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L’accueil des réfugiés en France

Pays : France

Tags : Réfugiés

La mairie de Paris vient d'annoncer la création de sept centres d'hébergement pour accueillir migrants et réfugiés. A terme, le lycée Jean Quarré, un ancien lycée désaffecté dans le 19è arrondissement, squatté par des réfugiés depuis début août, doit faire partie de ces centres comme l'a annoncé la municipalité à la mi-août. Mais l'intervention de l'Etat prend du temps. En attendant, le lycée est géré par des bénévoles, un collectif de militants et les migrants survivent grâce aux dons des parisiens. 

 

Les réfugiés du lycée Jean Quarré


Mercredi 9 septembre 2015, la Commission européenne a appelé l’UE à accueillir 120.000 réfugiés supplémentaires dès la semaine suivante. Le président de la Commission Jean-Claude Juncker a ainsi proposé la mise en place de quotas de répartition pour recevoir obligatoirement, et dans les meilleures conditions, 160.000 demandeurs d’asile (en comptant les 40.000 exilés politiques déjà évoqués lors d’une proposition effectuée en mai). Un programme soutenu par un financement spécial de 780 millions d’euros, permettant entre autres d’attribuer 6.000 euros par personne relocalisée aux Etats membres bénéficiaires.  

 

Si sa requête est adoptée par le Conseil des ministres de l’Intérieur et de la Justice de l’UE lundi 14 septembre, la France et l’Allemagne ouvriront ainsi respectivement leurs frontières à 24 031 et 31 443 réfugiés sur les deux prochaines années. Mais alors que Berlin a déjà débloqué six milliards d’euros supplémentaires pour la prise en charge des personnes ayant fui des zones de guerre, qu’en est-il de la gestion de l’accueil des demandeurs d’asile en France ? 

 

L’instauration d’un "mécanisme permanent et obligatoire d’accueil des réfugiés pour répartir l’effort entre tous les pays européens" avait déjà été présentée aux Français par François Hollande lors de sa sixième conférence de presse lundi 7 septembre. Anticipant la demande de la Commission, la France avait d’ailleurs annoncé un accueil volontaire, indiquant qu’un millier de Syriens, Irakiens et Erythréens  seraient accueillis le 9, 10 et 11 septembre pour "soulager l’Allemagne". 200 réfugiés venus d’Irak et de Syrie sont ainsi arrivés en région parisienne dès le mercredi matin : les 53 premiers ont été pris en charge par la Croix-Rouge en Seine-et-Marne puis 46 autres dans un centre d’hébergement dans le Val-d’Oise.

 

Durant le premier trimestre de 2015, 185 000 primo-demandeurs d’asile ont enregistrés une demande de protection dans l’Union Européenne selon un rapport publié par Eurostat en juin 2015. L’office statistique de l’Union Européenne précise que 14 800 des demandes, soit 8 %, ont été enregistrées en France, contre 73 100, soit 40%, en Allemagne. 

Depuis 2011, plus de trois millions de Syriens ont fui leur pays en guerre. Ainsi, ils sont la deuxième plus importante nationalité (derrière le Kosovo) à demander l’asile dans l’UE, avec 29 100 primo-demandeurs d’asile syriens durant les trois premiers mois de l’année 2015

 

Des "mesurettes" jugées encore trop peu suffisantes selon le monde associatif


Les 25.000 places existant déjà dans les centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) ne suffisent désormais plus face aux 65.000 demandes qu’examine la France chaque année. Pour faire face à la crise migratoire, Manuel Valls a ainsi organisé mercredi la tenue d’une réunion interministérielle sur la question de l’hébergement. Lors de sa visite à Calais lundi 31 août, le Premier ministre avait déjà annoncé la création d’un nouveau camp d’accueil pour recevoir 1.500 exilés à partir du 1er janvier 2016. 120 tentes de 12 à 15 personnes plantées sur la lande en complément d’un centre d’accueil de jour situé à 6 kilomètres du centre-ville. En attendant la fin des travaux estimés à 25 millions d’euros, près de 3.000 migrants vivent dans un campement de fortune installé dans une ancienne décharge de 18 hectares rebaptisée "la jungle".

 

Les associations n’ont pas caché leur déception après l’annonce de ces "mesurettes", jugées encore trop peu suffisantes devant l’urgence de la situation. En effet, Jean-Claude Juncker a tenu à rappeler que : "depuis le début de l’année, près de 500.000 personnes avaient gagné l’Europe", avant de préciser que "les Etats membres les plus touchés étaient la Grèce, avec plus de 213.000 réfugiés, la Hongrie, avec plus de 145.000 et l’Italie avec plus de 115.000". 

 

À Paris, le gouvernement déclare avoir "mis à l’abri" 1.384 migrants depuis le 2 juin après six opérations d’évacuation humanitaire, notamment à la Chapelle, à Château-Landon, au Jardin d’Eole et à la Halle Pajol. Les réfugiés ont été redirigés dans certains des 21 centres mobilisés pour l’occasion en Ile-de-France, comme celui de Loiret dans le  XIIIe, celui de Gravelle dans le Val-de-Marne ou celui du Chapsa à Nanterre.

 

Des solutions provisoires à l’issue desquelles certains migrants retournent néanmoins rapidement dans la rue. Pour y remédier, Anne Hidalgo a annoncé jeudi 10 septembre l’ouverture progressive, à partir de vendredi, de sept nouveaux lieux d’hébergement à Paris et dans les Hauts-de-Seine. De nouveaux centres grâce auxquels 460 migrants pourront être accueillis en plus des 1.450 déjà pris en charge depuis début juin. 


Dans le 19ème arrondissement, plusieurs centaines de demandeurs d’asile occupent depuis début août un lycée désaffecté rue Jean Quarré. Si la mairie de Paris avait annoncé la normalisation de la situation pour transformer ce lieu en un centre d’hébergement, dans les faits l’ancien institut scolaire ressemble toujours à un squat aux conditions précaires régi par le collectif  "La Chapelle en lutte". Une quarantaine de réfugiés ont également été pris en charge par l’association Emmaüs Solidarité dans un ancien hôtel transformé en centre d’accueil, rue Raymond-Losserand dans le 14ème. 

 

Quelle politique à Paris pour l’accueil des migrants et réfugiés ? Interview de Bruno Julliard, premier adjoint de la maire de Paris. 

 

Que compte faire la municipalité concrètement en ce qui concerne le lycée Jean-Quarré, dont la mairie est propriétaire, occupé par des migrants depuis début août ?

 

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Pourquoi la situation n’évolue-t-elle  pas plus vite au lycée Jean-Quarré ? 

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Et au-delà de ce lycée, quelle est la politique mise en œuvre par la mairie de Paris pour accueillir les migrants et réfugiés ? 

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La mise en place d’un "réseau de villes solidaires"


Pour mieux coordonner l’accueil des exilés politiques sur le territoire français et "ne pas créer de Calais partout", Bernard Cazeneuve a appelé les maires de France volontaires à établir un "réseau de villes solidaires" (précisant qu’aucune différence de traitement ne serait faite en fonction de leur religion). Le ministre de l’Intérieur a organisé la tenue d’une réunion place Beauvau samedi 12 septembre, à laquelle ont entre autres participé Alain Juppé (Les Républicains) et François Bayrou (MoDem). Les villes de Paris, Bordeaux, Pau, Villeurbanne, Avignon, Poitiers, Besançon, Evry, Rouen, Strasbourg, Metz ou encore Lille , offriront ainsi un relogement aux personnes dont le statut de réfugié a été reconnu pour désengorger les principaux centres d’accueil. "Un processus interministériel permettra de dégager les moyens administratifs et budgétaires nécessaires", a d’ores et déjà expliqué Bernard Cazeneuve. Selon le ministre des finances Michel Sapin, c’est "une question de quelques millions ne se faisant pas au détriment d’autres politiques". 


La France demande en contre-partie que les exilés soient identifiés dans des "hot spots", des centres de contrôle situés en Grèce, Hongrie et Italie. L’objectif étant, selon le ministère de l’intérieur, d’octroyer le statut de réfugié le plus rapidement possible aux demandeurs d’asile afin de minimiser à "deux mois maximum" leur séjour dans les CADA. Pour gérer ce réseau solidaire, Kléber Arhoul, ancien préfet délégué pour l’égalité des chances de la région Nord-Pas-de-Calais, a été nommé "coordinateur national".
 
La Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale, dont dépendent la plupart des centres d’accueil de demandeurs d’asile, a également appelé à un "accueil des migrants dans des conditions dignes et durables". Et pour cause, pour l’instant "seul un tiers des demandeurs d’asile a accès à une place en centre d’accueil pour demandeurs d’asile en France". Dans un communiqué publié lundi 7 septembre, la FNARS  a réitéré "sa demande de création d’au moins 20 000 places supplémentaires en CADA, d’un renforcement des plateformes de premier accueil des demandeurs et de nouvelles capacités d’accompagnement pour répondre à la crise de manière concrète et durable".

L’opinion change ?
Selon un sondage Elabe-BFMTV publié mercredi 9 septembre, 53 % des Français sont désormais pour l’accueil des réfugiés en France, alors qu’ils y étaient majoritairement opposés une semaine avant. Après l’émotion suscitée par la parution de la photo d’Aylan, le jeune Syrien de trois ans retrouvé mort sur une plage turque, plusieurs mobilisations ont en effet été organisées dans l’hexagone, dont  la manifestation "Pas en notre nom – #RéfugiésMigrantsDignité" réunissant 10 000 personnes samedi 5 septembre. 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016