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"Je ne sais pas ce qu'ils attendent pour m'arrêter"

Pays : Burundi

Tags : Bob Rugurika, RPA

Bob Rugurika est le directeur de la RPA, la radio publique africaine, qui contrairement à son nom est une radio associative indépendante. C'est même la plus écoutée du pays et en cela, elle inquiète les autorités qui ont préféré la faire taire ce lundi 27 avril en émettant une fermeture provisoire. Mais Bob Rugurika n'est pas homme à se laisser intimider. Il a mené plusieurs enquêtes d'investigation qui lui ont valu d'être régulièrement pourchassé par les autorités. Interview.

 

Pouvez-vous émettre à l’heure qu’il est ?

 

Bob Rugurika : Non, le pouvoir a complètement fermé la radio. Les policiers sont venus avec un document pour fermer. Avant midi, ils avaient fait fermer notre radio du nord du pays mais vers 15h la police -avec les agents des services de renseignement- a débarqué, alors qu’en principe, ce ne sont pas eux qui devraient prendre cette décision. Ils avaient un document du parquet pour suspendre provisoirement les programmes. Sur le document, il était libellé : point 1, évacuation de tout le personnel de la RPA, point 2, fermeture provisoire pour infraction mais l’infraction n’était pas mentionnée. C’est une décision politique.

 

Les quatre régimes qui ont été au pouvoir depuis 2001 nous ont tous malmenés. 

Bob Rugurika - 27/04/2015

La RPA est régulièrement la cible des autorités ?

 

Bob Rugurika : Oui, depuis sa création en 2001, la RPA a toujours été la cible de tous les pouvoirs. Les quatre régimes, qui ont été au pouvoir depuis 2001, nous ont tous malmenés. La radio a déjà été fermée, les journalistes emprisonnés. C’est à cause de notre philosophie éditoriale. Nous sommes la radio la plus écoutée du Burundi. Nous pratiquons un journalisme de proximité avec la population et puis nous travaillons dans le domaine de l’exigence de la vérité. Nous sommes indépendants, nous ne sommes liés à aucun parti politique, à aucune organisation religieuse. La radio est gérée par une association, parmi les membres fondateurs il y a même des expatriés, des Canadiens, des Américains, des Britanniques, des Congolais, des Burundais. La philosophie éditoriale de la radio, c’est de la redevabilité des autorités vis-à-vis des contribuables. On est "la voix des sans voix". Et puis nous sommes la seule radio qui pratique un journalisme d’investigation, nous sommes à l’origine de plusieurs révélations sur des scandales financiers, sur des crimes d’Etat. C’est tout cela qui nous cause des problèmes.

 

Vous avez-vous-même reçu des menaces de mort. D’après vous, d’où venaient-elles ?

 

Bob Rugurika : Elles viennent toujours des services de renseignement. Pour tous les dossiers d’investigation sur lesquels j’ai travaillés, à chaque fois mes résultats d’enquête impliquaient le patron des services de renseignement, le général Adolphe Nshimirimana, c’est le bras droit du président de la République donc dans tout ce qu’il fait, il est soutenu par le chef de l’Etat.

 

Pour le président de la République, je ne dois pas me considérer comme intouchable, parce que je suis directeur d'une radio.

Bob Rugurika - 27/04/2015

Subissez-vous des menaces de la part des milices Imbonerakure ?

 

Bob Rugurika : Oui, mais vous savez moi c’est comme si j’avais dépassé le stade d’être intimidé par les Imbonerakure. Aujourd’hui, je suis menacé par le président de la République lui-même. Dans son discours après l’investiture samedi, il a cité mon nom presque 10 fois, en disant que même si j’étais le directeur d’une radio, je ne devais pas me considérer comme intouchable, je ne devais pas me surestimer. Il est revenu là-dessus plusieurs fois et il ne parlait que de moi. Il a quelque chose de personnel contre moi car dans tous les dossiers que j’ai traités, son bras droit était visé et donc souvent il était aussi impliqué.

 

Et aujourd’hui, vous n’avez pas été inquiété ? Ils n’ont pas essayé de vous arrêter ?

 

Bob Rugurika : Il se dit que la police et les agents de renseignement circulent avec un mandat d’arrêt contre moi, mais ils ne l’ont pas encore rendu officiel. Je ne sais pas ce qu’ils attendent pour m’arrêter. Quatre mandats d’arrêt auraient été lancés contre des activistes de la société civile, impliqués dans ce mouvement contre un troisième mandat du président. Pourtant, nous, en principe on n’est pas impliqués dans cette campagne, on ne fait que rendre compte des événements. Ils ont de la haine envers beaucoup de gens, je pense que c’est un pouvoir de haine.

 

C’est un pouvoir de haine.

Bob Rugurika - 27/04/2015

Vous bénéficiez d’un fort soutien au sein de la population, c’est peut-être cela qui les empêche d’agir ?

 

Bob Rugurika : Oui, c’est ça. Le pouvoir est tellement paranoïaque qu’il se dit que les programmes radios sont bien plus crédibles que les discours officiels des dirigeants. Donc ils préfèrent fermer les radios.

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016