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Face à "Mein Kampf"

"Mein Kampf", manifeste de la haine - mardi, 15 décembre, 2015 - 22:25

Pays : Allemagne

Tags : Mein Kampf, Adolf Hitler

 

Que ce soit sur internet ou chez les bouquinistes de la mer Noire, il y a belle lurette que se procurer un exemplaire de Mein Kampf ne pose plus de grande difficulté. Pourtant, son entrée dans le domaine publique suscite questions et réactions. 

Mardi 15 décembre

22:25

"Mein Kampf", manifeste de la haine

Le 1er janvier 2016, plus de 70 ans après la mort d’Adolf Hitler, "Mein Kampf" tombera dans le domaine public. Faut-il pour autant republier ce "texte fondateur" du nazisme ? Une exploration des questions que soulève ce pamphlet tristement célèbre, objet de controverses et de fantasmes.

Albanie été 2015. La promenade le long de l’Adriatique à Durres. Encore une fois, je me retrouve face à face avec un exemplaire de poche de cet ouvrage d’incitation à la haine : Mein Kampf d’Adolf Hitler, en albanais cette fois. Au beau milieu d’un étalage en désordre de littérature générale, le portrait du Führer m’a sauté aux yeux. Ma perception doit probablement être sélective, conditionnée par mon travail actuel sur le documentaire d’ARTE consacré au « manifeste de la haine ». A l’heure qu’il est, alors que l’ouvrage s’apprête à tomber dans le domaine public, l’idée même d’une version allemande est tout bonnement impensable ! Pourtant, dès qu’on quitte l’aire germanophone, Mein Kampf est bradé un peu partout en version non commentée, entre l’Odyssée d’Homère et l’Idiot de Dostoïevski. Cet étal aurait pu se trouver dans n’importe quel autre pays des Balkans. Par le passé, j’avais déjà vu des éditions dans d’autres langues, à Istanbul, Kiev ou Riga, et même à Moscou, Budapest et Varsovie avant la chute du rideau de fer. Et sur des marchés aux puces, à Londres, à Bruges ou à Madrid, les vendeurs proposaient leurs exemplaires sans la moindre gêne. 


Aujourd’hui, même plus besoin de voyager, l’intégralité du texte est disponible gratuitement sur Internet, y compris en allemand.
 

 

© Thorben Bockelmann, ZDF


Quel est l’impact de la langue de la terreur ? Spécialisé dans l’histoire du nazisme, l’Institut für Zeitgeschichte de Munich tente de répondre concrètement en proposant une édition commentée de Mein Kampf dont la parution est prévue pour début 2016.

 

Un réveil des nationalismes ?

Faut-il strictement appliquer la loi allemande sur l’incitation à la haine ? Ou faire une exception pour l’édition critique de l’Institut für Zeitgeschichte (IFZ) qui paraîtra début 2016 ?

 


Alors que Mein Kampf tombera dans le domaine public le 1er janvier 2016, Manfred Oldenburg a réalisé un documentaire pour ARTE qui sera diffusé en décembre 2015. Une production qui se veut un apport constructif dans la polémique sur l’opportunité d’une réédition critique de Mein Kampf en langue allemande. Avec tout le respect qui s’impose pour les victimes d’Hitler et les survivants de la Shoah, le film s’interroge sur l’écho que rencontre ce texte aujourd’hui. A l’heure où le mouvement Pegida en Allemagne, le Front National en France, mais aussi des dirigeants d’Etats membres de l’Union européenne, de la Hongrie à la Pologne, sont largement plébiscités pour leurs discours droitiers et xénophobes. A l’heure où des centaines de milliers de réfugiés et de demandeurs d’asile tentent par tous les moyens de gagner l’Allemagne, perçue comme une destination sûre. A l’heure où, après les incendies de foyers d’immigrés, les attentats contre Charlie ou le Bataclan, nous voulons continuer de vivre libres.

Le poison distillé par Hitler dans Mein Kampf continuera-t-il de faire son effet si une nouvelle édition commentée propose une critique minutieuse de ce texte, faisant la lumière sur la pensée du dictateur, ses racines idéologiques, ses contradictions et les conséquences de son programme ? 
 

Dernière màj le 8 décembre 2016