans les prochains jours. Ali Mohammed al-Nimr a épuisé tous les recours possibles et toutes les possibilités d’appel. Arrêté en 2012, à l’âge de 17 ans, lors d’une manifestation contre le régime saoudien, cet opposant chiite a été condamné le 15 octobre 2014 par le tribunal pénal spécial de Riyad pour les infractions suivantes : "désobéissance et déloyauté à l'égard du chef de l'État", "appel au renversement du régime", "appel à manifester", "incitation au conflit sectaire", "remise en question de l'intégrité du pouvoir judiciaire" et "ingérence dans les affaires d'un État voisin" (à savoir Bahreïn). Une décision fondée sur les "aveux" obtenus sous la torture selon Ali al-Nimr.

Cette exécution suscite l’indignation dans le monde entier et est relayée par les réseaux sociaux, notamment Twitter sous le hashtag #Freenimr. Son père, Mohammed al-Nimr, est réfugié en Grande-Bretagne. Il détaille sur Twitter les incohérences du procès, pointées du doigt par Amnesty International.

 

Le saviez-vous ?

Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques n’autorise la peine de mort que pour les "crimes les plus graves" ou létaux. 

En 2015, une frénésie d’exécutions

Cette condamnation s’ajoute aux tristes statistiques de l’Arabie saoudite où, entre 2014 et le début de 2015, près de la moitié des exécutions concernent des crimes n’ayant pas entrainé la mort. Au moins 175 personnes ont été exécutées, soit une personne tous les deux jours. Une cadence qui a obligé récemment l’Arabie Saoudite à recruter des bourreaux. En une année, la fréquence des exécutions a considérablement augmenté. 

Le wahhabisme, forme radicale de l’islam

On ne peut guère expliquer ce pic d’exécutions, qui place ce pays à la troisième place des pays pratiquant l’exécution capitale derrière la Chine et l’Iran. L’Arabie saoudite est un Etat autocratique, dirigé par une seule famille. La vie quotidienne est réglementée par des lois strictes et le droit saoudien est basé sur la charia. Les exécutions -décapitation, lapidation ou flagellation - se font souvent en public. Des méthodes qui poussent à la comparaison avec celles pratiquées par le groupe Etat islamique, même si les autorités saoudiennes s’en défendent.

 

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L’Arabie saoudite bafoue les droits de l’homme tout en les représentant

Même en passant outre la cruauté de la sentence et les approximations du déroulement du procès, le jugement du tribunal pénal spécial de Riyad bafoue le droit international, en condamnant un mineur - au moment des faits - pour un crime non létal. Les jugements abusifs et les sentences cruelles se multiplient ces dernières années en Arabie saoudite. On pourrait tout aussi bien évoquer le cas de Raif Badawi, qui a aussi provoqué une indignation internationale. Ce blogueur et militant a été emprisonné en 2012 et condamné pour apostasie et insulte à l’islam à mille coups de fouets et dix ans de prison.

Pourquoi si peu de réactions politiques ?

Si l’exécution Ali Mohammed al-Nimr a bien suscité des réactions politiques, comme la France qui vient d’appeler à suspendre la condamnation, la nomination de l’Arabie saoudite au comité chargé de nommer les experts du Conseil des droits de l’homme de l'Onu n’en a suscité aucune. Pour quelles raisons ?  Les enjeux économiques auraient-ils pris le dessus ? L’Arabie Saoudite est effectivement la première économie du Moyen-Orient et la dix-huitième de la planète en 2014. Son poids économique est incontestable, même si les Etats-Unis viennent de redevenir le premier producteur de pétrole devant le royaumeLes enjeux économiques sont aussi de taille en Europe : la France, par exemple, est le premier fournisseur d'armes de l'Arabie saoudite et a négocié le 24 juin dernier une avalanche d'accords commerciaux dans les domaines de l'aéronautique ou du nucléaire. Soixante-huit sociétés françaises sont implantées en Arabie saoudite, première partenaire commerciale de la France dans le Golfe

 

 

 

Dernière màj le 30 septembre 2015