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Japon : retour à Fukushima

ARTE Reportage - samedi, 7 mai, 2016 - 18:35

Pays : Japon

Tags : Fukushima, accident nucléaire, zone habitable

Un deuxième réacteur nucléaire a été relancé le 15 octobre au Japon. Tous les réacteurs de l’archipel avaient été progressivement éteints -les deux derniers en septembre 2013- pour maintenance de routine, après l'accident nucléaire de Fukushima. Avec le réacteur Sendai 2, seulement deux réacteurs sont en service au Japon, sur les 43 unités existant actuellement. Celles de la centrale accidentée Fukushima Daiichi, ont été condamnées dans les mois qui ont suivi l'accident de 2011. Cinq autres à travers le pays doivent être démantelées.

Quatre ans et demi après la catastrophe nucléaire de Fukushima, le gouvernement japonais affirme que la situation est revenue à la normale.  Depuis début septembre, le village de Naraha, proche de la centrale nucléaire de Fukushima, évacuée après l’accident nucléaire du 11 mars 2011, a été déclaré officiellement habitable.

Pourtant, un récent sondage effectué auprès des habitants de Nahara a révélé que moins de 10% d’entre eux souhaitent revenir. Mais à Nahara, la vie du village se limite à une ligne ferroviaire, une succursale bancaire et une supérette, qui permet aux 2000 travailleurs de la centrale nucléaire de se restaurer. Mais certains habitants restent dubitatifs face à l’optimisme affiché par le gouvernement. Le prêtre bouddhiste de la localité de Nahara, malgré son cancer en phase terminale, continue le combat contre le nucléaire. Ou encore, cet ingénieur qui estime que la décontamination est inefficace malgré les efforts des pouvoirs publics et prône une réévaluation de la zone touchée par les radiations suivie d’une mise sous quarantaine pendant de longues années, à l’image de Tchernobyl. Il n’est pas le seul : bon nombre de Japonais s’agacent du volontarisme du premier ministre conservateur qui veut rouvrir Fukushima… 

Japan: Zurück nach Fukushima

De Jessica Jouve, Christèle Jaime et Aurélien Martin – ARTE GEIE / Hikari Presse – France 2015

 

Jessica Jouve à propos de son reportage

Le retour du nucléaire au Japon

Le nucléaire s'invite dans le manga

Entre traumatisme post-nucléaire et enjeu politico-économique, l'usage de l'atome dans la production électrique est l'objet de nombreux débats sur l'archipel. Les mangakas n'ont pas manqué de s'emparer de la thématique, remettant parfois en question la position pronucléaire du gouvernement.
Voir le reportage d'ARTE Info

Depuis le mois d'août, le réacteur Sendai 1 situé sur l'île de Kyushu, est le premier réacteur japonais à avoir été remis en route depuis la catastrophe de Fukushima en mars 2011. La centrale, exploitée par la société Kyushu Electric Power se situe à environ 1000km au sud de Tokyo. Le redémarrage a eu lieu malgré l'opposition de près de 60% de la population japonaise. Après la catastrophe en mars 2011, le Japon avait progressivement mis ses centrales à l'arrêt, parvenant à l'arrêt complet de stoppant totalement ses 54 réacteurs à l'automne 2013. Actuellement, le redémarrage de 25 réacteurs répartis sur 15 centrales est à l'étude. par le gouvernement. Le deuxième réacteur de Sendai devrait redémarrer au mois d'octobre, le combustible a été chargé mi-septembre dans la centrale. Les autorités prévoient un retour progressif du nucléaire dans sa production d'électricité, ont fixé  à 22% la part du nucléaire de la production électrique à l’horizon 2030. Les causes de ce revirement sont principalement économiques : le Japon a vu son déficit commercial quadrupler en 2013, notamment en raison de l'importation massive de pétrole et de gaz liquéfié.

Fukushima: le casse-tête de l'eau contaminée

Près de quatre ans et demi après la catastrophe , les travaux de décontamination continuent sans relâche. Les opérations sont dirigées par la compagnie TEPco et pourraient encore durer 30 à 40 ans, pour un coût évalué à 200 milliards de dollars. Le chantier actuel concerne notamment la décontamination des quantités colossales d'eau utilisée pour refroidir les réacteurs durant la catastrophe.

850 tonnes d'eaux radioactives ont pour la première fois été rejetées à la mer le 14 septembre 2015, après avoir été filtrée et "décontaminée" dans des limites jugées acceptables par les autorités nucléaires nippones. Il reste cependant à traiter 700 000 tonnes d'eau, stockées dans des milliers de réservoir sur le site de Fukushima. S'ajoute à cela un autre danger : la nappe phréatique afflue (affleure ?)vers la centrale, augmentant les risques de contamination. Par ailleurs, la décontamination de la centrale des installations continue à produire génère chaque jour 300 litres d'eau radioactive. Cette eau s'infiltre dans le sous-sol par différentes failles dans le bâtiment. TEPco procède par conséquent au pompage des eaux souterraines dans le but de les filtrer avant de les rejeter en mer. 
Selon TEPco, les quantités de césium 137 et de strontium 90 encore présentes dans l'eau rejetée après filtration sont très faibles (1 à 3 becquerel par litre d'eau). Le tritium en revanche ne peut être filtré et constitue un véritable casse-tête pour TEPco. Pour l’instant la seule solution actuellement possible consiste à diluer est la dilution de ces les eaux polluées dans la mer. Mais les seuils acceptables de radioactivité fixés par TEPco comme acceptables pour le tritium (1500 becquerels par litre) sont bien supérieurs aux niveaux naturels des océans (moins d'un becquerel par litre).
Au printemps 2015, Juan Carlos Lentijo, qui dirige patron de la mission de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) à Fukushima, déclarait que "relâcher l'eau tritiée en mer est une opération courante sur tous les sites nucléaires du monde", provoquant l'ire de Greenpeace qui reproche à l'AIEA de minimiser les risques dans son dernier rapport sur les conséquences de la catastrophe.

L'Europe ne tire pas les leçons de Fukushima

Hormis l'Allemagne, qui a officiellement décidé l'arrêt de ses centrales nucléaires d'ici 2022, peu de pays se sont lancés à sa suite. L'Italie, qui ne possède pas de centrale, a renoncé à la construction d'un réacteur EPR. En Belgique, une loi votée en 2003 prévoit l'arrêt progressif des réacteur à partir de 2015. Le plus ancien réacteur, Doel 1 a effectivement été mis à l'arrêt au mois de février comme le prévoyait la loi. Son voisin Doel 2 devait être arrêté en décembre prochain, mais l'agence fédérale belge de contrôle nucléaire (AFCN) vient d'accorder ce 1er octobre une prolongation de dix ans pour les deux réacteurs.

La France, deuxième producteur mondial d'électricité nucléaire, n'a en revanche pas changé ses positions. Malgré les crises et les scandales qui ont proncipalement touché AREVA : 4,8 milliards d'euros de perte en 2014, licenciement de 15% environ de ses employés dans le monde et surtout 3 milliards de perte dans le rachat de mines qui n'ont jusqu'à présent rien produit, un fiasco qu'ARTE Info révélait dans "Uramin, bombe à retardement du nucléaire français".
Quant à la fermeture de la doyenne des centrales françaises, Fessenheim, annoncée pour 2016 par François Hollande après son élection à la présidence, elle a été reportée à fin 2017 ou 2018 (soit après la prochaine élection présidentielle). En effet, la France attend la mise en route de l'EPR de Flamanville : un réacteur nouvelle génération actuellement en cours de construction, et dont EDF a annoncé quil ne sera finalement mis en route que fin 2018 et coûtera finalement 10,5 milliards d'euros. L'EPR de Flamanville devait initialement être opérationnel en 2012 et coûter 3,5 milliards d'euros !
Pas de recul non plus du gouvernement concernant les déchets nucléaires. Malgré les oppositions à Bure, lieu prévu pour la création d'un centre d'enfouissement des déchets nucléaires, le gouvernement a fait introduire un amendement dans la loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques (dite Loi Macron) votée le 9 juillet 2015. Un article censuré par le Conseil constitutionnel le 6 août, à la grande joie ou presque des opposants réunis sur le site quelques jours plus tard.

La question nucléaire est aussi un sujet sensible sur le plan géopolitique : l'Union européenne a demandé aux Etats membres de ne pas conclure d'accords avec la Russie dans le domaine de l'énergie. Une recommandation que n'a pas suivi la Finlande, qui a validé la construction d’un réacteur de 1 200 mégawatts à Pyhäjoki, située dans le nord du pays. Un projet d’une valeur de 6 milliards d’euros qui sera réalisé par la société russe Rosatom.

A (re)voir en replay sur ARTE+7 jusqu'au 7 octobre 2015

Terres nucléaires de Kenichi Watanabe

À travers trois lieux dominés par des sites nucléaires, Hanford aux États-Unis, La Hague en France et Rokkasho au Japon, une histoire édifiante du plutonium et de ses usages, à la croisée d’intérêts économiques et militaires.

Découvrez également le dossier d'ARTE Future : "Plutonium, la puissance incontrôlable"

À quoi sert le plutonium ? ARTE Future dresse le portrait de ce métal radioactif hautement dangereux.

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Uwe-Lothar Müller, David Zurmely, Judith Kormann