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G20 : un sommet sous haute tension

Pays : Allemagne

Tags : G20, Recep Tayyip Erdogan, Vladimir Poutine, Libre-échange, cop21

Les chefs d’État et de gouvernement des dix-neuf plus grandes puissances économiques et de l’UE se réunissent ce week-end à Hambourg à l’occasion du G20. Une rencontre au sommet qui pourrait s’avérer particulièrement houleuse. Si les tensions internationales ont pris le pas sur les questions économiques et financières, l’attitude protectionniste du président américain Donald Trump pourrait jeter de l’huile sur le feu.

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En ce qui concerne la lutte contre le changement climatique qui aurait dû être au cœur des discussions de ce sommet, la chancelière Angela Merkel souhaitait établir un plan d’action pour l’application de l’Accord de Paris sur le climat. Mais le président américain a fait échouer son projet en annonçant début juin que les États-Unis se retiraient de l’accord. Dès lors, la perspective de parvenir à un consensus sur les questions climatiques s’éloigne à grands pas : la déclaration finale du sommet ne reprendra que les décisions qui auront fait l’unanimité.

 

La politique de Trump pourrait empêcher toute entente

À défaut du changement climatique, d’autres sujets occupent désormais le devant de la scène. Les chefs de gouvernement ont l’intention de se pencher sur la santé, la lutte contre le terrorisme et les migrations. Pour ce qui est du champ économique, les échanges seront axés sur la numérisation et la participation des femmes à la vie économique. Les thèmes historiques que constituent le libre-échange et la politique des marchés financiers demeurent à l’ordre du jour, mais là aussi, la situation pourrait se corser. Si la plupart des pays du G20 adhèrent au libre-échange et souhaitent renforcer ce système, les Etats-Unis mènent une politique économique aux accents protectionnistes sous l’étendard du célèbre "America first" de Donald Trump. Le pays s’est déjà retiré de l’Accord de partenariat transpacifique (TPP) en novembre dernier.

Lors du sommet du G7 qui s’est tenu en Italie au mois de mai, les chefs d’État et de gouvernement sont parvenus à rédiger une déclaration commune, même si de nombreux sujets, à l’image des engagements financiers en faveur de l’aide au développement, y ont été passés sous silence. À Hambourg, cette question ne devrait faire l’objet que d’un texte informel. Et, à ce jour, nul ne sait si ce sommet débouchera sur une déclaration commune.

Le groupe du G20

Instaurés en 1999, les sommets du G20 rassemblaient au départ les seuls ministres des Finances. C’est à la suite de la crise financière de 2008 que les chefs d’État et de gouvernement ont fait pour la première fois le déplacement. Depuis, ils se rencontrent tous les ans. Au cours des dernières années, de nouveaux enjeux mondiaux comme la lutte contre le terrorisme et la santé sont venus s’ajouter aux traditionnelles thématiques financières et économiques. L’ensemble des pays du G20 représentent environ deux tiers de la population mondiale et environ 80% de la production économique mondiale. Chaque année, des pays extérieurs au groupe et des organisations internationales sont invités à participer au sommet.

Des rencontres bilatérales très attendues en marge du sommet

Loin des thèmes officiels du G20, ces rencontres devraient essentiellement porter sur les tensions politiques du moment. Le premier tête-à-tête entre le président américain Donald Trump et le président russe Vladimir Poutine est en cela très attendu. Les relations entre les deux pays, qui s’étaient dégradées depuis l’annexion de la Crimée par la Russie, se sont encore détériorées à la suite de l’intervention américaine dans le conflit syrien. De même, les accusations d’ingérence russe dans l’élection présidentielle américaine empoisonnent les rapports entre les deux pays. Et les États-Unis sont aussi en conflit avec la Chine. Trump exige que le président Xi Jinping adopte des mesures plus sévères à l’encontre de la Corée du Nord qui a procédé au début de la semaine à un nouveau tir de missile.

La chancelière Angela Merkel rencontrera elle aussi plusieurs homologues en tête-à-tête avant le sommet. Dans ce contexte, son entrevue avec le président turc Recep Tayyip Erdogan s’annonce particulièrement cruciale. Depuis l’été dernier, les relations germano-turques sont tendues : la reconnaissance officielle du génocide arménien par le parlement allemand et la tentative de putsch en Turquie, en particulier, ont été source de conflits. Depuis, la situation s’est encore fortement gâtée. Dernièrement, le gouvernement allemand a interdit à Erdogan de faire une allocution publique en marge du sommet.

 

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Proteste gegen den G20-Gipfel in Hamburg. © John MACDOUGALL
Le G20, cible de critiques

"Rien ne sera dit au sujet des réformes de fond comme l’interdiction de la spéculation boursière sur les denrées alimentaires de base"

Jean Ziegler, ancien diplomate de l'ONU

En principe, le sommet du G20 n’est pas l’occasion d’un dialogue entre deux gouvernements, mais plutôt entre dix-neuf d’entre eux. L’Union européenne, vingtième membre du groupe, y est représentée par le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et le président du Conseil européen Donald Tusk. Le G20 a pour particularité d’être une union purement informelle et non une organisation internationale. Les décisions qui y sont prises ne sont donc pas contraignantes juridiquement.

Ce groupe est avant tout critiqué pour sa composition. Dans un entretien publié sur le site d’information Tagesschau.de, Jean Ziegler, ancien diplomate des Nations unies, évoque une "assemblée totalement illégitime et illégale". Le problème majeur, selon lui, est que des thèmes centraux n’y sont pas abordés : "Dans la déclaration finale, rien ne sera dit au sujet des réformes de fond comme l’interdiction de la spéculation boursière sur les denrées alimentaires de base, l’annulation des dettes des pays les plus pauvres du monde ou encore la fin du vol des terres en Afrique. Toutes ces réformes de fond qui devraient être mises en œuvre de toute urgence et qu’il serait possible de faire adopter juridiquement et démocratiquement. Des réformes qui pourraient, demain, sauver la vie de millions de gens".

Ziegler demande donc que les sommets du G20 cessent et que de plus larges compétences soient accordées aux Nations unies, qui rassemblent tous les pays du monde. Il appelle aussi la population civile à protester pacifiquement contre le sommet.

Dernière màj le 10 juillet 2017