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Les journalistes mexicains en danger de mort

Les corps criblés de balles du photojournaliste mexicain Ruben Espinosa et de quatre femmes, ont été retrouvés samedi dans un appartement de Mexico. L’une d’entre elles était une militante des droits de l'homme. Ces meurtres n’ont pas laissé le Mexique indifférent : le lendemain, des milliers de personnes ont manifesté à Mexico et dans la ville du reporter pour réclamer justice et accuser les autorités d'être responsables de ces crimes. Une équipe d’ARTE Journal avait rencontré Ruben en mai dernier, là où il vivait et travaillait, à Xalapa dans l'état du Veracruz, la région la plus dangereuse du Mexique pour les journalistes. Il disait être "l’un des premiers sur la liste noire des personnes à abattre". En cinq ans, Ruben, qui travaillait pour le magazine d’investigation mexicain Proceso, avait perdu 16 collègues, tous assassinés et depuis le début de cette année, c’est le septième journaliste tué dans la capitale. Voici son témoignage :

 

Mexique : les journalistes en ligne de mire
Au Mexique, les journalistes en ligne de mire

Le pays détient le triste record du nombre de journalistes assassinés ou disparus au monde. Depuis la transition démocratique amorcée en 2000, Reporters sans frontières recense plus de cent victimes. La dernière a été retrouvée morte le 5 mai dernier, à la frontière entre l'Etat d'Oaxaca et celui du Vera Cruz, dans l'est du pays. Ce dernier Etat détient  quant à lui la palme du nombre de journalistes tués au Mexique, assassinés par les narcotrafiquants ou les hommes de main du gouvernement local. Reportage à Xalapa, la capitale politique de cet Etat.

 

Les premiers mois de 2015 ont été dramatiques pour la liberté de la presse en Amérique latine. Ce sont les récentes conclusions de la Société interaméricaine de presse, qui vise notamment le Mexique. Derniers exemples en date : le corps d'un journaliste de l'Etat de Vera Cruz, dans l'est du pays, a été trouvé criblé de balles début mai, soit trois semaines après le meurtre du propriétaire d'une radio communautaire dans l'Etat voisin d'Oaxaca. Amnesty International s'est dite "très préoccupée" par la situation des droits de l'homme dans cette partie du monde, en inaugurant le mois dernier son bureau pour les Amériques au Mexique. L'ONG constate que la région est le théâtre d'un recours généralisé à la torture, d'attaques fréquentes contre les défenseurs des droits de l'homme, de disparitions, d'exécutions extra-judiciaires.

 

Les journalistes, premières victimes

Le Mexique détient le record mondial du nombre de journalistes assassinés ou disparus depuis 2000. Parmi les cas emblématiques, celui de Regina Martinez, abattue chez elle, le 28 avril 2012. Journaliste au célèbre hebdomadaire d'Investigation Proceso, qui dénonce régulièrement les affaires de corruptions, de collusions d'élus et de policiers avec les "narcos". Son meurtre n'a jamais vraiment été élucidé.

Pour Mario Flores, le procureur de Xalapa dans le Vera Cruz, le meurtre de Regina Martinez est un acte crapuleux mais ses collègues n'y croient pas pour de nombreuses raisons : témoignages contradictoires, preuves perdues ou fabriquées. Une habitude dans ce genre d'affaires dans l'Etat du Vera Cruz, qui détient l'actuel record de journalistes assassinés.

 

Témoignage du correspondant de Proceso à Xalapa :

Mexique : Interview Noé Zavaleta

Jorgé Carrasco est journaliste d'investigation à Proceso. Il enquête depuis plusieurs années sur la mort de sa collègue. Lui-même vit sous la protection de deux gardes du corps, car directement menacé de mort par des hommes de mains d'hommes politiques de Mexico. Proceso, c'est environ 100 000 exemplaires chaque semaine. La méthode pour empêcher la large diffusion des articles de l'hebdo est simple : acheter tous les numéros en kiosque et les détruire. Jorgé Carrasco fait ainsi un constat très amer de la situation actuelle de la liberté de la presse au Mexique.

Mexique : Interview Jorge Carrasco

 

Dernière màj le 3 août 2015