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Katrina, Irma et Harvey : ces ouragans qui déstabilisent les présidents républicains

Pays : États-Unis

Tags : ouragan, Katrina, Donald Trump, parti républicain

L'ouragan "Irma" a déferlé les 9 et 10 septembre sur les côtes de Floride faisant au moins douze morts, quelques jours après le passage de "Harvey" au Texas. Donald Trump a dû décréter deux fois de suite l'état de catastrophe naturelle, qui permet de faire intervenir l'Etat fédéral pour aider les personnes sinistrées. Les Etats-Unis sont frappés chaque année par une trentaine de cyclones, et chaque nouvelle crise impose une réaction politique pour relever les territoires dévastés et indemniser les victimes. Les présidents républicains doivent ainsi composer avec l'aile libertarienne du Grand Old Party, qui prône la non-intervention de Washington.

Deux fonds fédéraux aujourd’hui à bout de souffle

Comment Donald Trump va-t-il gérer le passage d’ « Irma » et d’ « Harvey », probablement les ouragans les plus dévastateurs ayant jamais frappé les Etats-Unis ? Le président se montre comme un chef de terrain rassembleur (on l’avait même vu distribuer des hot-dogs aux réfugiés de Houston), vantant les mérites de son administration face à cette crise. Il a par ailleurs promis de faire don, à titre personnel, d’un million de dollars aux victimes d’Harvey.

 

Si Donald Trump défend aujourd’hui aussi fièrement le travail effectué par la Federal Emergency Management Agency (FEMA, l'Agence fédérale de gestion des situations d'urgence), il ne lui a pas toujours témoigné la même considération : avant que « Harvey » ne frappe le Texas, les républicains envisageaient même de retirer un milliard de dollars sur son budget. Ils sont finalement revenus sur cette décision le 7 septembre devant l’ampleur des dégâts dans le bastion républicain, décidant au contraire de renflouer l’agence à hauteur de 7,4 milliards de dollars.

Par ailleurs, la FEMA a un talon d’Achille non négligeable : deux fonds qu’elle administre et qui posent problème. Le Fonds national d’indemnisation des victimes d’inondations et le Fonds de secours des catastrophes, dans lesquels Washington pioche à chaque passage d’ouragan. Le premier est quasiment à sec. Quant au fonds d’indemnisation des victimes, il est est actuellement endetté à hauteur de 25 milliards de dollars, alors que sa dette est plafonnée à 30 milliards. Pour ne rien arranger, le service de comptabilité du gouvernement Trump a indiqué que ce fonds est à « haut risque », soulignant des faiblesses structurelles dans son financement.

Des populations dépendantes aux aides fédérales

Un autre problème de taille demeure : le programme fédéral d’indemnisation des victimes est censé expirer le 30 septembre. Le Congrès est actuellement en pleine réflexion concernant son renouvellement. L’enjeu est d’éviter que celui-ci ne soit interrompu en pleine catastrophe humanitaire. Son importance est d’autant plus cruciale que les assurances privées ne jouent quasiment aucun rôle dans le dédommagement des victimes de ce type de catastrophe aux Etats-Unis : au Texas par exemple, 80% de la population dépend de ce fonds.

Les élus américains envisagent actuellement de le réformer afin d'en résoudre les difficultés structurelles. Pour le représentant démocrate Earl Blumenauer, « Harvey » offre l’occasion de restructurer le fonds : en frappant régulièrement des Etats  gouvernés par des républicains, les cyclones pourraient changer la donne.

Katrina ou le désastre de Bush

Les Américains ont encore en mémoire le passage du cyclone Katrina, et sa gestion désastreuse par l'administration Bush il y a douze ans. Le 31 août 2005, l’ouragan s’évanouit en laissant dans son sillage la Nouvelle-Orléans et la Louisiane dévastées, et un vaste territoire à reconstruire. Bilan estimé : 1 836 morts et plus d’un million de personnes déplacées. 200 000 foyers doivent être relogés dans les cinq ans. On parle de 200 milliards de dollars de dégâts, soit autant que le budget de l’intervention en Irak. Ils seront finalement revus à 108 milliards.

L’administration fédérale, aux mains des républicains, est rapidement critiquée pour sa gestion du désastre. Beaucoup reprochent à George W. Bush, alors en vacances, d’avoir tardé à évacuer la population des territoires menacés, en particulier les Noirs américains pauvres. D’autres mettent en cause l'administration fédérale, inadaptée aux situations d’urgence. En effet, aux USA, ce sont les autorités locales qui sont chargées d’évacuer leurs populations. Mais toutes n’ont pas nécessairement les moyens adaptés pour faire face à un ouragan.

Le 15 septembre 2005, se rendant à la Nouvelle-Orléans, George W. Bush reconnait à mi mots l’incompétence des autorités fédérales : « quatre ans après l'horrible expérience du 11 septembre, les Américains ont tous les droits d'attendre une réponse plus efficace en cas d'urgence. » Moins d’un Américain sur deux (40%) se dit alors satisfait de la gestion de la crise par Washington.

 

Une restructuration des dispositifs d’urgence et d’indemnisation

La FEMA avait été rattachée en 2003 au Département de la sécurité intérieure. Sa priorité : prévenir les attentats terroristes. Focalisée sur cette tâche, elle fut clairement dépassée par l’ouragan Katrina.

George W. Bush fait alors remanier les plans d’urgence au niveau fédéral, pour intervenir plus efficacement en cas de nouvelle catastrophe. Une décision qui met le parti républicain mal à l’aise : les conservateurs et les libertariens sont en effet traditionnellement hostiles à l’intrusion de l'aministration fédérale dans les compétences de chaque Etat américain.

Un équilibre à trouver

Entre intervention fédérale et indépendance des autorités locales, « Irma » et « Harvey » pourraient bien forcer la classe politique américaine à trouver un équilibre pour affronter les prochaines catastrophes naturelles. Fraichement nommé par Donald Trump, le nouveau directeur de la FEMA, Brock Long, a quant à lui invité les Etats américains à accroître leur autosuffisance pour réagir en cas de désastre, et à ne pas s'appuyer uniquement sur Washington.

Donald Trump semble donc prêt à concéder quelques milliards de dollars pour sauver les organismes dont il dispose, et à "déchaîner toutes les forces à disposition du gouvernement" pour venir en aide aux sinistrés. Mais pas question pour les républicains de s'orienter à long terme vers une gestion plus fédérale des catastrophes naturelles. 

Dernière màj le 13 septembre 2017