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Interview exclusive avec Nicolas Hénin

Pays : France

Tags : Nicolas Henin

Nicolas Hénin a fait de nombreux reportages pour ARTE, et depuis de longues années, en Irak, en Libye, et bien-sûr en Syrie, à plusieurs reprises, avant d'être pris en otage. Dans sa première, et pour l'instant unique interview, il parle de ses conditions de détention, de ses geôliers, de sa libération, de ce qui l'a fait tenir pendant ces dix mois, de ses projets enfin.

 
Interview exclusive avec Nicolas Hénin

MORT DE L'OTAGE FRANÇAIS GILBERTO RODRIGUES

L'un des deux derniers otages français enlevés au Mali, Gilberto Rodrigues Leal, est mort, a annoncé mardi le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), groupe jihadiste qui avait revendiqué son rapt en novembre 2012.  "Nous annonçons la mort de Rodrigues. Il est mort, parce que la France est notre ennemie", a déclaré dans une brève communication téléphonique à l'AFP Yoro Abdoul Salam, un responsable du Mujao.  Il n'a pas précisé quand, où et dans quelles circonstances l'otage était mort. Interrogé sur les preuves de sa mort, en l'absence de photo ou de vidéo de son corps, le responsable du Mujao a simplement répondu: "Au nom d'Allah, il est mort". (Source AFP)

Lettre aux ex-otages, de Marco Nassivera, directeur de l'information

 

La joie, le soulagement, le bonheur de vous voir fouler le sol de France…

Edouard, Didier, Pierre et toi Nicolas, journaliste indépendant mais toujours fidèle à ARTE, dans tous les pays en guerre et en souffrance.

Vous revoir sains et saufs, c’est d’abord ce bonheur que nous avons tous partagé.

L’énorme banderole de soutien que l’on décolle de la façade de notre chaîne est comme une promesse de recommencement d’une vie normale, une rédaction qui n’est plus amputée, qui retrouve avec tous ses membres la force de repartir, de simplement faire son métier.

Certains diront qu’on en a fait beaucoup, trop, pendant votre captivité et depuis votre libération. Vaine polémique.

Le grand défenseur des libertés, le Birman Win Tin disparu cette semaine disait «  la liberté de l’information est celle qui permet de vérifier l’existence de toutes les autres. »

C’est pour cela que nous nous battons plus fort encore quand les empêcheurs d’informer emprisonnent, séquestrent, maltraitent ou éliminent nos confrères.

Je mentirais en disant que notre joie de vous revoir n’est pas assombrie par le sort des milliers de Syriens qui continuent de souffrir, ceux-là même que vous étiez allés rencontrer pour leur donner la parole, pour que le voile se lève, un peu, sur ce qu’il se passe dans ce pays.

Une joie assombrie aussi pour notre métier, de plus en plus difficile à exercer. Comment renvoyer des journalistes en Syrie aujourd’hui ? Les menaces qui pèsent sur les équipes nous rendent « prudents », et cette prudence, si nous n’y prenons pas garde, frisera l’autocensure et ajoutera la Syrie à la longue liste des pays où les rédactions n’envoient  plus ou presque plus personne. Des zones grises où les barbares de toutes obédiences peuvent agir sans témoins.

C’est à nous, responsables de rédactions et de médias de nous rencontrer et d’imaginer comment relever ces nouveaux défis posés à notre métier.

 

Vous, reposez-vous, récupérez, profitez de vos proches et de la vie et si j’en crois la lueur qui brillait dans vos yeux à la descente de l’hélicoptère, à bientôt.

 

Marco Nassivera

 

 

 

Cher Nicolas,

 

Je sais, des messages de bienvenue, tu as dû en recevoir des milliers depuis ta libération. Et celui-ci n'a, qui plus est, rien de très original. Mais quand-même. En mon nom et celui de la rédaction, je tenais à te dire combien ça nous fait chaud au coeur que tu sois de retour, combien nous avons tremblé, attendu, espéré, jusqu'à cette nouvelle, ce samedi matin du weekend pascal : les quatre otages français ont été libérés...

J'ai eu la chance de te voir, brièvement, le lendemain. Nous étions venus t'interviewer et au bout de trois minutes, tu nous donnais déjà des instructions sur où placer la caméra. Sacré Nicolas, ça doit tourner à 300 à l'heure dans ton cerveau "d'ex-otage". Repose-toi quand même, puis viens nous voir. On refera de belles choses ensemble. Promis.

 

Hugues Jardel

Dernière màj le 23 avril 2014