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A la veille d'une vague d'élections, la crise grecque embarrasse l'Europe

Pays : Griechenland

Tags : Dette grecque, Eurogroupe, campagne electorale

Geert Wilders aux Pays-Bas, l’AFD de Frauke Petry en Allemagne et les représentants français du Front National ont en commun leur euroscepticisme prononcé. Depuis l’onde de choc provoquée par le vote du Brexit en juin dernier, ces discours europhobes des partis populistes inquiètent de plus en plus l’Union européenne. Dans ce climat, le retour de la crise grecque sur le devant de la scène ne pouvait pas tomber plus mal. Alors qu'Athènes doit rembourser 7,2 milliards d'euros au mois de juillet, l'Eurogroupe peine à trouver un accord. 

L’enjeu pour les pays en campagne électorale, c’est de retarder les nouveaux versements  à la Grèce, qui seraient très impopulaire parmi l’électorat.

Hans Stark - 23/02/2017

Avec le renouvellement du Parlement néerlandais mi-mars, les présidentielles et législatives françaises au printemps, et l’élection fédérale allemande en septembre, la politique européenne pourrait bien changer de visage dans les mois qui viennent. A l’approche de ces scrutins décisifs et dans une atmosphère propice aux percées europhobes, les pays en campagne voudraient éloigner la question grecque du débat politique. "L’enjeu pour les pays en campagne électorale, c’est de retarder les nouveaux versements  à la Grèce, qui seraient très impopulaire parmi l’électorat", explique Hans Stark, chercheur à l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI), spécialiste de la politique européenne. 

 

L’Allemagne prise entre deux feux

Le gouvernement allemand, à travers son ministre des finances Wolfgang Schaüble, s’oppose fermement à un allègement de la dette grecque. Le Fonds Monétaire International (FMI), se montrait de son côté favorable à une forme d'allègement de la dette. L’Allemagne, qui ne voulait pas perdre ce partenaire précieux,  craignait de devoir assouplir sa position. En effet, l’exécutif allemand souhaiterait que le FMI soit pleinement engagé dans le plan d’aide actuel, comme pourvoyeur de fonds mais aussi pour son expérience de restructuration de la dette. Or pour le moment, il refusait de participer financièrement. 

Mais mardi 22 février, Christine Lagarde, la présidente du FMI, a clarifié la position de l'institution en expliquant que cette dernière était partisane d'une restructuration de la dette n'impliquant pas nécessairement une réduction de son montant. Bien que ça ne soit pas une excellente nouvelle pour la Grèce, l'annonce désamorce le désaccord entre le FMI et certains Etats européens, ce qui pourrait être de bon augure pour la constitution d'un accord dans les prochains mois. 

De son côté, Berlin n'a pas d'autre choix que de camper sur des positions strictes. Dans le contexte de campagne électorale pour les législatives de septembre, une inflexion de la politique allemande à l’égard de la Grèce desservirait le gouvernement. “L’électorat estime que l’Allemagne a déjà fait beaucoup de concessions, et un adoucissement de la politique à l’égard de la Grèce serait très impopulaire. L’exécutif allemand se trouve face à un dilemme : d’un côté, il doit faire des compromis pour intégrer le FMI dans le processus, et de l’autre, il est conscient que défendre un allègement de la dette grecque mettrait de l’eau au moulin des populistes”, analyse Hans Stark.

 

A consulter aussi :

- En Grèce, les plus riches mis à contribution (ARTE Journal - 24/05/2016)
L’Eurogroupe va-t-il donner de l’air à une Grèce exsangue ? (Article - 09/05/2016)

La zone euro divisée

Conséquence du contexte électoral, les négociations de l’Eurogroupe patinent et certains Etats se montrent réticents à l’idée de prêter à nouveau. Lundi 20 février, les dix-neuf ministres des finances de la zone euro étaient réunis pour négocier les modalités d’un éventuel nouveau versement à la Grèce. Cette dernière a fait des concessions sur plusieurs exigences de l'Eurogroupe et accepté des réformes structurelles, notamment des retraites, mais pour l'instant, il ne s'agit que d'un pré-accord.

Le troisième paquet d’aide validé en août par l’Eurogroupe prévoit une enveloppe maximale de 86 milliards d’euros jusqu’en 2018, et pour l’instant, moins de la moitié de la somme a été versée. "On ne trouvera  pas de solution avant les élections [aux Pays-Bas, en France et en Allemagne, ndlr]. Ce ne sera qu’un plan provisoire pour permettre à la Grèce de tenir quelques mois", explique Hans Stark.

ARTE Info revient sur l'essentiel de la crise de la dette grecque en deux minutes :

L'essentiel sur la crise de la dette grecque
L'essentiel sur la crise de la dette grecque L'essentiel sur la crise de la dette grecque L'essentiel sur la crise de la dette grecque

Allègement de la dette : effet domino ?

En outre, l’éventualité d’un nouvel allègement de la dette grecque refait surface et divise les pays européens. “Il y a une séparation nord-sud au sein de la zone euro, décrypte Hans Stark. Les Pays-Bas, l’Autriche, les pays Baltes et l’Allemagne s’opposent à un allègement de la dette, contrairement aux pays du sud”.

Réduire une nouvelle fois la dette grecque, - après un précédent fin 2012 et plus récemment des mesures allant dans ce sens fin 2016 -, pourrait être un pari risqué pour les Etats européens. Hans Stark explique les conséquences possibles : “Si on accorde à la Grèce un second allègement de sa dette, se posera immédiatement la question de la dette italienne, qui est tout aussi insoutenable, puis de la dette française, etc. Si on réduisait les dettes de l’ensemble des pays de l’Europe du Sud, il y aurait un risque systémique pour l’économie européenne”.

Face aux craintes de l’effet domino, une réalité : la Grèce devra rembourser au mois de juillet quelque 7 milliards d’euros à ses créanciers, et risque la faillite si elle n’est pas en mesure de le faire. Un scénario que les pays européens veulent éviter à tout prix, et qui pourrait bien les obliger à verser de nouveaux fonds à la Grèce.

 

L’horizon du “Grexit” balayé ?
Malgré une situation toujours critique, l’éventualité d’un “Grexit”, qui était au cœur des débats début 2015, a presque disparu des discours économique et politique. D’abord parce que le précédent du “Brexit” a agi comme une onde de choc, et l’Union européenne s’est aperçue qu’il n’était pas dans son intérêt de perdre un autre membre. Ensuite, parce que la Grèce est devenue un acteur majeur de la crise des réfugiés. Premier pays européen traversé par les exilés, elle occupe un rôle-clé dans la gestion du flux de nouveaux arrivants. L’Union européenne, qui lui a fait installer de nombreux “hotspots” sur son territoire, a besoin d’elle comme partenaire. Une crise chasse l’autre ?

Dernière màj le 24 février 2017