France : n’être ni fille ni garçon

ARTE Reportage - samedi, 7 janvier, 2017 - 18:50

Pays : France

Tags : hermaphrodite, Intersexe

Quand un enfant vient au monde, c’est la première question : fille ou garçon ? Parfois, la réponse ne va pas de soi.

 

France, ni fille ni garçon

Interview

 

Interview de Barbara Lohr

 

Ni fille, ni garçon, ou un peu des deux… Les intersexes forment une communauté invisible qui ne bénéficie d’aucun véritable statut légal, social, voire médical. S’agit-il d’une pathologie, d’une anomalie, ou d’une différence parmi tant d’autres ? A l’état civil en tout cas, il n’y a que deux cases à cocher : masculin ou féminin. Alors, doit-on assigner un sexe à ces bébés en les opérant dès la naissance ? C’est encore le cas en France ou, chaque année, sur 2000 enfants sont pratiquées des chirurgies irréversibles. Chance ou malédiction ?

Une équipe d’ARTE Reportage a suivi Vincent Guillot dans son combat contre les opérations non consenties, dont il a été lui-même victime.

 

De Barbara Lohr, Cécile Thullier, Elsa Kleinschmager, Florence Touly  - ARTE GEIE France 2016

 

 

L’intersexualité c’est quoi ? 

Beaucoup de questions et de confusions subsistent aujourd’hui quant à la définition de l’intersexualité. Naître intersexué laisse souvent supposer qu’une personne possède les organes génitaux des deux sexes et serait « hermaphrodite ». Il n’en est rien. Les organes des personnes intersexuées ne sont pas fonctionnels et ces dernières ne sont donc pas hermaphrodites.

Seule certitude, l’intersexualité bouleverse les codes. Désemparés, les parents d’un enfant intersexué en appellent à la médecine. Quant à la société, elle ne reconnait que deux sexes. Difficile pour une personne intersexuée de s’affranchir du regard des autres et de faire reconnaître son identité sexuelle. 

C’est à la naissance d’un enfant que l’on constate cette "anomalie". Certains naissent avec un sexe que les médecins qualifient d’ambigu au plan biologique, c’est-à-dire difficilement définissable et qui ne correspond pas à la norme.

L’origine de l’intersexualité serait génétique. Les chromosomes XX (fille) et XY (garçon) peuvent avoir connu des variations de type XXY, XYY, modifiant le rôle des marqueurs de différenciation sexuelle pour déterminer le masculin ou le féminin.   Pourtant, la majorité des enfants clairement identifiés « intersexués » sont normalement pourvu des chromosomes XX et XY. L’intersexualité n’est pas considérée comme une maladie même si des problèmes de santé peuvent survenir avec le temps. Les degrés d’anomalie sont définis par l’échelle de Prader

Bien trop souvent, pour ne pas dire systématiquement, les enfants intersexués subissent très jeunes de multiples et douloureuses opérations visant à donner à leur sexe l’apparence recherchée. Ces interventions chirurgicales, décidées et effectuées après de nombreux examens préalables, gravent dans le marbre l’identité sexuelle de l’enfant qui durant toute sa vie devra suivre un traitement hormonal. Le choix de l’intervention chirurgicale précoce pose donc la question du genre et du devenir des enfants intersexués tout en leur conférant une identité sexuelle irréversible.

Et si on s’était trompé ? La chirurgie a-t-elle choisi le "bon sexe" en concordance avec la détermination du genre de l'individu ? 

Ces questions préoccupent les défenseurs du droit à la libre détermination sexuelle et les associations intersexes qui contestent l'intervention chirurgicale sur de très jeunes enfants. 

En Allemagne, depuis le 1er novembre 2013, il est possible d'inscrire sur l'acte de nécessaire d'un enfant sa non détermination sexuelle. La Suisse ne reconnait actuellement que deux sexes. La Commission nationale d’éthique demande de ne prendre aucune décision médicale avant que l’enfant soit en âge de choisir sa détermination sexuelle et propose de faciliter les démarches administratives auprès de l’État civil pour permettre à un enfant né intersexué de changer de sexe. En France, la loi reconnait également deux sexes. Cependant, et pour la première fois, la justice autorise une personne intersexuée à modifier son état civil par la mention "sexe neutre".

Christophe Huber

 

A consulter aussi : 

Les "intersexes" ne sont plus opérés à la naissance (lematin.ch)

Les sept questions que vous vous posez sur les personnes intersexuées (20minutes.fr)