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Chroniques de Thaïlande, un an après le coup d'Etat

Pays : Thaïlande

Tags : coup d'Etat, régime militaire, Bangkok

La Thaïlande est l'un des pays les plus développés de la région, Bangkok est une métropole asiatique ultra-moderne et le paradis tropical accueille chaque année 25 millions de touristes. Un an après le coup d'état, la vie continue et pour le visiteur de passage, les traces de ce régime militaire draconien sont subtiles. Une dictature invisible, pernicieuse, qu'il faut traquer entre les palmiers, les gratte-ciels scintillants, les T-shirts Angry Birds et un monde de la nuit empreint de folie. 

Le 22 mai 2014, la Thaïlande vit son douzième coup d'Etat « réussi » depuis l'abolition de la monarchie absolue en 1932, après des mois de manifestations et une décennie de polarisation politique qui aboutit à la lutte entre les chemises rouges et les chemises jaunes. La Premier ministre Yingluck Shinawatra, sœur de Thaksin Shinawatra, ancien Premier ministre, ancien policier et magnat des télécommunications déposé par un précédent coup en 2006, est poussée à quitter le pouvoir après le scandale d'un programme d'achat de riz. Profitant de la colère de la classe moyenne urbaine excédée par la corruption reprochée au clan Shinawatra réélu depuis 14 ans, le Général Prayuth Chan-Ocha annonce à la télévision qu'il assure désormais tous les pouvoirs au sein du Conseil national pour la paix et l'ordre (NCPO), suspend la Constitution, met en place loi martiale et couvre-feu puis s'auto-proclame Premier ministre peu après.

Tout est toujours possible et disponible en Thaïlande, tout le temps, tant qu'on a l'argent, alors que ce laxisme était précisément la justification de l'arrivée au pouvoir de la junte. A l'image de la Birmanie des années 80, le quotidien est peu altéré, tant qu'on ne parle pas de ce qui importe. Chroniques de jours tranquilles en Thaïlande, où la peur a remplacé le jeu démocratique. 


Mai 2014 : On Nut, Bangkok

On Nut, quartier au sud-est de Bangkok, compte encore ses poches de favelas malgré la pression immobilière. Ces maisons de tôle et de bâches plastiques sont occupées par des chauffeurs de moto-taxi, commerçants de rue, prostitué(e)s, petites mains de l'économie informelle, dont un grand nombre soutient les chemises rouges (issues des classes défavorisées, surtout localisées au nord, elles symbolisent les partisans de Yingluck Shinawatra,  premier ministre destituée lors du coup d'état). Sous le porche où un autel brille toute la nuit pour les dieux, ce graffiti à la peinture noire : Red Zone. Ce sera le seul acte de résistance. 

Du jour au lendemain, le quartier s'est tu, le silence à peine troublé par le haut-parleur des vendeurs d'insectes grillés au crépuscule. Avant, la rue résonnait aux sons du karaoké à même le trottoir, aux combats de coqs sur lesquels on parie son salaire, aux cabines téléphoniques explosées par des jeunes enivrés, aux bagarres, à la violence domestique. Aujourd'hui, il n'y a plus qu'un homme, seul partisan des chemises jaunes (le jaune c'est la couleur du roi, celle de ceux qui ont soutenu les militaires lors du coup d'état, en général les classes moyennes et aisées, urbaines) qui se permet de laisser sa télévision allumée avec le son au maximum jusqu'à 3 heures du matin.

Les autres ne bougent plus un petit doigt, par peur d'une intervention des militaires, proches des chemises jaunes, leurs ennemis désormais au pouvoir. Nok, la cinquantaine, est propriétaire d'une épicerie où elle passe les canettes de soda entre les barreaux d'une grille à partir de minuit. Pendant des années, elle a laissé qui voulait s'asseoir en face de sa télé, toujours branchée sur le canal 'rouge', pour faire partager le message qu'elle jugeait nécessaire.

Tous les médias d'opposition ont été fermés par la junte militaire et les programmes imposés sont omniprésents. Le roi Bhumibol Adulyadej, qui détient le plus long règne du monde, soutient le nouveau régime par un communiqué quelques jours après le coup, que la junte utilise comme une preuve ultime de son bon droit dans ce pays dont le cœur bat à l'unisson pour la famille royale. Une émission hebdomadaire du général Prayuth "Rendre le bonheur au peuple" est retransmise par toutes les chaînes, du nom de la chanson composée par le général lui-même. Un film de propagande dans lequel Adolf Hitler fait une apparition sur un tableau peint par un enfant est diffusé avec fierté.  

A l'école, tous les matins les élèves récitent les 12 valeurs phares censées représenter une identité thaï retrouvée : "Amour pour la nation, la religion et la monarchie" "Préserver les coutumes et traditions thaï" "Discipline et respect pour les anciens et la loi". Pour booster leur popularité dans ce pays ultra-connecté où les jeunes urbains ont en moyenne deux comptes Facebook, ces valeurs sont disponibles en stickers via une application de messagerie. Les livres scolaires ont été écumés de toute référence à Thaksin Shinawatra. 

Les universités ont été priées de faire cesser toute tentative d'activisme étudiant, les hommages aux étudiants tués pendant les manifestations de 1974-76 sont bannis. Pendant les mois qui suivent au moins un millier de personnes, universitaires, politiciens, blogueurs sont arrêtés et soumis à un programme de "redressement du comportement" dans un camp de rééducation. Amnesty International dénonce des cas de torture dans son rapport. D'autres voient leurs comptes en banque gelés pour empêcher toute capacité d'organisation. 

 

 

Juillet 2014 : Happiness Festival, Ratchaprashong, Bangkok

En deux mois, la junte militaire dépense 4,3 milliards de dollars qu'elle distribue à la police, aux agriculteurs, aux victimes des inondations... Dans ce budget, ne sont pas compris le coût des milliers d'événements de communication comme le Happiness Festival. 

Des files continues s'y baladent, entre des stands de T-shirts aux messages inspirés, de la pâtisserie française, des installations colorées bardées du slogan #ThailandHappiness qu'on est priés de faire tourner sur Twitter-Facebook-Instagram et un stand Lonely Planet où l'on est accueilli par un énorme éléphant en peluche bleu. Le tourisme contribue à hauteur de 10% du PIB national et la Thaïlande, en grande pragmatique, porte un soin particulier à préserver cette industrie massive. Un Thaï, déguisé en légionnaire flamboyant avec épée scintillante et casque à plumes, fait profiter la foule de chants nationalistes, diffusés par un poste posé sur sa petite voiturette. S'ensuit le défilé avec Miss Thaïlande, des généraux, des ladyboys bien en chair, des cuisiniers qui concotent du pad thaï à la pelle, des princesses à vélo avec des choux-fleurs sur la tête et puis les voitures décapotables hébergeant l'incontournable sound system. 

Il est  désormais formellement interdit de de parler à des journalistes, de lire publiquement "1984" par Georges Orwell ou de se rassembler au Mc Donald's

 

A la nuit tombée, la cérémonie d'ouverture est magistrale : trois écrans géants, des drones manœuvrés au-dessus de la foule pour la filmer en direct, sur la grande scène un représentant de la ville avec deux autres vieux médaillés à l'air médusé par ces jeunes surexcités et cette musique "de dégénéré", un lâcher de ballons multicolores pour exalter l'audience. Et tout autour des gratte-ciel, le va-et-vient des rames du Sky Train, et cette publicité pour le nouveau burger au Mc Donald's qui dit tout : "Simple easy enjoyment" (sic). Un ton qui se veut jeune, joyeux, participatif, populiste tout en louant un passé idéalisé où tout le monde restait à sa place et la démocratie était contenue dans les limites de ce qu'était prête à accepter l'élite. Un paradoxe qui explique ce sentiment de malaise dans la foule, le bras levé pour enregistrer le moment au smartphone mais sans plus de conviction. 

L'été s'achève avec des concerts gratuits encerclés par des militaires sur le pied de guerre, des filles presque nues qui dansent sur des tanks, des bols de riz, coupes de cheveux et tests HIV gratuits et une population qui prend ce qu'il y a à prendre puis rentre se coucher en attendant l'implosion. Selon la liste du journaliste Mong Palatino, il est désormais formellement interdit de brandir trois doigts d'une main, à l'image du salut dans la production hollywoodienne Hunger Games, devenu un signe de ralliement dans les protestations anti-coup, d'aider un manifestant arrêté, de tenir une feuille blanche ou des pancartes anti-coup, de se couvrir les yeux, le visage ou la bouche, de porter des T-shirts rouges ou avec des messages politiques, de vendre des produits portant le visage de Thaksin (ex premier ministre soutenu par les chemises rouges), de parler à des journalistes, de lire publiquement "1984" par Georges Orwell, de critiquer le coup d'état dans la rue ou sur les réseaux sociaux, de se rassembler au Mc Donald's, de se rassembler à plus de cinq personnes, de porter un masque avec le visage d'une personnalité, de chanter la Marseillaise, d'organiser des séminaires politiques, de distribuer des poèmes vantant la démocratie, de manger des sandwichs en public, lorsque que c'est vu comme une protestation politique, ou encore de jouer à Tropico 5, un jeu vidéo dont l'univers est une dictature militaire d'Amérique du sud.

 

 

Septembre 2014 : Koh Tao, Surah Thani Province

La Thaïlande fait à nouveau la une des médias suite aux meurtres violents de deux jeunes touristes britanniques sur

"Les filles étrangères ne peuvent pas espérer être en sécurité sur les plages de Thaïlande alors qu'elles se promènent en bikini. A part si elles sont moches."

Le premier ministre Prayuth

la plage de Koh Tao. Un paradis pour plongeurs où l'on vient se reposer après la Full Moon Party, dépravation festive à Haad Rin, plage de l'île voisine dans le golfe de Thaïlande. La fille a été violée à plusieurs reprises avant de mourir et le garçon s'est fait fracasser le crâne. Mais l'île n'est pas fermée et la police thaïlandaise attend des jours avant de mener une enquête; Après avoir déclaré que ce ne pouvait être "que des étrangers qui ont commis ce crime", sans aucune preuve, le Premier ministre Prayuth enchaîne sérieusement : "Les filles étrangères ne peuvent pas espérer être en sécurité sur les plages de Thaïlande alors qu'elles se promènent en bikini. A part si elles sont moches."

L'enquête piétine, des rumeurs mettent le fils d'un parrain de l'île en cause, et puis deux migrants birmans sont arrêtés, leur ADN ayant été retrouvé sur la fille selon le gouvernement thaïlandais. Ils avouent, sous la torture dénonceront-ils plus tard. Les charges dont ils sont accusés peuvent être punies de la peine de mort en Thaïlande, ce qui provoque des protestations des associations de défense de droits de l'homme, du gouvernement birman et de milliers de citoyens ulcérés. Le chef de la police nationale Jaktip Chaijinda se défend face à Reuters : "Nous n'avons pas envisagé de condamner des boucs émissaires car c'est un cas qui intéresse le monde entier", sous-entendant maladroitement que quand le monde ne regarde pas, cette pratique est largement mise en œuvre. 

A Koh Samui, île voisine qui fait partie du package touristique dans la région, les petits entrepreneurs qui vivent du tourisme ont la mine sombre. " Les manifestations, le coup d'Etat militaire et ces meurtres sont trois coups du sort cette année. Mais s'ils condamnent les vrais coupables, que les familles des victimes sont respectées et que les touristes ont le sentiment que la Thaïlande est sûre, la saison prochaine sera à nouveau satisfaisante " espère Dara, qui loue des scooters. Le sud bouddhiste a toujours été fidèle aux royalistes et conservateurs et a encore confiance en cette nouvelle autorité. 


Mais la concurrence des pays voisins, Birmanie, Cambodge, Laos qui deviennent de plus en plus à la mode, accessibles et confortables pour les touristes occidentaux est de plus en plus forte. Les agences de tourisme sont réticentes à assurer des voyageurs dans des pays soumis à la loi martiale et où les meurtres d'étrangers non élucidés s'accumulent, comme dans le cas d'un Russe à Patong poignardé sept fois où la police a conclu au suicide. La junte, qui est arrivée et s'est maintenue au pouvoir jusque-là sur la promesse d'opérations mains propres, de transparence et de réforme de la police, est critiquée. Le compte en banque bien fourni du frère du Premier ministre ainsi que le scandale des équipements de communication du Parlement n'arrange rien à ce sentiment amer que quelque soit le régime, la corruption en est son compagnon indéfectible. 

 

 

Janvier 2015 : Université Saint-John, Bangkok

Pendant ce temps, les geeks du pays essayent de donner l'alerte. Un projet de loi relatif à la cyber sécurité contenant dix mesures est sur les rails et offre un pouvoir illimité aux autorités : traquer toute communication virtuelle et saisir tout matériel informatique, sans mandat, sans rôle de la Cour, sans possibilité d'appel mais avec la collaboration des fournisseurs d'accès à Internet, au nom de la "sécurité nationale". 

Le but ? Maintenir le pouvoir réel et psychologique de la junte, obtenir le monopole sur les télécommunications, tuer dans l'oeuf toute velléité de contestation, se débarrasser des activistes qui se préparent dans l'ombre, bloquer tout partage d'information qui ébranlerait l'assise de la famille royale dont l'avenir est en suspens.

 

pour mieux comprendre la situation politique de la Thaïlande, lisez notre dossier 

Le roi à 87 ans, est supposé être très malade, et des luttes intestines sont en cours depuis des années pour organiser sa succession. Un blogueur a été emprisonné pour avoir publié un communiqué sur la mauvaise santé du roi. Près de 25 000 URL sont bloquées en Thaïlande, dont le site d'Human Rights Watch, du Daily Mail, de collectifs citoyens ou de blogs critiques. Thai Netizen Network organise un "Dialogue de la société civile sur la surveillance d'Internet", auquel assiste une petite centaine de personnes. Ils se sentent peu soutenus, conscients qu'une bonne partie des internautes éclairés du pays font partie de l'élite traditionnelle de Bangkok, pour la majorité favorable au régime actuel.

Le professeur Dr. Jantajira Iammayura, de la faculté de droit de l'université de Thamassat, bastion de l'intelligentsia critique, a envie de s'exprimer : " Honnêtement, je n'en ai pas grand-chose à faire de la loi, il faut qu'on se concentre sur l'aspect anti-démocratique du système tout entier. On ne peut pas éplucher loi par loi, car c'est le jeu auquel les militaires veulent nous faire jouer, qu'on se perde dans les détails. Même si la loi sur la cyber sécurité et le danger pour les données personnelles ne sont pas une mince affaire, nous ne pourrons pas résoudre ces problèmes, obtenir une loi satisfaisante qui protège notre vie privée et nos données tant que la démocratie ne nous sera pas rendue ". En 2014, Freedom House qui note entre autres la liberté d'Internet, a classé la Thaïlande "non-libre " avec un score de 62 (0 étant le meilleur, 100 le pire), soit plus élevé que la Birmanie.

Cette loi met particulièrement en danger la presse d'opposition et d'investigation, comme le site internet Prachatai, déjà inquiété plusieurs fois par le passé pour une affaire de lèse-majesté en ligne.

Le général Prayuth a un rapport compliqué avec la presse, qu'elle soit thaï, à qui il demande allégeance et de comprendre que " la liberté doit avoir des limites " ou étrangère, à qui il n'a jamais accordé d'interviews. Après avoir lancé une peau de banane à la tête d'un cameraman qui l'importunait, il a prévenu qu'à la prochaine question sur son bilan, il balancerait son poing à la face du reporter sans sourciller. Dernier avertissement vigoureux, il a déclaré qu'il "exécuterait probablement les journalistes qui ne rapportent pas la vérité ", se référant à l'affaire de l'esclavage organisé sur les bateaux de pêche, dénoncée depuis des années. (Notre reportage sur Ranong, ville symbole de la souffrance des migrants birmans pris en engrenage dans ce système d'exploitation)

 

 

Avril 2015 : Région d'Issan

Au nord et au nord-est, dans les régions déshéritées largement rurales acquises au clan Shinawatra, la colère gronde. Depuis des mois, des paysans dénoncent le programme de reforestation lancé par le gouvernement, censé protéger et reboiser les forêts en dix ans avec un budget de 50 milliards de baths. En réalité, des centaines de familles ont été expropriées de leurs terres sans compensation, leurs plantations de caoutchouc arrachées sous prétexte qu'elles avaient empiété sur les zones boisées protégées. 

Ces familles ont perdu leur pain quotidien et doivent maintenant faire face à des procès qu'elles mettront des années à rembourser.

Quand elles s'aventurent sur leurs terres malgré leur éviction, elles sont menacées de mort et les disparitions d'activistes se poursuivent. La loi martiale les empêche de dénoncer publiquement cette monopolisation des ressources naturelles par l'Etat. L'organisation Coordinating Committee on Development estime qu'à ce rythme-là, 1,2 million de personnes qui vivent sur des terres chevauchant des zones protégées pourraient être affectées par la perte de leur terre.

Après avoir été prolongée en février après deux bombes qui ont explosé à l'entrée de Siam Paragon, centre commercial de luxe où l'on peut choisir une Rolls Royce après un tour chez Louis Vuitton, la loi martiale est levée en ce mois d'avril. Elle reste en vigueur dans les provinces du sud qui longent la Malaisie, en proie à une guerre civile à rallonge, et est immédiatement remplacée dans le reste du pays par la section 44 de la Constitution provisoire. Cet article ne fait que renforcer le pouvoir des généraux et inquiète beaucoup les défenseurs des droits de l'homme, de l'économie, de l'environnement, etc. La perspective d'élections paraît bien incertaine, peut-être au début de l'année prochaine, peut-être dans trois ans. Un blogueur thaï facétieux remarque que les cartes d'accès des membres de la junte au bâtiment de leur conseil sont valables jusqu'en 2020. 

 

Mai 2015 : Mer d'Andaman

En savoir plus...

La situation des réfugiés rohingyas est urgente et les Nations-Unies tirent la sonnette d'alarme. Dans notre dossier, retrouvez des interviews, des cartes et des reportages pour mieux comprendre le conflit. 

La crise des migrants rohingyas  atteint son paroxysme en Asie du sud-est et les pays se renvoient la balle sur la responsabilité de qui doit leur porter secours. La Thaïlande, pays de transit, ayant décidé subitement d'empêcher le débarquement des bateaux dans ses ports, les migrants clandestins se retrouvent du jour au lendemain à la dérive en pleine mer, assoiffés et affamés depuis des semaines. Une décision prise après la découverte des camps mouroirs dans le sud, où des dizaines de corps de migrants trafiqués ont été trouvés dans une fosse commune. “Dans les zones où ces camps sont érigés, ainsi que sur les routes où les Royingyas sont envoyés des ports aux camps, les autorités locales ont été directement impliquées dans ce business profitable, en servant de sentinelles et de protecteurs » dénonce Phil Robertson, d'Human Rights Watch. 

 

Le gouvernement thaï dément ces accusations et argue qu'il ne peut se permettre une autre situation de crise de réfugiés à long-terme, les camps à l'ouest étant encore remplis de minorités discriminées qui ont fui la Birmanie il y a plus de 20 ans. La Birmanie, la Malaisie, l'Indonésie, la Thaïlande, les Philippines se rencontrent pour trouver un accord. La Thaïlande accepte d'offrir de l'assistance en pleine mer, carburant, nourriture et eau mais pas question de nouveaux camps de réfugiés, une position soutenue par l'opinion publique, réticente à accueillir sur leur territoire des milliers de pauvres réfugiés d'une autre confession.

"Dans le passé, notre société a rencontré des problèmes car elle était trop démocratique ! "

Le général Prayuth

 

Quelques années auparavant, la Thaïlande était considérée comme un espoir pour la démocratie en Asie du sud-est, entourée par des gouvernements bien plus répressifs comme le Cambodge, la Birmanie et le Laos. Avec cet énième coup, tout était censé changer, la décadence des mœurs, la corruption, la xénophobie. Rien n'a évolué, hormis la chape de plomb qui écrase toute possibilité d'expression. Un glissement assumé par le général Prayuth qui a déclaré il y a deux mois : "Dans le passé, notre société a rencontré beaucoup de problèmes car nous étions trop démocratiques. Néanmoins, la Thaïlande reste toujours à 99% libre, car ce n'est pas comme si nous emprisonnions nos opposants et les menions au peloton d'exécution. A ce moment-là tout sera fini et je n'aurais plus à rester éveillé toute la nuit, tourmenté par ces problèmes". La Thaïlande n'a plus qu'à espérer que l'homme qui détient tous les pouvoirs sur la nation continue à souffrir d'insomnies.

 

 

Dernière màj le 8 décembre 2016