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Daech, réfugiés, gouvernement d'union nationale : où en est la Libye ?

Pays : Libye

Tags : guerre, Réfugiés, Etat Islamique

Cinq ans après la chute du colonel Kadhafi et deux ans après le début de la guerre en 2014, la Libye est toujours en conflit. Ce grand pays d'Afrique du Nord est aujourd'hui un Etat divisé entre milices ennemies et gouvernements rivaux, malgré les tentatives de la communauté internationale pour le sortir de l'instabilité politique. Les enjeux sont multiples : subvenir aux besoins des deux millions de Libyens en manque d'aide humanitaire, chasser l'organisation Etat islamique et lutter contre les passeurs qui exploitent les réfugiés désirant passer en Europe. ARTE Info vous explique la situation en quatre points.

Retrouvez ci-dessous deux reportages en Libye réalisés par Charles Emptaz, Olivier Jobard et Amanuel Ghirmai.

 

Deux gouvernements pour un pays

La Libye est un Etat failli et divisé entre entités politiques et milices rivales depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011. Le gouvernement d'union nationale (GNA) est dirigé par Fayez al-Sarraj et installé depuis le printemps à Tripoli. Il peine encore à asseoir son pouvoir à l'échelle de tout le pays, notamment en raison de l'opposition d'une autorité politique rivale basée dans l'Est. Le Parlement libyen, également basé dans l'Est et proche de ce gouvernement rival, a refusé le 22 août de lui accorder sa confiance. Il lui a cependant donné une "dernière chance" pour qu'il propose un nouveau cabinet. 

Des pourparlers réunissant les différentes factions politiques libyennes se sont à nouveau tenus lundi et mardi à Tunis. Leur but : se mettre d'accord sur la composition du gouvernement, pour qu'il soit approuvé par toutes les parties et pour refonder l'Etat libyen. La mise en place de ce gouvernement fait partie d'un accord inter-libyen signé en décembre 2015 sous l'égide de l'ONU au Maroc. La deuxième étape de ce texte : l'établissement d'un conseil présidentiel pendant deux ans, une période de transition à l'issue de laquelle des élections législatives doivent avoir lieu, mais elle semble encore loin.

 

Syrte, épicentre de la lutte contre l'Etat islamique

Les forces du GNA ont lancé dimanche une offensive contre les dernières positions de l'Etat islamique à Syrte, qu'elles tentent de chasser de cette ville depuis mi-mai. Cette cité côtière, située à 450 km à l'est de la capitale Tripoli, est sous la coupe du groupe terroriste depuis juin 2015. Elle est son principal bastion en Libye. Mais si la reprise de Syrte représenterait un échec pour l'EI, elle n'écarterait pas d'un coup la menace djihadiste. Selon des sources françaises et américaines, entre cinq mille et sept mille djihadistes de l'EI se trouveraient en Libye. Beaucoup "se sont évaporés dans le sud du pays", note une source sécuritaire française interrogée par l'AFP. Les forces du général Khalifa Haftar, chef proclamé de l'armée libyenne (ANL) non reconnue par la communauté internationale et soutenu par Le Caire, combattent par ailleurs depuis plus de deux ans à Benghazi des groupes islamistes, dont l'EI. 

L'embargo imposé sur la livraison d'armes à la Libye devrait bientôt être partiellement levé, pour aider le pays à combattre le groupe terroriste. En attendant, les Etats-Unis offrent un soutien aérien au pays en bombardant les positions du groupe depuis le mois d'août.

 

 

Des milliers de réfugiés libyens et étrangers en danger

En savoir plus

Notre reporter a passé cinq jours sur l'Aquarius, un bateau au service des migrants qui traversent la Méditerranée. Retrouvez son carnet de bord.

Selon des chiffres du ministère des Affaires étrangères allemand datant d'avril 2016, les combats ont forcé un million de Libyens à quitter leur foyer. Bon nombre d'entre eux ont fui dans des pays voisins ou proches, comme la Tunisie. Les estimations diffèrent : l'Agence des Nations unies pour les réfugiés estimait en juin 2015 que le conflit avait fait 434 000 déplacés internes, tandis que l'émissaire de l'ONU pour la Libye, Martin Kobler, citait en août le chiffre de 350 000 déplacés. Syrte a notamment été vidée de plus des trois quarts de sa population : 90 000 personnes ont fui le joug de l'Etat islamique et la bataille entre l'organisation terroriste et le GNA pour le contrôle de la ville, selon la Mission de l'ONU pour la Libye. 

La Libye est également une terre de transit sur la route des réfugiés qui cherchent à gagner l'Europe. D'après l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), ils seraient entre sept cent mille et un million sur le sol libyen et viennent majoritairement d'Egypte, du Niger, du Soudan, du Nigeria, du Mali et de Syrie. Eux aussi sont menacés par la guerre et souvent forcés de quitter le pays où ils avaient commencé à travailler. Cette situation, ajoutée aux terribles conditions sécuritaires de la Libye, en fait un terrain idéal pour les passeurs et le trafic d'êtres humains. Certains migrants sont enlevés en échange d'une rançon versée à leur famille, tandis que les autres s'embarquent sur de fragiles canots à peine assez solides pour sortir des eaux territoriales libyennes, la limite à partir de laquelle ils peuvent être secourus par la marine italienne ou par des ONG. Selon le HCR, trois mille cent exilés sont morts entre début janvier et fin août en Méditerranée.

 

Une aide humanitaire difficile à apporter

La situation humanitaire de la Libye est catastrophique, tant pour les Libyens eux-mêmes que pour les réfugiés qui se trouvent sur son sol. "Plus de 2,4 millions de personnes en Libye ont besoin d'aide humanitaire", a déclaré le 20 août Martin Kobler, l'émissaire de l'ONU pour la Libye. L'instabilité du pays, déchiré entre différents milices et groupes politiques, rend l'aide humanitaire dangereuse et la mission de l'ONU pour la Libye tente de débloquer la situation depuis deux ans. Des travailleurs humanitaires et des ingénieurs des Nations unies fournissent des médicaments et de l'eau aux Libyens et travaillent à sécuriser leur approvisionnement en eau. Trois cent mille enfants sont également privés d'école.

La Libye n'est plus un Etat de droit et les Libyens comme les réfugiés sont victimes d'enlèvements et d'arrestations arbitraires, ainsi que d'exécutions sommaires et d'actes de torture. La liberté d'expression est également mise à mal : en témoigne la situation de deux journalistes libyens, disparus en Libye depuis plus de deux ans et que la branche libyenne du groupe Etat islamique affirme avoir exécutés. Les membres de minorités religieuses présents dans des territoires contrôlés par l'organisation terroriste se sont vus contraints d'adopter leur mode de vie ou ont, pour certains, été tués.

Dernière màj le 13 septembre 2016