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Famine : "la plus grave crise humanitaire depuis la création de l'ONU"

Pays : Soudan Du Sud

Tags : famine

1,5 millions. C’est le nombre d’enfants souffrant de malnutrition sévère en Afrique et au Yémen en ce moment. En tout, près de 20 millions de personnes ont besoin d’une aide alimentaire d’urgence, selon le bureau des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA). Une situation critique, qui fait craindre une nouvelle famine de l’ampleur de celle qui a frappé la Somalie en 2011. ARTE Info fait le point sur la situation dans les quatre pays les plus menacés. 

"20 millions de personnes font face à la faim et à la famine. (...) Nous sommes confrontés à la plus grave crise humanitaire depuis la création de l’ONU". Le 10 mars dernier, Stephen O’Brien, secrétaire général adjoint du bureau humanitaire de l’ONU, n’a pas mâché ses mots devant le Conseil de sécurité. Quatre pays sont principalement touchés par la crise: le Nigéria, le Soudan du Sud, la Somalie et le Yémen. Dans ces quatre pays, le schéma est comparable : des conflits compromettent l’accès à certaines zones pour les travailleurs humanitaires, les déplacements de population perturbent la production agricole, et les conditions climatiques sont hostiles.

Conflits armés, terrorisme et sécheresse : découvrez sur cette carte les causes de la famine au Nigéria, au Soudan du Sud, en Somalie et au Yémen.

 

Les causes de la famine

SOUDAN DU SUD :

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C’est le pays qui présente la situation la plus alarmante. Le 20 février, l’état de famine, dernier stade selon la classification de l’ONU après "l’urgence" et la "crise alimentaire", a été déclaré au Soudan du Sud. Depuis 2013, cet Etat est ravagé par une guerre civile opposant les forces gouvernementales de Salva Kiir aux rebelles menés par l’ancien vice-président, Riek Machar. A cause du conflit, de nombreux paysans ont dû quitter leurs champs. Les déplacements de population entraînent des perturbations de l’activité agricole, la sécheresse tue le bétail, et le conflit rend certaines zones difficiles d’accès pour les ONG, qui doivent bien souvent se contenter de larguer des vivres par hélicoptère. En conséquence, près de 100 000 personnes sont touchées par la famine. "Cela veut dire que des hommes et des femmes ont déjà commencé à mourir de faim", a souligné Serge Tissot, représentant de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

 

SOMALIE :

Située dans la corne de l’Afrique, où les sécheresses sont très fréquentes, la Somalie est l’un des pays les plus fréquemment touchés par la famine. Entre octobre 2010 et avril 2012, 258 000 Somaliens sont morts de faim. La moitié d’entre eux étaient des enfants de moins de 5 ans. Cette famine avait donc tué près d’un Somalien sur vingt, et un enfant de moins de 5 ans sur dix.

Cette année, après plusieurs épisodes de sécheresse très sévères, près de 3 millions de personnes ont besoin d’une aide alimentaire d’urgence. La situation est extrêmement préoccupante, et l’état de "catastrophe nationale" a été décrété par le gouvernement somalien fin février. Si les voisins kenyans et éthiopiens sont également touchés par la sécheresse, leurs gouvernements devraient pouvoir gérer la situation, alors que la Somalie, qui connaît de nombreux conflits depuis vingt ans, rencontre des difficultés très importantes. Les travailleurs humanitaires ne peuvent pas accéder aux territoires du sud du pays, contrôlés par l’organisation terroriste Al-Shabbaab.

 

NIGERIA :

Au Nigéria, c’est la présence de Boko Haram qui est à l’origine de la crise. L’organisation terroriste s’est installée dans l’Etat de Borno au nord-est du pays, faisant fuir des millions de Nigérians dans des zones enclavées le long de la frontière avec le Cameroun. Là aussi, il est très difficile pour les travailleurs humanitaires de se rendre sur place pour distribuer de la nourriture. Le bureau humanitaire de l’ONU (OCHA) dénombre plus de 5 millions de personnes qui auraient besoin urgemment d’une aide alimentaire.

Selon l’ONG Acted, il reste de la nourriture sur les marchés dans ces zones, mais les prix ont beaucoup augmenté. Or les personnes déplacées n’ont pas les moyens de s’acheter de la nourriture.

 

YEMEN :

Cela fait plus de deux ans que le Yémen est en guerre. Les Houthistes, rebelles chiites, se sont emparés du nord du pays et de sa capitale, Sanaa. Le pouvoir du président Abd Rabbo Mansour Hadi s’en est trouvé très affaibli, ouvrant la brèche pour les groupes terroristes tels que l’AQPA (Al-Qaeda dans la péninsule arabique), qui ont renforcé leur emprise sur le sud-est du pays. En outre, l’Arabie-Saoudite a formé une coalition pour écraser la rébellion chiite. Les bombardements de la coalition aggravent la situation déjà critique, et sont responsables selon l’ONU de 60% des pertes civiles.

L’embargo sur les armes à destination des rebelles décidé en 2015 par l’ONU a eu pour conséquence un blocage de toutes les importations, y compris celle des produits de première nécessité. Or le pays avait recours à l’importation pour 90% de ses besoins alimentaires. Aujourd’hui, 70% de la population est en situation d’insécurité alimentaire.