Colombie : terres promises

ARTE Reportage - samedi, 19 septembre, 2015 - 18:35

Pays : Colombie

Tags : terres spoliées, restitution, guerilla

La question des terres est au cœur des négociations de paix qui se déroulent actuellement entre le gouvernement colombien et la guérilla des FARC. 

Colombie : terres promises

La paix, en Colombie, ne s’obtiendra pas par le seul silence des armes. Elle passe par la restitution des terres spoliées par la violence. L’épreuve de vérité se joue actuellement loin des caméras : par dizaines de milliers, les paysans déplacés osent enfin réclamer leur propriété, au nom d’une loi adoptée par le président Santos. C’est sa plus grande initiative en matière de droits de l’homme. Il s’agit de restituer 6 millions d’hectares volés à plus de 5 millions de paysans qui ont dû les abandonner sous la pression des groupes armés. Des tribunaux spéciaux ont été créés, des juges spécialisés ont été formés. Mais une mystérieuse armée anti-restitution menace tout le processus. 
 

De Barbara Lohr, Damien Fellous, Jean Will et Benoît Monange– ARTE GEIE – France 2015 

 

Barbara Lohr à propos de son reportage

Interview avec Barbara Lohr

Santa Rita, village fantôme - portfolio de Damien Fellous

 

 

 

Paramilitaires, guérillas et armée : soixante ans de conflit

La Colombie est en guerre depuis maintenant plus de soixante ans. Les combats entre petits exploitants et grands propriétaires terriens étaient déjà courants dès la fin du XIXe siècle, mais la situation s’est complexifiée depuis 1948. Le conflit qui oppose à la fois l’armée régulière, les guérillas des FARC, les cartels de la drogue et les groupes paramilitaires ont fait près de 220 000 morts. Depuis juillet 2015, un accord entre les FARC et le gouvernement laisse entrevoir un espoir de paix.

1940-50

Le 9 avril 1948, le leader populiste du Parti libéral colombien Jorge Eliécer Gaitán est assassiné à Bogota. Considéré comme l'espoir des classes populaires contre l'oligarchie, il avait promis lors de sa campagne à l'élection présidentielle d'importantes réformes. Sa mort est considérée comme le déclencheur d'une guerre civile, nommée La Violencia, qui oppose des organisations conservatrices, libérales et marxistes structurées en groupes d'autodéfense ou en unités de guérilla. Au cours de cette période, le Parti communistes et les agriculteurs de la gauche radicale mirent en place dans les régions reculées du pays des "républiques indépendantes", zones d'autodéfense autonomistes.

 

1960-70

En 1964, l'armée colombienne reconquiert par la force, et avec l'appui des Etats-Unis, la "république indépendante" de Marquetalia. Les combattants survivants de cette attaque de l'armée formeront ensuite les Forces armées révolutionnaires de Colombie, les FARC. Le mouvement de guérilla, dirigé par Manuel Marulanda et Jacobo Arenas, se conçoit alors comme le bras armé du Parti communiste et évolue uniquement dans les campagnes. Il défend les droits des pauvres en milieu rural contre les propriétaires terriens. C'est aussi dans les années 60 que se forment les premiers groupes paramilitaires, opposés aux FARC, fondés principalement par les grands propriétaires terriens et les barons de la drogue.

 

1980

Dans les années 80, de nombreux partisans rejoignent les FARC, parmi lesquels de petits cultivateurs de coca. Le mouvement forme alors des alliances avec les cartels de la drogue. La Colombie devient l'un des principaux producteurs de cocaïne au monde, la drogue étant l'une des sources de financement des FARC, avec les rançons des enlèvements. Le mouvement multiplie également les opérations militaires et renforce ses connexions avec d'autres guerrilas d'Amérique latine. Les FARC gagnent du territoire : ils sont présent dans 40% des municipalités colombiennes et comptent entre 18 000 et 20 000 hommes. En 1982, le président conservateur Belisario Betancur tente d'entamer des négociations et parvient à un cessez-le-feu en 1984.  À la suite de ces accords, les FARC créent en 1985 l'Union Patriotique, aux côtés du Parti Communiste colombien. Le parti doit faire aboutir les objectifs révolutionnaires par la voie politique. Lors des élections de 1986, le parti obtient un franc succès : 350 conseillers locaux, 23 députés et six sénateurs sont élus. Mais les assassinats et les combats avec les paramilitaires ne cessent pas pour autant.

 

1990

En Mars 1990, les paramilitaires tuent le candidat de l'Union patriotique à la présidentielle, Bernardo Jaramillo Ossa. Les négociations de paix sont interrompues. En 1997, les groupes paramilitaires s'organisent sous le nom d'Autodéfenses unies de Colombie (AUC). Le conflit entre les FARC et l'AUC s'intensifie.

Andrés Pastrana prend la présidence du pays en 1998 et concède aux FARC une zone démilitarisée de 4 200 km² près de la ville de San Vicente de Caguán, espérant ainsi ouvrir des négociations. Mais aucun accord n'est trouvé, et les FARC multiplient les enlèvements de soldats, de policiers et de politiciens dans l'espoir de les échanger contre des combattants emprisonnés. L'Union européenne classe les FARC sur la liste des organisations terroristes

En 1999, le gouvernement met en oeuvre le Plan Colombie, qui permet à l'armée de se substituer à la police. Avec le soutien des Etats-Unis, qui verse des centaines de millions de dollars, les champs de coca sont pulvérisés d'insecticides afin de réduire les sources de revenu des combattants.

 

2000

Alvaro Uribe est élu président en 2002. Avec le soutien des États-Unis, il commence une nouvelle offensive militaire contre les FARC. Dès 2003, il parvient à un accord controversé de désarmement des groupes paramilitaires en proposant leur amnistie. Uribe est accusé d'entretenir des liens avec les paramilitaires d'extrême droite. Les AUC sont officiellement démantelées en 2006, mais les activités des paramilitaires n'ont pas cessé pour autant.

 

2010 à aujourd'hui

Juan Manuel Santos remporte l'élection présidentielle en 2010. Il fait voter en 2011 une loi pour permettre le retour des personnes déplacées de force et la restitution de leurs terres. Toutefois, ceux qui parviennent à revenir chez eux sont souvent menacés ou assassinés par les paramilitaires qui ont pris le contrôle de leurs terres. Fin 2012, Santos réengage des négociations avec les FARC sous l'égide de Cuba et de la Norvège, à La Havane. Le 8 juillet 2015, les deux parties parviennent à un accord et annoncent une période de "désescalade" de 4 mois. Les FARC annoncent un cessez-le-feu unilatéral et l'armée régulière limite ses opérations. 

 

Dans nos archives

 

0609filles_de_farc_03.jpgRevivre après les FARC (2014)

Après deux ans passés dans leurs rangs, elle a quitté la guérilla. Claudia avait 14 ans quand les FARC l’ont convaincue de rejoindre leur cause. Nombreux sont ceux qui, comme elle, ont été arrachés à leur famille et enrôlés de force.

(Re)voir le reportage

 

Réfugiés dans leur propre pays (2011)

Medellin, ville des gangs et de la drogue, capitale de la Colombie, est aussi la ville des réfugiés. Le pays, victime d’un conflit armé, compterait autour de quatre millions de réfugiés internes.

(Re)voir le reportage

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016