Festival d'Avignon, jour 17 - Et puis vint Fanny

Pays : France

Tags : Festival d'Avignon 2015, Théâtre

A propos de Cassandre, d’après Christa Wolf, Mise en scène d’Hervé Loichemol. Le 22 juillet, Opéra du Grand Avignon.

"Non : c’était le seul mot qui me restait."

 

C’est la belle surprise qui arrive en fin de festival. On en attend rien, on se dit qu’on va encore assister à l’énième lecture d’une œuvre par une actrice, et puis le miracle advient. En Cassandre, Fanny Ardant est hors de tout, des normes, du temps, de la scène. Tout simplement époustouflante.

Cassandre n’a plus qu’une heure à vivre. Fidèle à ce qu’elle est, elle n’en finit pas d’alerter les hommes sur le drame et la détresse qui les attend. Dire non est son seul refuge. Elle parle, même si personne ne veut l’entendre. Ses douleurs d’enfance, de prisonnière et de femme.

A Avignon, sur la scène de l’opéra, c’est à partir de la nouvelle de Christa Wolf, réinterprétation du mythe et écrite en Allemagne de l’est en 1982, qu’Hervé Loichemol a décidé de monter l’oeuvre sur une partition musicale composée par le Suisse Michael Jarrell. Et puis bien sûr Fanny Ardant. En quelques minutes, elle s’impose sur le plateau de l’opéra.

Grand manteau noir, cheveux tirés en arrière et sa voix. Pas celle de d’habitude, une autre qu’on a rarement entendu. Presque posée et rassurante, comme si l’échéance qui attend Cassandre rapproche Fanny Ardant d’une certaine vérité, d’une véritable authenticité. Elle est tout simplement merveilleuse sur la musique contemporaine de Michael Jarrell. Et pourtant, elle craignait cette musique. "J'ai toujours eu un rapport difficile avec la musique contemporaine. Il faut vivre avec elle, ce n'est pas instantané. La musique de Jarrell est devenue comme une alliée. Ce n'est pas du Mozart avec un début, un milieu et une fin", déclare-t-elle lors d'un point presse au festival. Fanny Ardant en joue magnifiquement dans une mise en scène sobre. L’orchestre placé au dessus d’elle en fond de scène, Cassandre est tour à tour puissante et fragile.

Fanny Ardant est dans son rôle. Mieux, c’est le rôle qui est venu la chercher comme si Cassandre avait besoin d’elle. Derrière elle, parfois, des images de guerre sont projetées. Elle s’abandonne mais résiste. Et pourtant elle est Cassandre, complètement. "Cassandre, c'est celle qui dit non. Vous me dites que c'est une femme forte, je ne le crois pas. Elle est la voix de l'être humain contre la cité, la société. Et c'est de plus en plus important dans notre époque où la pensée commune asphyxie l'esprit. Cassandre, ça se joue en une heure, la dernière heure avant sa mort."

Cela faisait longtemps que l’on avait pas vue une actrice aussi impeccable. Fanny Ardant est l’une de nos plus grandes comédiennes. A Avignon, où elle venait pour la première fois, elle n’a fait que rappeler cette évidence.