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Hong Kong, vingt ans après le grand tournant 

Pays : Chine

Tags : Hong Kong

Le 4 juillet, ARTE diffuse le documentaire "Génération Rétrocession", qui suit l'évolution du mouvement pro-démocratie à Hong Kong et se penche sur les questions constitutionnelles qui déterminent le futur de ce territoire particulier. À l'occasion des vingt ans de la rétrocession de Hong Kong à la Chine par la couronne britannique, le 1er juillet 1997, ARTE Info retrace l'histoire de la ville, décrypte les enjeux en cours et tire le portrait de ses citoyens. Un dossier de Laure Siegel. 

Hong Kong : vingt ans après la rétrocession
Hong Kong : vingt ans après la rétrocession Le 1er juillet, Hong-Kong célèbre le 20e anniversaire de sa rétrocession à la Chine. Hong Kong : vingt ans après la rétrocession

 

"Monstre sacré de l'univers" selon l'écrivain français d'origine russe, Hong Kong est aujourd'hui une ville-monde et une terre de gratte-ciels et de néons. Port commercial et militaire, ce centre de la finance internationale dérégulée traite un tiers des mouvements de capitaux étrangers en Chine et le secteur financier représente 18% de son économie. La libre circulation des capitaux est quasiment la raison d'être de ce territoire : l'Index de liberté économique place Hong Kong en tête de son classement depuis sa mise en place en 1995. C'est la troisième ville au monde en nombre de milliardaires, après New York et Moscou, et elle jouit du dixième PIB le plus élevé au monde par habitant. 

 

Le capitalisme à l'état brut

Symbole du pragmatisme à toute épreuve, cette petite île au sud de la Chine représente le capitalisme à l'état pur tout en étant sous la férule d'un régime communiste. Hong Kong est officiellement une Région administrative spéciale (RAS) de la République populaire de Chine, au même titre que sa voisine Macao, dernière colonie européenne en Asie après quatre siècles sous contrôle portugais. 

En 1997, le Royaume-Uni rend Hong Kong, dernier comptoir de la défunte Compagnie des Indes orientales, à la Chine. Pour le régime chinois, c'est plus d'un siècle d'humiliation nationale qui se referme. Certains y voient seulement un changement de maître, comme le célèbre dessinateur de presse hongkongais Zunzi : un canard chassé d’une cage, poussé dans un tunnel grillagé vers une autre cage. 

 

Les Hongkongais, de culture cantonaise, soulagés d'être débarrassés du colon occidental, voient toutefois d'un œil inquiet l'arrivée en fanfare du grand frère mandarin. Depuis vingt ans, ils s'accrochent aux garanties politiques, économiques et culturelles qui leur ont été promises pour une durée de cinquante ans dans le but d'adoucir la transition entre les deux systèmes aux antipodes. Le maintien de l'État de droit est aussi un prérequis pour que Hong Kong reste une destination prisée des entreprises internationales, avec un environnement favorable aux affaires qui assure un minimum de protection légale aux investisseurs. 

Mais en avril 2017, Wang Zhenmin, chef des affaires législatives au Bureau hongkongais de liaison avec Pékin, a prévenu que le traitement de faveur du territoire semi-autonome pourrait être aboli avant 2047 si la ville "échouait à défendre activement la souveraineté, la sécurité nationale et les intérêts économiques du pays en accord avec la loi"

Les Hongkongais subissent des violations sur presque tous les fronts : la loi, la liberté d'expression et l'éducation aux droits de l'homme.

Extrait du rapport Amnesty International - Janvier 2017

Une menace à peine voilée contre les manifestations qui secouent "la ville des protestations" à intervalles réguliers depuis quelques années, réclamant le respect du statut particulier d'Hong Kong et davantage d'autonomie. Des dizaines d'arrestations d'activistes, et même des enlèvements d'opposants, ont alarmé les défenseurs des droits de l'homme. En janvier, Amnesty International Hong Kong a publié un rapport qui suggère que les abus recensés sont à leur pire niveau depuis le transfert de pouvoir en 1997 : "La situation légale de Hong Kong est une source d'inquiétude. Les Hongkongais subissent des violations sur presque tous les fronts : la loi, la liberté d'expression et l'éducation aux droits de l'homme." 

Il fut un temps où Hong Kong était connue pour des figures populaires comme les acteurs Bruce Lee, Jackie Chan ou encore Wong-Kar-Wai, le cinéaste multi-primé. Ces jours-ci, le visage de Joshua Wong, figure emblématique de la jeunesse rebelle de Hong Kong qui s'est offert une entrée fracassante sur la scène politique nationale, fait la une des médias internationaux. Consacré au parcours de l'adolescent militant pour l'autonomie de Hong Kong et des élections libres, "Joshua contre une superpuissance" (Joe Piscatella, 2017) est le premier documentaire sur la RAS à être hébergé par Netflix.

 

L'ingérence chinoise de plus en plus forte

Dénonçant l'ingérence de plus en plus forte dans les affaires politiques du pays, cette nouvelle génération s'inquiète aussi de l'emprise culturelle et économique de Pékin sur Hong Kong. En 2012, le mandarin, langue officielle en Chine, a dépassé l'anglais comme langage le plus parlé à Hong Kong après le cantonais. L'an dernier, Jack Ma, propriétaire de l'empire du e-commerce Alibaba et homme le plus riche de Chine, a racheté le South China Morning Post, le journal anglophone le plus lu à Hong Kong, avec l'ambition de présenter le point de vue chinois sur l'actualité et d'améliorer l'image de la Chine à l'étranger. 

15 à 20%

de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté

Dans les secteurs de la finance, de l'immobilier et des télécommunications, les magnats locaux perdent du terrain face aux hommes d'affaires venus de l'Empire du milieu. En 2016, ces derniers détenaient plus de la moitié des entreprises enregistrées à HKEx, la place boursière hongkongaise. Leur capitalisation se montait à 63% de l'ensemble du marché boursier et leurs parts représentaient 71% de la moyenne des échanges commerciaux journaliers. Le marché immobilier, un des plus chers au monde et une source d'angoisse sans fond pour les habitants étranglés par des loyers astronomiques, a aussi été investi par le "capital rouge" : la part des terres achetée par des développeurs du continent a grimpé à plus de 50% au début de cette année.

Les citoyens dénoncent également la multiplication des "éléphants blancs", d'immenses projets publics coûteux et considérés inutiles face à une situation sociale de plus en plus difficile pour une part grandissante de la population. Entre 15 et 20 % vit en-dessous du seuil de pauvreté, souvent dans des appartements minuscules et insalubres. En 2012, le photographe Benny Lam a photographié ces "cubicles", de minuscules espaces de vie dans une série réalisée pour l'ONG SoCO, Trapped

 

 

Malgré les aides à l'éducation, au logement et à la santé, le chantier social comprend également les droits légaux des migrants, la situation des personnes âgées qui ne bénéficient pas de retraites et les travailleurs pauvres qui n'arrivent pas à survivre avec le salaire minimum. 

Cela n'a pas empêché la RAS d'organiser une batterie d'événements sur le thème "Ensemble, Progrès, Opportunité" en amont de la date fatidique du 1er juillet 2017, pour un coût de 640 millions de dollars HK (73 millions d'euros). Le clip officiel de l'anniversaire de la rétrocession qui rassemble une dizaine de chanteurs célèbres de Cantopop, la musique populaire cantonaise, n'a pas vraiment convaincu les contribuables.

 

Une visite officielle de Xi Jinping, le président de la République populaire de Chine, est prévue à l'occasion de la cérémonie anniversaire, qui verra aussi la prise de serment de Carrie Lam, la nouvelle cheffe exécutive de Hong Kong élue indirectement en mars, dont Pékin s'est assuré au préalable des tendances pro-chinoises.  

Malgré la portée des revendications des activistes hongkongais à l'international, l'Occident se tourne définitivement vers la Chine. Après l'annonce de Donald Trump de se retirer de l'accord de Paris sur le changement climatique, Angela Merkel a déclaré qu'en "ces temps incertains",  la Chine était désormais "un partenaire stratégique et important" et a scellé de multiples contrats commerciaux lors de la visite européenne du Premier ministre chinois Li Keqiang. L'Organisation de coopération de Shanghai, la Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures et l'Initiative route et ceinture (One Road, One Belt) sont toutes des stratégies de développement menées par la Chine qui présagent d'un nouvel ordre mondial visant à contrebalancer l'influence américaine. Le siècle sera asiatique et l'accès au plus grand marché de consommateurs du monde a un prix. À  l'avenir, si aucun accord n'est trouvé sur le terrain des droits civiques, les velléités démocratiques et autonomistes d'Hong Kong pourraient bien faire les frais de ce séisme diplomatique. 

 

Témoignages : les voix de Hong-Kong

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Chronologie 

Comment un village de pêcheurs et de pirates, un port maritime qui vivait du sel et des perles, une baie régulièrement battue par les typhons, est devenu une des villes les plus chères au monde, l'avant-poste du capitalisme mais aussi un bastion de la contestation de l'est asiatique ? Retour sur deux siècles d'histoire à Hong Kong. 

A consulter sur le site d'ARTE Info :

 

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Dernière màj le 5 juillet 2017