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Darknet, le web à l’état brut

Max S., 20 ans, est face aux juges de Leipzig. Ce criminel de chambre aurait écoulé 914 kg de drogues, dont du LSD, de la cocaïne et de l’ecstasy, en ne décollant pas ses yeux de son écran d’ordinateur. Son mode opératoire n’a rien de neuf et est déjà expliqué en détail ci et . Max a utilisé le darknet -un réseau garantissant l’anonymat- pour accéder au "deep web", le web profond inaccessible aux internautes lambda. C’est tout le paradoxe du darknet : les trafiquants de drogue y côtoient sans le savoir des dissidents politiques ou des lanceurs d’alerte. Bien ou mal, le web enterré ? Allez, on plonge…

Lorsqu’on parle du darknet, on désigne généralement le réseau Tor qui donne accès, de façon anonyme,  à tout ce qui ne peut pas être trouvé par les moteurs de recherches.

Markus Kammerstetter, ingénieur,  Université de Vienne

La question de la moralité du web invisible et anonyme est un faux problème. La faute à un malentendu étymologique peut-être : le terme "web sombre" peut prêter à confusion et suggérer que, derrière ce que tous les internautes consultent tous les jours, se tapit un web noir et poisseux. L’imaginaire collectif a résumé à tort le darknet en trois mots : drogue, pédophilie et arme. Mais non. Le darknet  est un tunnel qui permet de plonger vers des contenus non indexés par les moteurs de recherches. En d’autres termes : des contenus introuvables, qui représentent 95% de la totalité des sites en ligne. Une masse de sites et de données appelée "deepweb" (web profond). Sachez que votre utilisation quotidienne du web -réseaux sociaux, sites d’infos, blogs, email etc...- n’exploite que 5% de la totalité d’internet.

 

Les rats des tunnels

Le darknet est un tunnel. En rien comparable avec le Saint-Gothard, rectiligne et longiligne : c’est un réseau de galeries souterraines dont on aurait perdu les plans. Plongez dans une artère, le chemin et l’issue seront complètement aléatoires : impossible d’être identifié, impossible de trouver votre chemin en questionnant un moteur de recherches. C’est simple : il n’y en a pas. Alors comment on fait pour devenir un rat des tunnels ? "C’est très simple d’utiliser le darknet. Le réseau Tor par exemple [un des darknet les plus populaires] met à disposition un programme simple à utiliser", selon Markus Kammerstetter, ingénieur à l’université de Vienne. "Une fois installé, vous pourrez aisément accéder aux sites et services cachés ou surfer anonymement sur le web normal" ajoute-t-il. On saute alors de lien en lien. Quelques-uns sont accessibles ici par exemple. Donc, premier conseil : oubliez vos réflexes actuels et faites une croix sur les moteurs de recherche, les réseaux sociaux et autres agrégateurs qui vous servent l’information sur un plateau. Ici, le plateau et le menu, c’est à vous de le chasser, de le cuisiner et de le composer.

 

Une route de la soie lucrative

Forcément, bien des rats plongent dans les tunnels pour y trouver ce qui est interdit à l’extérieur. Depuis 2011, la route de la soie s’est étendue dans le monde entier avec internet : le site "Silk road", accessible via le darknet et invisible pour le commun des internautes, a pu servir d’intermédiaire au trafic de drogue pendant deux années jusqu’à sa fermeture en 2013. Il concentrait à lui seul 70 % du marché de la vente de la drogue en ligne. Une fermeture qui n'aura pas permis de tuer ce type de commerce : d’autres sites comme Evolution et Agora ont repris le flambeau. Max S. a lui-même créé son site "Shiny Flakes" pour vendre ses produits. 

 

Non, le darknet n’est pas la chasse gardée des trafiquants en tout genre 

Le darknet vous intrigue, c’est peut-être pour cette raison que vous êtes tombé sur cette page. Peut-être même avez-vous atterri sur cet article, sur celui-ci ou sur celui-là. Leur point commun : insister sur la possibilité d’accéder à tout ce qui est illégal. En oubliant de dire que le darknet peut donner accès à une somme colossale de contenus d’une autre nature, le plus souvent inutile, et peut aussi permettre à certaines personnes de s'exprimer sans pour autant perdre la vie.

Pour Markus Kammerstetter, le "darknet est un moyen de communication précieux avec une concentration importante de big data". De plus, et "en particulier dans ce monde où toutes les données sont hautement surveillées, il est très important de préserver un moyen de communication anonyme appropriée". En d’autres termes, la censure doit toujours pouvoir être contournée : pour les dissidents politiques ou les lanceurs d’alertes, "l’anonymat doit pouvoir être possible (…) pour qu’ils soient libre de porter leur voix, sans crainte de représailles. Ce n’est que de cette manière que la liberté de la presse et de la liberté tout court pourront être garanties." Pour cette raison, le site wefightcensorship.org (projet de Reporters sans frontière) propose des ressources et des programmes sûrs pour sécuriser votre connexion, votre adresse mail ou vos envois sensibles.

Propos de Markus Kammerstetter recueillis par Benjamin Wolf

 

Le darknet en une infographie :

Darknet