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L’ombre de Geert Wilders plane sur les Pays-Bas

Pays : Pays-Bas

Tags : Geert Wilders, populisme, élections législatives

Aux législatives néerlandaises du 15 mars prochain, le candidat d’extrême-droite, Geert Wilders, est en passe de devenir la deuxième force politique du pays selon les sondages. Ce dernier dénonce le système, veut sortir de l’Europe, stopper l’immigration et renvoyer tous les étrangers dans leur pays. Comment un tel discours peut-il faire mouche aux Pays-Bas ? Les précédentes législatives en 2012 s’étaient pourtant soldées par la victoire nette du VVD (26,5%) - le parti de centre-droit du Premier ministre Mark Rutte. Comment les Pays-Bas en sont-ils arrivés à un tel revirement de situation ? ARTE Info répond à ces questions avec Markus Wilp, directeur du centre d’études des Pays-Bas à l’université de Munster.

"L'islam ou la liberté : c'est notre unique choix" / Slogan de campagne de Geert WIlders.

Qui est Geert Wilders, figure de proue de l’extrême-droite néerlandaise ?

Le programme en onze points de Geert Wilders est simple, tient sur une page A4 et compte bien piocher des voix autant à droite qu’à gauche. Il veut "désislamiser" les Pays-Bas en fermant les mosquées et en interdisant le Coran. Il affirme son objectif sans détour : "rendre les Pays-Bas  aux Néerlandais" en les débarrassant de "la racaille marocaine". A côté de cela, il milite fermement pour un Nexit - une sortie des Pays-Bas de l'Union européenne. Voilà pour les mesures d'extrême-droite.

Mais son programme tente aussi séduire l'électorat de gauche : l'âge de la retraite n'augmentera pas, les frais de santé seront supprimés et l'impôt sur le revenu réduit. Pour Markus Wilp, "Geert Wilders parvient à lier habilement des thèmes très à droite tout en insistant sur l'obsession de la gauche néerlandaise : la sauvegarde de l'Etat providence". Pour financer son programme, Geert WIlders projette de supprimer les aides aux immigrés, mais aussi les financements de "passe-temps de gauche" comme l'aide au développement et les subventions culturelles. Selon le leader du PVV, 17,2 milliards d'euros seraient ainsi économisés pour être réinjectés dans l'Etat providence. C'est "cet équilibre qui semble convaincre une partie des électeurs néerlandais", selon Markus Wild.

 

L’ombre de Geert Wilders plane sur les Pays-Bas
L’ombre de Geert Wilders plane sur les Pays-Bas Aux législatives néerlandaises du 15 mars prochain, le parti d’extrême-droite est donné gagnant.  L’ombre de Geert Wilders plane sur les Pays-Bas
Pourquoi l’islamophobie a-t-elle pris une telle place dans la société ?

L’avènement de Geert Wilders est en partie provoqué par l’érosion des partis traditionnels qui peinent à convaincre et ont perdu une grande partie de leur électorat. De 1994 à 2002, la "coalition violette" est au pouvoir. Elle rassemble le Parti du travail (PvdA, social-démocrate), le Parti populaire libéral et démocrate (VVD, libéral) et les Démocrates 66 (D'66, social-libéral).

A partir de 2002, c’est l’hécatombe : la coalition perd la moitié de son électorat. Les conservateurs du parti chrétien-démocrate (CDA) deviennent la première formation du pays. Et surtout, pour la première fois, un parti islamophobe et anti-immigration fait son entrée fracassante au parlement : la "liste Pim Fortuyn" remporte vingt-trois sièges.

Assassiné neuf jours avant ces élections législatives qui ont fait de sa "liste" la deuxième force politique du pays, Pim Fortuyn a posé les bases des revendications du parti de la Liberté. Il est le précurseur de Geert Wilders et du PVV qui ont occupé au fil des années de plus en plus de place dans la vie politique néerlandaise.

Avec le meurtre de Fortuyn, la question de la place de l’islam s’est retrouvée projetée au cœur des préoccupations de la société néerlandaise. Un autre événement a profondément marqué les esprits : l’assassinat en 2004, par un islamiste, de Theo van Gogh, réalisateur d’un virulent pamphlet anti- islam.

Les manifestations et les actes violents xénophobes se sont alors multipliés. A tel point que la fondation Anne-Frank note dans son rapport de décembre 2004 : "Le problème de l'extrême-droite et de la culture raciste parmi les jeunes n'a jamais jusqu'à aujourd'hui atteint de telles proportions aux Pays-Bas".

 

Pourquoi l’opposition à Geert Wilders peine à trouver son positionnement ?

Les voix sont aujourd’hui très dispersées. Le professeur Markus Wilp nous l’explique : "à l'heure actuelle se dessine un duel entre le parti libéral VVD et le PVV populiste de Geert Wilders. Ils ont les cotes de sondage les plus hautes, mais ne dépassent pour le moment pas les 16%. Ils sont tous les deux talonnés par cinq partis ayant chacun 8 à 11% d’intentions de vote".

Cette situation est inédite. Lors des élections législatives de 2012, le Parti populaire libéral et démocrate (VVD) du Premier ministre sortant Mark Rutte a obtenu 26,4% des suffrages et le parti de centre gauche PvdA, 24,7%. Ce sont avant tout ces partis qui sont aujourd'hui sanctionnés et qui ont perdu leur crédibilité. Pendant la campagne électorale en 2012, Mark Rutte avait par exemple promis de plus verser "un centime de plus pour la Grèce". Promesse non tenue. Il s'était aussi engagé à diminuer les impôts de chaque contribuable de 1000 euros. Rebelote, promesse non tenue. Geert Wilders n'a pas hésité à rappeler ces engagements de Mark Rutte tout au long de la campagne :

 

 "Ce sont les électeurs qui dirigent le pays Mark. A 100%. Et personne aux Pays-Bas ne vous croit."

 

Geert Wilders a-t-il une chance de devenir Premier ministre des Pays-Bas ?

En cas de victoire, le parti de Geert Wilders ne lui donnera pas forcément les clés du gouvernement. Il pourrait même ne pas y figurer. Pourquoi ? Parce qu’au jeu des coalitions, le PVV aura bien du mal à convaincre les autres partis qui pourraient arriver en tête. Les conservateurs (CDA), les verts (GroenLinks) ou les centristes (D66) sont tous pro-européens. Quant au parti du premier ministre sortant Mark Rutte, les chances d’une alliance sont quasi-inexistantes :

 

"0% de chances, Geert. Zéro pour-cent. Cela ne se produira pas."

 

 

Résultat : même si le PVV parvient à concrétiser les sondages et à remporter le plus de sièges, les chances pour Geert Wilders de figurer dans le futur gouvernement restent minces. En d'autres termes, Geert Wilders est contraint d'obtenir la majorité absolue des sièges du Parlement (76 sur 150) pour pouvoir espérer figurer dans le gouvernement. Et il en est loin.

Son exclusion ne facilitera pas les négociations pour la formation du futur gouvernement. Selon Markus Wilp, "la formation de la nouvelle coalition pourrait prendre beaucoup de temps. Les partis du centre vont jouer un rôle important : vont-ils choisir une coalition avec les partis de gauche ou de droite ?"

 

Pourquoi l’Europe scrute-t-elle attentivement ce scrutin ?

Le triomphe de Trump aux Etats-Unis, le Brexit voté au Royaume-Uni : les élections législatives néerlandaises vont-elles suivre le même chemin et faire gagner une nouvelle fois le populisme ? Une chose est certaine, selon le professeur Wilp : ce scrutin va "être observé avec beaucoup d’attention par de nombreux pays qui se demandent si la tendance au populisme va se confirmer". Car le Parti pour la liberté de Geert Wilders est, selon les derniers sondages, sur le point de devenir le premier parti du pays : les conséquences d’une telle victoire pour "l’Union européenne intéressent forcément les autres pays".

 

 

Dernière màj le 14 mars 2017