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Colombie : le début d'une nouvelle ère

Pays : Colombie

Tags : FARC, accord de paix

Après que les rebelles des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) et le gouvernement colombien ont convenu, la semaine dernière, d’un traité de paix, Timoleon Jimenez, tête pensante des FARC, a décrété un cessez-le-feu définitif. Dimanche 28 août, il a annoncé, à La Havane, qu’il s’arrangerait pour que "toutes les unités et tous les combattants [FARC] cessent, dès minuit, les hostilités contre l’Etat colombien". Le plus ancien conflit d’Amérique latine semble ainsi près être réglé.

7,6

millions de victimes directes et indirectes des conflits en Colombie, selon le bureau du gouvernement colombien pour les victimes de guerre.

Batailles, tortures et expulsions

La Colombie entre désormais dans une nouvelle ère. Le président colombien Juan Manuel Santos a salué, jeudi dernier, cet accord de paix : "Commençons ensemble une nouvelle étape de notre histoire ; faisons de notre nation, de notre pays, ce dont nous avons toujours rêvé : un terre de paix." 

Et cela fait bien longtemps que la Colombie n'a pas connu la paix. Les conflits internes ont meurtri le pays pendant plus de 50 ans. Leurs point de départ : une distribution de terres perçues pour beaucoup comme injuste. S’en sont suivis des affrontements entre les autorités gouvernementales, les rebelles de gauche et des paramilitaires d’extrême-droite. Depuis les années 1960, ces conflits ont fait entre 220 000 et 260 000 morts, ainsi que 6.9 millions de déplacés. Beaucoup ont fui dans des bidonvilles, à la périphérie des grandes villes.

Le bureau gouvernemental pour les victimes de la guerre a estimé à plus de 7,6 millions le nombre de personnes touchées de manière directe ou indirecte par les conflits. La Colombie est, avec l’Afghanistan, le pays qui dénombre le plus de victimes par mines terrestres. La vie quotidienne des Colombiens a été dominée pendant de nombreuses années par les batailles, les tortures et les expulsions.

Retrouvez les grandes étapes des négociations de paix dans notre chronologie interactive :

La guerre est finie. Les FARC cesseront d'exister en tant que groupe armé et commenceront leurs vies dans une démocratie

Humberto de la Calle, négociateur en chef pour le gouvernement colombien

Un référendum début octobre

La fin des conflits serait donc proche. "Dans toutes les guerres, des erreurs sont commises. Nous présentons aux familles endeuillées nos plus sincères condoléances et joignons conjointement nos mains, pour que plus jamais cela ne se reproduise", a déclaré Ivan Marquez, le chef de la délégation des FARC, jeudi à La Havane. Les FARC veulent à l’avenir exister en tant que parti politique pour atteindre leurs objectifs. "La guerre est finie. Les FARC cesseront d’exister en tant que groupe armé et commenceront leurs vies dans une démocratie", a déclaré Humberto de la Calle, négociateur en chef pour le gouvernement colombien.

Mais avant cela, l’accord de paix entre les deux parties doit être signé lors d'une période prévue entre le 20 et le 26 septembre. Début octobre, c’est le peuple colombien qui se prononcera : le plan de paix devra être approuvé par référendum. Et cela ne devrait pas être facile. Selon des sondages récents, le "pour" et le "contre" recueilleraient chacun environ 31% des intentions de votes ; pour le moment, les 38% restants de la population colombienne ne se prononceraient pas.

"Les Colombiens ont les clés de leur avenir entre les mains"

La société colombienne est divisée, et non sans raison. Les bombardements, les enlèvements et les meurtres commis par les FARC, qui avaient dans leurs rangs près de huit mille combattants, font que le peuple colombien a du mal à trancher. Le président Juan Manuel Santos tente néanmoins de pousser ses compatriotes à accepter l'accord : "les Colombiens ont les clés de leur avenir entre les mains", a-t-il déclaré jeudi dernier à Bogota. Humberto de la Calle souhaite également que le "oui" l'emporte : "L'avenir du pays est en jeu. Il ne concerne pas seulement le silence des armes à feu ; il offre aussi la possibilité de laisser toutes les violences derrière nous, et de construire quelque chose de nouveau, dans le respect mutuel."

Les opposants au traité lui reprochent en particulier le fait que certains guérilleros ne pourraient écoper que de peines légères. L’accord prévoit que ceux d’entre eux ayant commis des crimes graves risquent des peines de prison ne pouvant excéder huit ans. Un autre aspect de l’accord qui suscite l’ire de ses détracteurs concerne la paix dans les zones démilitarisées : ils craignent que les paramilitaires de droite n’en profitent pour régler de vieux comptes.

Il n’y aura pas de paix durable en Colombie si l’Etat en prend pas des mesures contre les paramilitaires

Oliver Müller, chef de Caritas International

Le danger des petites milices

La principale menace pour la paix provient en effet de ces groupes paramilitaires, y compris la guérilla ELN, qui se bat toujours contre l’Etat en attaquent des structures administratives et en enlevant policiers et politiciens. "Il n’y aura pas de paix durable en Colombie si l’Etat en prend pas des mesures contre les paramilitaires", a déclaré le chef de Caritas International Oliver Müller. Le gouvernement a déjà entamé des négociations avec l’ELN, mais la crainte d’actions d’autres milices subsiste.

"Le gouvernement ne va conclure ce traité qu’avec un seul des acteurs du conflit", signale le journaliste Ginna Morelop du journal El Tiempo. "Il y a d’autres acteurs qui n’ont pas encore déposé les armes et qui ne sont pas assis à la table des négociations." Après le démantèlement officiel de ces groupes au milieu des années 2 000, de nombreux combattants ont rejoint des gangs criminels, impliqués dans le trafic de drogue et l’extorsion de fonds.

 

575

millions d’euros de soutien promis par l’Union européenne à la Colombie

Une perspective d’avenir pour la Colombie

La situation en Colombie est néanmoins calme depuis juin et les violences sont tombées à leur plus bas niveau depuis les années 1960. Aujourd’hui, le gouvernement et les rebelles FARC ont signé un accord de cessez-le-feu qui ouvre la voie à un accord de paix. Les louanges internationales se sont d’ores et déjà fait entendre : "Le traité de paix est une occasion unique et historique pour la Colombie", a déclaré la chef de la politique étrangère de l’UE, Federica Mogherini. Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a quant à lui appelé la communauté internationale à soutenir le pays sud-américain dans son processus de paix : "Nous sommes du côté de la Colombie, qui est sur le chemin de la paix".

L’Union européenne a proposé une assistance économique post-conflit à hauteur de 575 millions d’euros. La fin des luttes intestines en Colombie pourrait relancer la relancer sur le plan économique et social : éducation, tourisme, emploi, etc. La perspective d’un avenir serein.

Dernière màj le 29 août 2016